Auteur : Etan Nechin, Haaretz,
Traduction : Dory, groupe WhatsApp « Je suis Israël »
Photo : Discours de Yair Golan à Kaye Academic College of Education, May 2025. ©: Oz Shechter
Mis en ligne le 7 février 2026
Ce que la promesse de Yair Golan de couper les fonds aux colonies pourrait signifier pour les prochaines élections en Israël
Le chef du parti de gauche des Démocrates a déclaré qu’il était temps de repenser les priorités d’Israël concernant les colonies. Il s’agit d’une position de principe, mais qui pourrait également s’avérer politiquement judicieuse.
Le chef du parti de gauche des Démocrates, Yair Golan, a déclaré lundi à la radio de l’armée que s’il arrivait au pouvoir, il couperait les fonds aux colonies. « Il est temps de définir de nouvelles priorités », a-t-il dit, arguant que le financement des colonies fragilise le tissu social israélien et entrave les efforts de lutte contre la pauvreté et d’aide aux communautés défavorisées.
Les propos de Golan ont suscité des critiques non seulement de la droite, mais aussi de la part de figures de l’opposition comme Yaïr Lapid et Avigdor Liberman. Elles l’ont contraint à nuancer partiellement ses propos, et à dire qu’ils ne s’appliqueraient qu’aux « avant-postes illégaux ». Néanmoins, de telles remarques sont rares dans le paysage politique israélien. Après des années de concessions du centre par les dirigeants de gauche, Golan exprime une position claire et de principe : les colonies constituent un fardeau économique, sécuritaire et moral.
Environ 5 % de la population israélienne vit dans les territoires occupés, mais ne contribue qu’à hauteur de 1,5 à 2 % aux recettes de l’impôt sur le revenu. Les deux tiers des forces terrestres israéliennes sont déployés en Cisjordanie, où elles oppressent les Palestiniens, tandis que des juifs messianiques terrorisent les communautés avec le soutien de l’armée. Le 7 octobre 2023, seuls quelques bataillons étaient stationnés à la frontière de Gaza, tandis qu’une vingtaine d’autres sécurisaient les avant-postes et les colonies.
Mais au-delà du coût sécuritaire et économique, les colonies représentent aussi un fardeau moral. Elles sont un terreau fertile pour la suprématie juive et la violence systématique, une réalité qui s’est propagée des collines de Judée jusqu’aux couloirs de la Knesset. La violence contre les Palestiniens en Cisjordanie est si courante que les colons peuvent incendier des maisons, des véhicules, des églises et des mosquées, tuer du bétail, déraciner des arbres et tirer sur des gens en plein jour sans en subir les conséquences. Le Shin Bet ne considère même plus les incendies criminels comme du terrorisme.
Cette banalisation de la violence a franchi la ligne rouge. La police, sous les ordres du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, terrorise les communautés bédouines. Des agitateurs comme Mordechai David – qui a récemment bloqué la voiture de l’ancien juge de la Cour suprême Aharon Barak et menacé des militants – deviennent des figures emblématiques.
Mais cette impudence, profondément enracinée depuis le 7 octobre, suscite également un dégoût et une colère croissants chez certains Israéliens. La semaine dernière encore, l’ancien chef d’état-major de Tsahal et ministre de la Défense du Likoud, Moshe Ya’alon, écrivait que l’idéologie de suprématie juive qui domine désormais le gouvernement israélien s’apparente à la théorie raciale nazie. Ce sont les mêmes « processus révoltants » que Golan, alors chef d’état-major adjoint de Tsahal, avait dénoncés il y a une dizaine d’années.*
Dans ce contexte, les propos de Golan sont non seulement pertinents, mais aussi politiquement judicieux. Selon les sondages, il obtient régulièrement de meilleurs résultats que les autres dirigeants dits libéraux, les dernières projections lui attribuant 11 sièges à la Knesset. La campagne de Benny Gantz, chef de Kahol Lavan, axée sur des propos racistes à peine voilés contre les Arabes et sur sa volonté de sauver une fois de plus Netanyahu au nom de « l’unité » afin de ne pas siéger avec des « extrémistes » – malgré sa présence au sein d’une coalition avec Ben Gvir et Bezalel Smotrich – est un échec. Au début de la guerre, les sondages prévoyaient qu’un parti dirigé par Gantz obtiendrait une quarantaine de sièges à la Knesset. Aujourd’hui, son parti n’atteint même pas le seuil électoral.
Parallèlement, Lapid, chef de Yesh Atid, qui a courtisé la droite – du soutien à la guerre menée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu contre l’Iran aux attaques contre les partis arabes – obtiendrait huit sièges à la Knesset selon les sondages récents. Avec la reconstitution de la Liste unifiée, un véritable bloc de gauche semble possible pour la première fois depuis plus de dix ans. Il peut offrir une nouvelle vision pour affronter les crises existentielles dans lesquelles la droite a plongé Israël avec l’aide de politiciens « bien intentionnés » comme Lapid et Gantz.
Les propos de Golan cette semaine ont porté sur l’aspect économique, mais ils ont posé un ultimatum. Au lendemain du 7 octobre, Israël ne peut plus tolérer l’extrémisme, qu’il vienne du Hamas ou des colons.
* Ndlr : En mai 2016, dans un discours prononcé à la veille du jour du Souvenir de l’Holocauste, Yair Golan – alors chef d’état-major adjoint – avait déclaré que cette commémoration « doit nous amener à réfléchir profondément sur la nature de l’Homme, même quand cet Homme est nous-mêmes… S’il est quelque chose qui m’effraie à propos de la mémoire de la Shoah, c’est d’observer les processus épouvantables intervenus en Europe en général et en Allemagne en particulier à l’époque, il y a 70, 80 ou 90 ans, et de trouver des indices de leur présence ici parmi nous en 2016… Il n’y a rien de plus simple que de haïr l’étranger, rien de plus simple que de susciter les peurs et d’intimider. Il n’y a rien de plus simple que se conduire comme un animal, d’oublier les principes et d’agir avec suffisance.» Ce discours, et le scandale qui s’en est suivi, lui ont coûté le poste de chef d’état-major…

