Parler de la Paix entre Juifs et Palestiniens, c’est s’aventurer sur un terrain chargé d’histoire, d’émotion, de souffrances, mais aussi d’espoir, comme ce fut le cas notamment lors du voyage de Sadate à Jérusalem ou bien à l’occasion des accords d’Oslo.

Car si les blessures sont profondes, elles ne sont pas irréversibles. La Paix n’est pas un rêve naïf : c’est un travail exigeant, patient, profondément humain. Depuis des décennies, deux peuples vivent avec la peur, le deuil et la méfiance. Chacun porte une mémoire, une identité, un attachement à une terre. Trop souvent, leurs récits sont présentés comme incompatibles. Pourtant, la paix commence précisément là : dans la reconnaissance que deux vérités peuvent coexister, que deux peuples peuvent aspirer à la dignité, à la sécurité et à la liberté.

Se réconcilier ne veut pas dire oublier. Cela signifie écouter, reconnaître la souffrance de l’autre, et accepter que l’humanité de l’autre ne soit pas négociable. C’est un chemin difficile, car il demande du courage – le courage de tendre la main là où il serait plus simple de se replier.

Et c’est ici que les associations comme les nôtres, jouent un rôle essentiel. Dans l’ombre de grands discours politiques, des femmes et des hommes s’engagent chaque jour pour créer des ponts là où il y a des murs. En Israël et en France, des associations réunissent des jeunes issus de différentes cultures, religions et milieux sociaux, pour dialoguer, partager leurs histoires, déconstruire les stéréotypes. Elles organisent des rencontres, des projets éducatifs, des initiatives culturelles. Elles créent des espaces où chacun peut voit l’autre non pas comme un ennemi, mais comme un être humain. Ces initiatives peuvent sembler modestes face à l’ampleur du conflit. Mais elles sont en réalité fondamentales.

Car la paix ne se décrète pas uniquement au sommet des États; elle se construit dans les cœurs, dans les relations humaines, dans la capacité à reconnaître l’autre. Les associations agissent là où la politique échoue parfois : dans le quotidien. Elles permettent à des enfants de grandir sans haine, à des familles de se rencontrer, à des communautés de se comprendre. Elles montrent que la coexistence n’est pas une utopie, mais une réalité possible.

Elles jouent également un rôle crucial dans l’éducation. L’éducation à la paix, à la tolérance, à la complexité du monde. Apprendre à écouter avant de juger, à questionner plutôt qu’à condamner. Dans un contexte où les discours de division peuvent être puissants, ces initiatives offrent une alternative : celle du dialogue.

La paix n’est pas seulement l’affaire des peuples directement concernés. Elle est l’affaire de tous. Dans un monde interconnecté, les conflits nous touchent tous, tout comme nous motivent les espoirs de réconciliation. Nous avons chacun un rôle à jouer. En refusant les discours de haine. En soutenant les initiatives de dialogue. En choisissant la nuance plutôt que la simplification. En croyant, malgré tout, que la paix est possible.

La paix entre Israéliens et Palestiniens ne viendra pas du jour au lendemain. Elle demandera du temps, des compromis, des efforts immenses. Mais elle commence déjà, aujourd’hui, dans les actions de celles et ceux qui refusent la fatalité.

La cérémonie de ce jour, organisée par le Forum israélo-palestinien des Familles endeuillées et les Combattants pour la Paix est, en ces temps de guerre, un pas dans cette voie. Et c’est pourquoi nous la soutenons.

Nos associations sont les artisans discrets de cette paix. Nous semons des graines dans un terrain difficile. Et même si ces graines mettent du temps à germer, elles portent en elles une promesse, celle d’un avenir où la coexistence ne sera plus un idéal, mais une réalité.

La paix n’est pas seulement un objectif. Elle est un engagement pour une humanité digne de ce nom.

 

Ilan Rozenkier