Les divisions de l’opposition servent l’occupation


Constatant, après bientôt cinquante ans d’occupation de la Cisjordanie, que de nombreux Israéliens – sous l’influence des gouvernements de droite et compte-tenu de la faillite de la gauche israélienne – s’accommodent de la situation, Alon Ben-Meir [1]  déclare que « chaque jour qui passe rend de plus en plus difficile l’établissement d’un État palestinien doté de contiguïté territoriale, du fait de la légalisation des colonies sans autorisation, de la construction de nouvelles implantations et de leur expansion. 


Choix et traduction des extraits, Chapô : Blandine Le-Roy (reproduit par  LPM avec son accord).

Notes de Blandine Le-Roy & Tal Aronzon

Illustration : “J’entends quelque chose, là-haut…”, Amos Biderman pour Ha’Aretz, 28 février 2017. [DR]

L’Article d’Alon Ben-Meir [2] : Lire


L’Article de Blandine Le-Roy

L’entreprise de colonisation a modifié le rapport démographique entre Juifs israéliens et Palestiniens en Cisjordanie. Si cette tendance se poursuit dix ans encore, on estime que le nombre de Juifs vivant en Cisjordanie et à Jérusalem-Est passera de 650 000 à 1 million, créant sur le terrain des faits irréversibles qui rendront intangible [3] la solution à deux États ».

Alon Ben-Meir voit deux raisons à cette situation : la première, le système politique israélien qui favorise la prolifération à la Knesseth des partis politiques, lesquels ne peuvent agir qu’en se coalisant ; la seconde, le refus des partis de gauche et du centre, davantage en raison des ambitions personnelles de leurs dirigeants que de leurs différences idéologiques, de former un gouvernement de coalition pour mettre fin à l’occupation. Ils ont laissé le champ libre à Nétanyahou pour étendre les colonies et affirmer les droits des Israéliens sur l’ensemble de la “Terre d’Israël”.

L’auteur ne comprend pas que le Premier ministre puisse envisager et assumer la création de deux États sur une même terre : « Pour expliquer la “raison d’être” de cette contradiction, Nétanyahou soutient que les préoccupations d’Israël à l’égard de sa sécurité, et l’objectif à long terme des Palestiniens de le détruire, contraignent Israël à maintenir son contrôle sur l’ensemble du territoire par de nécessaires mesures intrusives. Qui plus est, plusieurs membres du gouvernement Nétanyahou demandent ouvertement l’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie – selon eux, il ne doit jamais exister d’État palestinien. »

Dans ces circonstances, « Israël devient de plus en plus un État paria, en manque de paix avec le monde arabe, et perd ses propre raisons d’exister en tant qu’État juif – terme dont, paradoxalement, Nétanyahou et l’extrême-droite usent à son endroit. Enfin l’occupation en perdurant va inévitablement intensifier le conflit, qui deviendra toujours plus féroce au fur et à mesure que la perspective pour les Palestiniens de fonder leur propre État s’estompera ».

Alon Ben-Meir en appelle aux partis d’opposition, qui « doivent mettre de côté leurs ambitions personnelles et placer en premier la sécurité et le bien-être de l’État. Il leur faut produire un programme uni pour en finir avec l’occupation et expliquer à l’opinion publique les conséquences désastreuses auxquelles Israël devra faire face à moins que celle-ci ne prenne fin ».

« S’ils échouent, eux aussi seront accusés d’avoir trahi la nation et sacrifié le rêve millénaire d’un État juif – un État reconnu non seulement pour ses réalisations sans précédent, mais aussi pour sa haute tenue morale et pour avoir pris conscience que son avenir, en tant qu’État indépendant, libre et en sécurité, est lié au fait de permettre aux Palestiniens de jouir des même droits. »


NOTES

[1] Alon Ben-Meir est professeur de relations internationales au Center for Global Affairs – dont il est le directeur exécutif – à l’université de New-York (NYU).

[2] “The Disunity of Israel’s Opposition Parties Is Serving The Occupation” a été publié le 10 mai 2017 sur le site de Amin. Arab Media Internet Network (Amin) est une organisation palestinienne indépendante et non gouvernementale fondée en 1996. Elle a pour but de favoriser le développement des médias indépendants en Palestine.

Notons que nous avons pris quelques libertés dans le titre de cet article, qui parle de “désunion” plutôt que de “divisions” et de “parties” plutôt que de “partis” – lesquelles nous ont paru cohérentes avec l’ensemble du texte.

[3] Ce terme (« inviolable », en version originale) surprend dans un plaidoyer portant haut les couleurs de la solution à deux États. On attendrait plutôt, dans ce contexte, “impossible”, “irréalisable”, etc.