Un Arabe israélien crée un centre d’enseignement de la shoah

Thème : Comprendre l’Autre Antisémitisme, Shoah, comparaisons Arabes israéliens Témoignages, "histoires humaines"

Jerusalem Post
mis en ligne le 21 mars 2005
par David Rudge

sur le site du Jerusalem Post

Jerusalem Post, 20 mars 2005

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Un habitant d’Oum el-Fahm [1] a dépensé de sa poche quelque 200.000 shekels pour créer ce qui est semble être le premier centre d’enseignement de la shoah dans le secteur arabe israélien.

L’avocat Khaled Mahamid a décidé d’entreprendre cette création pour aider à diffuser l’information sur la shoah vers les Arabes, et promouvoir ainsi une meilleure compréhension qui, espère-t-il, mènera à la paix et à l’égalité.

Ce centre, nommé l’Institut arabe pour la recherche et l’éducation sur la shoah, est situé à Nazareth, dans une salle louée à la mairie, sur la rue principal"e, non loin du "Puits de Marie" [2].

Khaled Mahamid, qui possède également un bureau à Nazareth, dit avoir acquis environ 80 photos du musée Yad vaShem de l’histoire de la shoah, pour les exposer dans son centre, inauguré le même jour que le nouveau musée Yad vaShem.

Il a écrit une brochure en arabe, qui contient un certain nombre de photos explicites des horreurs de la shoah, et en a imprimé quelque 2.000 exemplaires.

Il a également offert des bourses pour des élèves arabes désireux d’étudier le sujet, créé un site web [3]

Khaled Mahamid dit qu’une des photos de la brochure montre l’exécution par les nazis d’une famille entière, et qu’une autre des centaines de cadavres dans une fosse.

"Il y a une photo de Juifs de tous âges entassés dans des wagons à bestiaux qui doivent les conduire vers les camps de concentration et les chambres à gaz. 250 personnes serrés dans un wagon, forcées de se tenir debout pendant quatre jours, et beaucoup sont morts de faim ou d’étouffement avant d’être arrivées à destination".

Khaled Mahamid a 43 ans, il est marié et a un fils et une fille. Il a appris ce qu’il sait de la shoah alors qu’il était étudiant à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il pense qu’il est important que les Arabes aient ces informations.

"La shoah est au coeur de la tragédie arabe et palestinienne, et quiconque veut avoir une influence sur la politique en Israël ou auprès des dirigeants étrangers doit apprendre les faits, parce qu’ils sont la base de la politique internationale vis-à-vis d’Israël et de la région". "Israël a été créé sur les cendres de la shoah. C’est ainsi que les Juifs, partout dans le monde, considèrent Israël, et si, en tant qu’Arabe, je ne comprends pas cela, je fais une erreur de calcul et d’opinion qui me mènera à de fausses conclusions".

Mahamid dit que les Juifs, en Israël et ailleurs, à cause de leur histoire, se sentent toujours persécutés, et que cela dicte la politique d’Israël dans tous les domaines, à commencer par l’économie et la sécurité. "Comprendre cela, et le fait que la sécurité sur le plan personnel est peut-être le souci principal des Juifs, en Israël et à l’étranger, en conséquence directe de la shoah et des sentiments de persécution, est extrêmement important".

D’après Mahamid, "si nous, les Arabes, pouvons dissiper ces inquiétudes et montrer de la compréhension à l’égard de ce qui s’est passé, cela pourra créer un climat propice à un véritable dialogue, où les Juifs israéliens, et en particulier les décisonnaires politiques, pourront ressentir une plus grande compréhension pour les souffrances des citoyens arabes et des Palestiniens. Cela, en retour, pourrait mener à une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien, mettre un terme à la politique discriminatoire envers les citoyens arabes en faisant accepter le fait qu’ils méritent l’égalité des droits".

Mahamid dit également qu’une plus grande compréhension de la shoah et de ses leçons par les Arabes en général pourrait avoir un effet sur les dirigeants du monde qui, jusqu’aujourd’hui, évitent de faire pression pour qu’Israël se conforme aux normes démocratiques vis-à-vis de sa minorité arabe.

Un porte-parole de Yad vaShem a dit que toute entreprise d’en apprendre davantage sur la shoah était la bienvenue, mais qu’il ne pouvait pas se prononcer sur l’institut, car il n’avait vu ni le site, ni ce qui y est exposé.