Shalom Akhshav retourne dans la rue et soutient un retrait unilatéral

Thème : Shalom Akhshav : action et influence

Ha’aretz
mis en ligne le 2 avril 2004
par Lily Galili

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Haaretz, 1er avril 2004

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Demain, Shalom Akhshav (La Paix Maintenant) lance une campagne dont le slogan est : "Evacuons les Colonies - Choisissons la Vie". Ce slogan est censé surmonter deux obstacles qui ont condamné la gauche extra-parlementaire à la paralysie : les nombreux attentats terroristes et l’adhésion au pacte de Genève comme seul programme de la gauche.

Il est destiné à combler le fossé au sein du camp de la paix, entre ceux qui soutiennent une reprise des négociations avec les Palestiniens, dans le cadre du pacte de Genève, et ceux qui soutiennent aussi des mesures unilatérales, croyant qu’une reprise des négociations en l’état actuel des choses est impossible. Les dirigeants de Shalom Akhshav espèrent que la tonailté emotionnelle ("choisir la vie") aidera à vaincre la passivité de l’opinion au regard des attentats suicides continuels qui paralysent le camp de la paix.

"Cette campagne peut unir le camp de la paix, parce qu’elle ne parle que de ce qu’il faut faire (évacuer les colonies) et non de comment le faire (unilatéralement ou dans le cadre d’un accord)", dit Yariv Oppenheimer, secrétaire général et porte-parole du mouvement. "Il est clair qu’un accord est préférable, mais même sans accord, une évacuation unilatérale vaut mieux que la perpétuation de la situation actuelle".

Les dirigeants de Shalom Akhshav sont conscients du fait que la campagne pourrait etre perçue comme un soutien au plan de désengagement d’Ariel Sharon, mais ils disent que leur soutien se restreindra à l’évacuation de colonies, et ne concernera pas les autres aspects du plan.

Cependant, cette nouvelle campagne ne fait pas l’unanimité chez Shalom Akhshav, dirigeants comme militants. Certains pensent que cela revient à "faire le jeu de Sharon", et à éviter les difficultés que représenterait une reprise des pourparlers avec les Palestiniens.

Ceux qui soutiennent la campagne blâment les initiateurs de Genève de balayer d’un revers de main des mesures unilatérales, ainsi que la manifestation virtuelle pour Genève, qui a renforcé leur image "branchée" et élitiste, et de paralyser ainsi le camp de la paix. C’est la première fois que Shalom Akhshav concentre une campagne sur l’évacuation des colonies. Le choix de se concentrer sur les colonies se fonde sur l’hypothèse selon laquelle l’évacuation est aujourd’hui au coeur du debat public. La campagne est également destinée à servir d’alternative à la campagne de la droite qui se resume à la formule : l’évacuation est une récompense au terrorisme.

En présentant les colonies comme la racine des problèmes politiques et économiques, et comme un élément catalyseur du terrorisme, Shalom Akhshav va tenter de convaincre l’opinion qui va du Shinoui au Meretz en passant par les travaillistes, de transformer son soutien passif à l’évacuation en une pression active sur le premier ministre pour qu’il l’effectue.

"Nous n’allons certainement pas dire à l’opinion que le terrorisme est uniquement un produit des colonies, mais nous allons certainement montrer le lien qui existe entre les toits de briques rouges de Psagot ou de Beit El et le fait que les kamikazes se font sauter en Israël, et nous allons montrer qu’ils tirent leur légitimité du sein de leur peuple, au milieu duquel dont placées les colonies", a dit un membre de Shalom Akhshav.

Dans une seconde phase, la campagne mettra l’accent sur les repercussions économiques et sociales des colonies, des investissements qu’elles ont exigés, et des efforts pour les protéger, avec des slogans comme : "Votre entreprise est morte ? Evacuons les colonies - choisissons la vie". La campagne devrait culminer avec une manifestation de masse.

Pour le Dr Arieh Arnon, membre important de Shalom Akhshav et l’un des initiateurs du pacte de Genève, cette campagne ne convient pas à Shalom Akhshav : "le mouvement a des ressources et une influence limiteés, et je ne crois pas qu’il soit de sa vocation de s’investir dans la mobilisation du secteur ’colombe’ qui soutient un retrait unilatéral. Cette ideologie est erronnée pour la gauche, et elle ne fera que renforcer Sharon dans son intention declarée d’échapper à des negociations. Je regrette d’avoir à le dire, mais le mot ’négociation’ a disparu du discours de Shalom Akhshav, et ceux qui le prononcent encore passent pour des naïfs".