Pour Israël, l’heure de vérité approche

par Ha’Aretz, éditorial de la rédaction

Traduction Tal Aronzon pour LPM

Photo Miki Kartzman : Une section du mur le long de la route 443, près de Maccabim-Reut

Ha’aretz, le 17 juillet 2013

http://www.haaretz.com/opinion/.pre...

“Un tsunami économique, la mère de toutes les peurs”, décrivait le caricaturiste Amos Biderman sous les visages soucieux de Tsippi Livni et autres ministres surmontant un Bennet souriant et un colon dansant la farandole : face à l’enlisement des négociations dont elle est en charge côté israélien, celle-ci mettait en garde contre un possible boycott de l’Union européenne. Et Bennett, ministre du Commerce et de l’Industrie, de se fendre depuis la Chine d’une longue déclaration faisant litière de ses inquiétudes : à l’entendre, tout ceci était « absurde ».

La mission israélienne à Bruxelles n’avait, quant à elle, rien vu venir de la nouvelle directive de l’Union européenne, destinée dit-on à éviter pire, un boycott global des produits israélien ultra et intra ligne verte – alors que pendant les travaux, pardon les “négociations”, la colonisation allait et va bon train ! Ainsi l’annonce tomba-t-elle telle la foudre en un ciel azuré.

Benyamin Nétanyahou, nous “rassura”, il reste droit dans ses bottes et le pays avec lui... Shimon Pérès, cependant, marchande des délais afin de permettre la réussite du nouveau round de négociations reprenant sous la houlette de John Kerry. Chacun retient son souffle. Comme le notait la conclusion de cet éditorial : « Le gouvernement israélien doit trancher : est-il prêt à continuer à mettre en danger l’avenir du pays à seule fin de perpétuer l’occupation ? »

L’Union européenne a récemment émis une directive stipulant que les accords passés entre Israël et des pays membres de l’Union Européenne ne s’appliqueront pas au delà des frontières antérieures à juin 1967.

D’après l’article de Barak Ravid en date du 16 juillet [1], les consignes de l’Union européenne, qui engagent l’ensemble de ses 28 membres, interdisent tout financement ou toute coopération avec des entités israéliennes [sises ou opérant] en Cisjordanie et à Jérusalem-Est [2]. La directive exige également que tout accord conclu avec Israël comprenne dorénavant une clause spécifiant que les implantations ne font pas partie de l’État d’Israël et ne sont donc pas concernées par ces accords.

Les sanctions directement imposées aux implantations, et indirectement à l’État d’Israël, sont montées d’un cran. Un haut responsable israélien a qualifié le nouveau cadre réglementaire de l’Union européenne de « tremblement de terre ». Selon certaines sources, cette directive a engendré tensions et inquiétudes tant au sein du cabinet du Premier ministre qu’au ministère des Affaires étrangères.

Les informations concernant ce dernier développement sont sorties quelques jours à peine après que Yossi Verter [3] eut fait part de l’examen par les grandes banques européennes d’une recommandation de ne plus accorder de prêts en Israël à une quelconque entité financière directement ou indirectement liée aux implantations. Mise en suspens pour le moment, cette recommandation a cependant généré, elle aussi, certaines préoccupations.

Et, à en croire la récente mise en garde de la ministre de la Justice, Tzippi Livni, l’Europe pourrait ne pas se satisfaire d’un boycott des colonies, et l’étendre jusqu’à englober l’ensemble de l’État d’Israël [4] lui-même. Ces évolutions sont le reflet d’une nouvelle réalité internationale, laquelle prend rapidement forme. À l’heure actuelle, et pour la plupart, il ne s’agit encore que de simples signaux d’alarme – mais de ceux qu’Israël ne saurait ignorer.

Jusqu’à présent, les gouvernements européens se sont évertués à conserver de bonnes relations avec Israël, en dépit de l’impasse des négociations de paix et de la poursuite de la construction dans les implantations [5] – au grand dam parfois de secteurs croissants de la population dans leurs propres pays. La position des États-Unis et l’héritage légué par l’histoire des pays d’Europe ont empêché l’adoption de mesures plus rigoureuses. Il apparaît cependant que leur patience soit aujourd’hui près du bout.

Dans l’avenir immédiat, Israël va devoir décider s’il accepte de signer des accords porteurs des nouvelles restrictions territoriales, obligatoirement incluses dans tout accord avec tout État membre de l’UE. Sinon, l’Union européenne, qui constitue le plus grand débouché israélien à l’exportation, est susceptible de mettre un terme à sa coopération avec Israël.

Israël peut persister à se montrer récalcitrant. Le gouvernement peut continuer à poser de plus en plus de conditions à un accord avec les Palestiniens. Mais l’heure de vérité approche à grands pas. Le gouvernement israélien doit trancher : est-il prêt à continuer à mettre en danger l’avenir du pays à seule fin de perpétuer l’occupation ?


NOTES

[1] Barak Ravid, “Israeli economy at stake as EU takes stand on settlements”, Ha’Aretz le 16 juillet :

http://www.haaretz.com/news/middle-...

[2] De même que le plateau du Golan, d’où proviennent d’excellents crus, abondamment exportés au moment des fêtes puisque cashers, mais pas seulement. Voir l’article de Barak Ravid, “How the EU caught Israel off guard with its new settlement guidelines”, Ha’Aretz le 17 juillet :

http://www.haaretz.com/news/diploma...

[3] Yossi Verter, “Contrary to Bennett’s statements, sources in Jerusalem say threat of European boycotts on Israel is real”, Ha’Aretz le 12 juillet :

http://www.haaretz.com/weekend/week...

[4] « Les Européens veulent construire une “Grande Muraille de Chine” entre leurs relations avec l’État légitime d’Israël et leurs relations avec l’État illégal des colonies. Ils affirment prévenir ainsi le dangereux glissement qui pourrait mener à un boycott général des produits israéliens en Europe, comme ce fut le cas pour l’Afrique du Sud alors soumise à l’apartheid », précise Barak Ravid dans son article du 16 juillet (voir note 1).

[5] Rappelons que « Les colonies israéliennes en Cisjordanie se sont “légalement” étendues de près de 1 977 acres en 2012, soit la superficie totale de la ville de Bat-Yam (proche de Tel Aviv) », comme l’écrivait Chaim Levinson dans Ha’Aretz le 27 mai dernier :

http://www.haaretz.com/news/diploma...

Et, si la coupe n’était pas pleine, que « le sous-comité des implantations au sein du Haut Conseil au plan de l’Administration civile des Territoires se réunira demain afin de discuter et probablement approuver les programmes de construction de 1 071 nouvelles unités de logement dans les implantations, dont 732 à Modi’in Illit », comme l’annonçait le 16 juillet Shalom Akhshav [LPM] repris par divers organes de presse dont le Times of Israel ; le mouvement israélien signalait encore le dépôt en justice, dans ce même improbable timing, d’une demande de légalisation de quatre avant-postes “sauvages” ; Et se faisait l’écho du rapport de la Cour des Comptes, publié le 17, qui relève les “acquisitions” de terres en Cisjordanie sans bourse délier – ni à l’achat, ni en règlement de taxes, etc.

Voir le site de Shalom Akhshav en hébreu : http://www.peacenow.org.il / en anglais : http://peacenow.org.il/eng.

 

Portfolio

Amos Biderman pour Ha'Aretz : Un Tsunami économique.