Les suites de l’affaire de la vidéo de Hebron

Thème : Colonisation, yesha Hébron

Jerusalem Post
mis en ligne le 15 janvier 2007

la vidéo où une femme du quartier des colons juifs de Hebron agresse une femme palestinienne est remontée jusqu’au gouvernement. Création d’une commission et réaction (qu’il vaut la peine de lire) des colons

Jerusalem Post, 14 janvier 2007

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Lundi, la police de Hebron a interrogé Yifat Alkobi, qui apparaissait sur une vidéo en train de harceler une femme palestinienne [1]. D’après la radio israélienne, Yifat Alkobi, convoquée deux fois pour interrogatoire, convocations auxquelles elle n’avait pas répondu, était escortée de 25 femmes de son quartier qui protestaient contre l’injustice faite à Yifat Alkobi. Celle-ci a d’ailleurs déposé une plainte contre la femme palestinienne qui, dit-elle, l’a provoquée et attaquée.

Cette vidéo, où Alkobi bouscule sa voisine palestinienne et la traite de "pute" (elle emploie le mot arabe de "sharmouta"), a causé du souci au gouvernement, qui a décidé la création d’une commission chargée de faire respecter la loi dans de pareilles situations. Le ministre de la défense Amir Peretz a évoqué la question lors de la réunion hebdomadaire du cabinet. Il a dit que l’on voyait un soldat israélien assister à la scène sans intervenir, ce qui a donné l’impression que le harcèlement se produisait avec l’aval de Tsahal. Il a ajouté que Tsahal n’avait pas l’autorité pour y faire respecter la loi, et que c’était plutôt le rôle de la police.

Le premier ministre Olmert a dit qu’il avait ressenti un malaise en voyant cette vidéo. "C’était de la provocation méchante, de la brutalité, de l’arrogance et du mépris qu’il n’est pas possible d’accepter", a-t-il dit. Olmert a appelé les leaders des colons à condamner ces agissements. Outre Peretz, la ministre de la justice Tzipi Livni, le ministre de l’intérieur Roni Bar-On et le ministre de la sécurité intérieure Avi Dichter feront partie de cette commission.

Le groupe militant de gauche B’Tselem, qui a contribué à diffuser la vidéo, a déclaré dimanche au Jerusalem Post que cet incident mettait en lumière la confusion des compétences, qui empêche de forcer les colons de Hebron à respecter la loi.

La vidéo, d’une durée d’une minute, montre une dispute entre deux voisins : une femme palestinienne à la tête couverte d’un foulard blanc, et une femme juive, Yifat Alkobi, la tête couverte d’une écharpe, dans le quartier de Tel Rumeida à Hebron. Au début, on voit Yifat Alkobi exiger de la femme palestinienne de la famille Abou Aisha qu’elle ferme sa porte et qu’elle reste dans la structure en forme de cage qui entoure la cour de la famille Abou Aisha. A un moment, Alkobi pénètre dans la cour des Abou Aisha et ferme la porte. Vers la fin, alors que la femme palestinienne semble battre en retraite, Alkobi colle son visage contre la clôture et provoque la femme en hurlant "pute, pute !", lentement et distinctement. Un soldat se tient à côté de la scène sans rien faire pour l’arrêter.

"Nos critiques ne s’adressent pas aux colons, mais aux autorités et à la façon dont l’armée et la police ne protègent pas les habitants palestiniens de Hebron", a dit la porte-parole de B’Tselem, Sarit Mikhaeli. Par exemple, dit-elle, les soldats à Hebron ont souvent l’idée fausse selon laquelle ce n’est pas leur rôle de protéger les Palestiniens.

C’est après la publication de cette vidéo la semaine dernière sur Ynet [site web du quotidien Yediot Aharonot, ndt] que la police de Hebron a convoqué Alkobi pour interrogatoire, car elle n’était pas au courant de l’incident auparavant. Un porte-parole de la police a ajouté que les forces de polices travaillent en coordination et partenariat avec les soldats en poste dans la ville, mais que la commission créée par Peretz pourrait les aider à travailler plus efficacement. .

De son côté, Sarit Mikhaeli a dit que, si elle accueillait avec plaisir la décision du cabinet, elle n’était pas très optimiste quant à ses chances d’améliorer la situation : "Les faits sur cette question sont connus depuis des années, et nous n’espérons donc pas grand-chose de cette nouvelle commission."

A Hebron, où environ 500 colons juifs vivent au milieu de 130.000 Palestiniens, les tensions sont souvent fortes. Les Palestiniens et les ONG présentes affirment que les attaques commises par des colons, jets de pierres, agressions et harcèlement verbal, se produisent quasi quotidiennement.

De leur côté, les colons de Hebron soulignent le nombre de soldats et de colons tués par les Palestiniens à Hebron depuis six ans. Parmi les victimes, le bébé de 6 mois Shalhevet Tekhiya Paz, tuée par un sniper en 2001 alors que sa mère la tenait dans ses bras à l’entrée du quartier Avraham Avinou. En 2002, dans le même quartier, Itzhak Shapira, 48 ans, a été tué d’une balle. En 2003, Gadi et Dina Esther Levy ont été tués par un kamikaze dans Hebron. De plus, 3 civils et 9 soldats ont été tués sur le Chemin des Fidèles entre Hebron et Kiryat Arba en 2002.

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David Wider, l’un des porte-parole des colons de Hebron, a rejeté les commentaires d’Ehoud Olmert ainsi que la création d’une commission, qu’il qualifie d’actes politiciens de la part de deux dirigeants qui ont besoin de détourner l’attention de leurs propres échecs. "Les politiciens doivent arrêter d’utiliser l’opinion pour échapper à leurs problèmes", a dit Wider. Il a réduit la vidéo à un banal conflit de voisinage qui pourrait se produire partout en Israël quand deux voisins se mettent en colère et se crient dessus. "Peut-être que le choix des mots était inapproprié, mais croyez-moi ; j’ai entendu pire", a dit Wider. Va-t-on aller vers une situation où "quiconque crie sur son voisin va être interrogé par une commission gouvernementale créée par le premier ministre ?", a demandé Wider.


Par ailleurs, le ministère israélien du logement a publié aujourd’hui lundi un appel d’offres pour la construction de 44 logements dans la colonie de Ma’aleh Adoumim.
Shalom Akhshav (lLa Paix Maintenant) a réagi en disant qu’en pleine visite de Condoleezza Rice dans la région, l’Etat d’Israël foulait aux pieds ses propres obligations prises dans le cadre de la Feuille de route.
Le Conseil représentatif des colons (Yesha) a salué la nouvelle en disant que cet appel d’offres n’offrirait toutefois qu’une solution partielle à la "réelle demande du marché du logement dans des zones qui bénéficient d’un consensus national comme Ma’aleh Adoumim."