Les jours saints, les maisons sont fermées à double tour

Thème : Colonisation, yesha Occupation-Colonisation Révoltes et questionnements dans la société civile israélienne

Ha’aretz
mis en ligne le 20 novembre 2002
par Amira Hass

"Ces fanatiques juifs et leurs lobbyistes sont-ils réellement les heritiers de la diaspora juive ? Depuis Hebron, il semble plutôt qu’ils appartiennent à un héritage différent, celui des descendants de mouvements nationalistes et antisémites qui lorgnaient sur les maisons des juifs et envoyaient leurs bandes commettre les pogroms et répandre la peur, pour mettre progressivement en oeuvre leur plan : "nettoyer la patrie de ses youpins"..."Hebron, ce shabbat, faisait comme un écho aux anciens contes de Sochba, une ville au nord-est de la Roumanie, où tous les dimanches, les juifs s’enfermaient a double tour dans leurs maisons."

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

La seule et unique signification de la création d’une "continuité territoriale" entre Kiryat Arba et le caveau des Patriarches, c’est l’expulsion. L’expulsion d’encore plusieurs milliers d’habitants de Hebron, des gens qui ont la malchance d’avoir leur maison, leur magasin ou leur jardin dans la zone dévolue à la "continuité". Tsahal va protéger cette construction juive, et des dizaines, voire des centaines, d’Israéliens, entrepreneurs, ingénieurs, architectes, charpentiers, vont se joindre aux travaux, et la police les protégera. Des milliers d’Israéliens vont ainsi particper activement à cette expulsion. Ils reviendront chez eux, chaque soir, retrouver leur famille inquiète, à Jérusalem ou à Kfar Saba. Si l’un d’eux est tué dans une embuscade palestinienne, la réaction sera encore davantage de "continuité territoriale".

Il n’y aura nul besoin de faire monter les gens dans des camions. Tous simplement, ils ne pourront plus rester chez eux, laisser leurs enfants courir le risque d’emprunter chaque jour le chemin ou leurs "voisins" juifs construisent, en arpentant les rues le fusil en bandoulière, comme des maîtres de la terre, sinon du monde, des rues fermées à la circulation des Palestiniens, pour raisons de sécurité. Ils perdront encore des jours de travail, quittant leur maison ou s’y rendant, et confrontés alors aux rires bruyants de bandes de Juifs des deux sexes qui leur jettent des pierres, leur donnent des coups de pied, leur crachent dessus, alors qu’un policier ou quelques soldats assistent passivement a la scène. La vie des Palestiniens qui habitent la "continuité territoriale" va devenir semblable à celle des Palestiniens de la vieille ville de Hebron, mais à un rythme accéleré.

Que, ces dernières années, des dizaines d’habitants de la vieille ville aient quitté leur maison, est un secret de polichinelle. Ils ne pouvaient plus supporter leur vie, soumise au harcèlement continuel d’une poignée de citoyens juifs israéliens, qui ont pu se comporter de cette façon à cause du laxisme ou de la sympathie de soldats et d’officiers, du laxisme ou de la sympathie de policiers, et de l’indifférence du public en Israël. Des dizaines de commerçants de la vielle ville ont cessé d’ouvrir leur magasin, que ce soit à cause des jours et des nuits de couvre-feu imposé sans cesse à Hebron, ou à cause de la peur des "voisins", ou parce que les rues où se trouvent ces magasins sont fermées, pour protéger la sécurité des voisins juifs.

Quand le couvre-feu est levé et le marché rouvert, il y a une illusion de vie. Mais samedi dernier, au lendemain de la bataille entre des Palestiniens armés et des soldats, des policiers et des gardes armés de Kiryat Arba, sous le couvre-feu total imposé à la ville palestinienne de Hebron, on pouvait s’apercevoir combien la ville s’est vidée. Une vielle femme et son fils jettent un coup d’oeil effrayé à travers une fenêtre barricadée. Derrière une porte de métal bien fermée, on entend le murmure des habitants à l’intérieur. Mais depuis les toits de la vielle ville, on peut constater l’abandon : des volets de bois grand ouverts qui battent sous le vent et derrière eux, un trou noir - une pièce vide. Des plantes qui ont séché, des cordes à linge sans linge, ce sont les signes d’un endroit vidé de ses habitants.

A Wadi Nasara, là ou a eu lieu la bataille, face à la limite sud de Kiryat Arba, quelques maisons sont déjà vides. Le "chemin des fidèles" est devenu, pour les Palestiniens, le chemin des lanceurs de pierres et des tireurs en l’air, et du manque de réaction des autorités, depuis des années. Les vendredis et les samedis, ainsi que les autres jours de fêtes juives, quand les fidèles arpentent le chemin, sont des jours maudits pour les habitants de Wadi Nasara et de la vieille ville. Alors, ils s’enferment chez eux, barrent leurs fenêtres et se bouchent les oreilles quand la fenêtre vole en éclats, ou quand leurs pots de fleurs sont renversés, et qu’ils savent qu’il ne sert à rien d’appeler la police.

Les colonies ont été construites avant et après le terrorisme. Elles ont été construites, que les Palestiniens expriment leur opposition, ou pas. Un long couvre-feu a été imposé sur la ville palestinienne après que Baroukh Goldstein eut assassiné des fidèles musulmans à la mosquée Ibrahimi / caveau des Patriarches ; un couvre-feu leur a été imposé après qu’un Palestinien eut asassiné un bébé juif, et après que des Palestiniens armés eurent combattu des Israéliens armés. Des fanatiques juifs, à Hebron et à travers toute la Cisjordanie, harcèlent les Palestiniens, avant les attentats et après les attentats. Aujourd’hui, ils ne cachent plus que leur "entreprise de colonisation" fait partie d’un plan de transfert, ce que tout le monde, ailleurs à l’ouest, appelle un "nettoyage ethnique".

Ces fanatiques juifs et leurs lobbyistes sont-ils réellement les héritiers de la diaspora juive ? Depuis Hebron, il semble plutôt qu’ils appartiennent à un héritage différent, celui des descendants de mouvements nationalistes et antisémites qui lorgnaient sur les maisons des juifs et envoyaient leurs bandes commettre les pogroms et répandre la peur, pour mettre progressivement en oeuvre leur plan : "nettoyer la patrie de ses youpins". Hebron, ce shabbat, faisait comme un écho aux anciens contes de Sochba, une ville au nord-est de la Roumanie, où tous les dimanches, les juifs s’enfermaient à double tour dans leurs maisons.