Le double langage de Sharon

Thème : Sharon : quelles intentions, quelle politique ?

Ha’aretz , mis en ligne le 23 avril 2002
par Peter Hirschberg

Quiconque a entendu mardi le discours de Sharon retransmis par satellite aux délégués de la conférence annuelle de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) a pu avoir la nette impression que l’ère du "Nouveau Moyen-Orient" était proche. Son message de mardi, a usage interne, celui-là, brossait une image beaucoup moins rose...

 

Quiconque a entendu mardi le discours de Sharon retransmis par satellite aux delegues de la conference annuelle de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) a pu avoir la nette impression que l’ere du "Nouveau Moyen-Orient" (conception chere a Shimon Peres, ndt) etait proche. Son message de mardi, a usage interne, celui-la, brossait une image beaucoup moins rose.

Sharon a dit a l’AIPAC (dans un discours diffuse en direct sur CNN) qu’"une paix regionale etait proche". Le Premier Ministre, qui a semble rajeuni dans ses derniers inteviews (peut-etre a cause de la pause des attentats terroristes depuis le lancement de l’Operation Mur Protecteur), a meme dit aux delegues qu’il etait "optimiste pour l’avenir".

L’offensive de Tsahal en Cisjordanie, commencee le 29 mars "a ouvert une fenetre pour remettre le processus de paix sur des rails differents, plus moraux", a-t-il declare.

En Israel, cependant, Sharon delivrait un message dur, conformement a son virage a droite de ces derniers jours. S’adressant a la Commission des Affaires Etrangeres et de la Defense de la Knesset, Sharon a repete son refus de demanteler la moindre colonie. "Le sort de Netzarim, c’est le sort de Tel-Aviv", a-t-il dit, faisant allusion a cette colonie de Gaza, isolee et extremement fortifiee, que citent souvent les hommes politiques de gauche pour demontrer ce qu’ils considerent etre la folie du projet de colonisation.

Sharon n’a pas non plus ecarte la possibilite que Tsahal, une fois son offensive en Cisjordanie terminee, se tourne vers la Bande de Gaza. Repondant a une question du depute de l’Union Nationale (extreme-droite) Ouri Ariel, qui lui demandait pourquoi Tsahal n’avait pas opere a Hebron ni a Gaza, et s’il comptait le faire, le Premier Ministre a repondu qu’il n’avait pas l’intention de reveler de details operationnels, mais qu’"il n’y aurait pas de sanctuaire pour les terroristes."

Le depute Ran Cohen (Meretz, gauche) a dit aux journalistes apres la reunion que selon lui, la reponse de Sharon signifiait qu’il comptait envahir Gaza dans le futur proche, cette invasion constituant la phase suivante de l’Operation Mur Protecteur.

Le veritable Sharon, dit Akiva Eldar, analyste diplomatique de Haaretz, est celui qui se percoit comme le gardien des colonies, et qui aimerait voir le retrait d’Arafat comme l’apogee de l’offensive militaire en Cisjordanie. Le Premier Ministre, dit Eldar, "teste les limites" pour voir jusqu’ou il peut aller avec les Americains.

"Il peut aller assez loin, a cause de la situation politique a Washington, sachant qu’en novembre, il y aura des elections pour le Congres, que Bush veut s’y assurer une majorite republicaine, et qu’il sait que le soutien a Israel represente une carte importante".

Bush est aussi de plus en plus derange par Arafat, qui s’est entete a refuser de moderer son exigence d’un retrait total de Tsahal de toutes les zones palestiniennes conquises, avant d’entamer des negociations en vue d’une treve. "La derniere chose dont Bush ait envie d’entendre parler", dit Eldar, "c’est d’Arafat menacant de destabiliser le Moyen-Orient si les Etats-Unis ne l’exfiltrent pas de son QG assiege de Ramallah".

"Jusqu’ou ira Sharon", dit Eldar, "depend de ce qu’il percoit de la position maericaine. Et le probleme avec les Americains, c’est qu’il n’ont pas de politique claire. Elle change tout le temps."