Le Fatah lutte pour sa survie face au Hamas

Thème : Politique et société palestiniennes

Ha’aretz
mis en ligne le 4 avril 2006

après les heurts sanglants de vendredi dernier à Gaza, les choses sont claires, même si elles ne sont pas dites : le Fatah a engagé le combat contre le Hamas. Problème : qui soutient aujourd’hui le Fatah dans la rue palestinienne ?

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Ha’aretz, 3 avril 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Les événements de vendredi dernier dans la bande de Gaza, où trois Palestiniens ont été tués et plus de 20 blessés, deux jours à peine après que le gouvernement du Hamas eut prêté serment, ont révélé les forces à l’oeuvre et les luttes qui les opposent.

Tout en surfant sur la vague de sa victoire électorale, le Hamas est confronté à un certain nombre de groupes au sein du Fatah, emmenés par les Forces de Sécurité préventive de Rashid Abou Shbak et Mohammed Dahlan, ainsi qu’à des troupes dans la bande de Gaza dirigées par Souleiman Abou Moutlek et Samir Ashrawi, et à d’autres encore. Ces confrontations se sont cristallisées avec l’assassinat, vendredi après-midi, d’Abou Youssef Al-Qouqa, l’un des dirigeants des Comités de Résistance Populaire (CRP) soutenus par le Hamas, victime d’une voiture piégée à Gaza. Les chefs des CRP, sorte de front pro-Hamas, ont transformé les funérailles - auxquelles ont assisté le Premier ministre Ismaïl Haniyeh et le nouveau ministre de l’Intérieur, Saïd Sayem, en une manifestation contre le Fatah et les Forces de Sécurité préventive. Ils ont accusé ouvertement Abou Shbak, Dahlan et Masrawi, ainsi que le chef des services de renseignements Tarek Abou Rajab, d’avoir commandité cet assassinat.

Pour la première fois, le porte-parole des CRP, Mohammed Abdalaal (Abou Abir), a osé prononcer les noms des chefs de la Sécurité préventive et les présenter comme des collaborateurs d’Israël, chose impensable jusqu’à la victoire du Hamas. Ces déclarations ont été faites au cours d’un défilé où les partisans du Hamas ont crié "Dahlan collaborateur", et elles ont déclenché des combats qui ont duré plusieurs heures. Tout le temps qu’ont duré les affrontements, les leaders du Hamas n’ont pas démenti leurs accusations.

Une commission d’enquête sur les troubles qui se sont déroulés vendredi a été créée, composée de représentants des différentes forces. Tous les groupes basés à Gaza ont diffusé des appels au calme, mais tout le monde sait que cet embrasement ne fait qu’annoncer d’autres heurts. Entre temps, le Hamas évite la confrontation frontale avec le Fatah et organise sa branche armée, qu’elle jettera dans l’arène le moment venu.

Le premier ordre qu’a donné Saïd Sayem à la police palestinienne, qui est sous son autorité, est que le policiers sont désormais autorisés à porter la barbe, ce qui était interdit auparavant. Concernant les mesures pratiques, plusieurs dizaines de gardes du corps issus de la branche armée du Hamas accompagnent Haniyeh et Sayem dans leurs déplacements dans la bande de Gaza. D’autres leaders de cette branche armée, actuellement emprisonnés en Israël, ont publié un appel à soutenir le Hamas et à coopérer avec le nouveau gouvernement, "contre tous ceux qui veulent le faire échouer."

C’est à la suite de cet appel que le Hamas a aligné ses groupes alliés dans la bande de Gaza, dont les CRP, contre les Forces de Sécurité préventive [du Fatah]. Samedi dernier, au moment le plus aigu de la crise, Sayem a annoncé la nomination d’un porte-parole, Khaled Abou Halal, qui se trouve être un ancien chef de l’aile militaire du Fatah, et qui coopére depuis quelques années avec le Hamas. Cette nomination, intelligente à première vue, qui avait pour but de provoquer davantage encore de dissensions au sein du Fatah, a eu pour résultat l’éviction d’Abou Halal du Fatah.

Les groupes loyaux au Fatah sont eux aussi relativement actifs. Les leaders du Fatah dans la bande de Gaza ne le diront pas ouvertement, mais ils sont en train de mener une guerre pour leur survie contre le nouveau gouvernement du Hamas et aussi contre la rue qui, en gros, soutient le gouvernement.