Ils sont prêts pour la paix - Que faire ?

Thème : Abbas pour partenaire ? Diplomatie

Israel Policy Forum
mis en ligne le 19 janvier 2007
par Gershon Baskin

il y a, du côté arabe, une véritable volonté de parvenir à la paix avec Israël, en particulier depuis l’initiative de la Ligue arabe. Que faire ? Convaincre la communauté internationale (hors les Etats-Unis) de s’en mêler, et les Israéliens d’accepter de rentrer dans le jeu de la négociation. Les bases sont là

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Israel Policy Forum, 16 janvier 2007

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

L’information publiée ce matin par Ha’aretz concernant un canal secret de pourparlers officieux qui ont débouché sur un "non-document" d’accord pour une paix pleine et entière entre Israël et la Syrie, en pleine connaissance de cause des deux gouvernements, s’ajoute à aux déclarations officielles faites par le conseiller juridique du président syrien, la semaine dernière, à la conférence de "Madrid + 15". La Syrie est prête pour une véritable paix avec Israël. Les officiers du renseignement israélien le disent depuis des semaines, même s’ils ont compris un peu tard, les ouvertures de paix syriennes arrivent de Damas depuis au moins un an (certains parlent même de deux ans, autant pour les services de renseignement).

Le même Ha’aretz avait publié il y a plusieurs mois une information après le dernier sommet de la Ligue arabe à Khartoum en mars 2006, selon laquelle les Etats arabes préparaient une "offensive de paix". L’info était publiée en bas de page d’une page intérieure. Quand j’ai vu le titre ("offensive de paix arabe"), j’ai dû, en tant qu’Israélien, me frotter les yeux pour savoir si j’avais bien lu. Mais j’avais bien lu, et je n’ai pas compris pourquoi cette info ne figurait pas à la une du journal. En 1967, la même Ligue arabe, dans la même capitale du Soudan, avait déclaré ses célèbres "trois non" : non à la reconnaissance (d’Israël), non aux négociations, non à la paix. En 2006, la Ligue arabe ratifiait à l’unanimité l’initiative de paix déjà adopté à l’unanimité en mars 2002, au plus haut de l’Intifada. Si les Etats arabes avaient publié le même appel à la paix en 1948, les Israéliens auraient dansé dans les rues. La Ligue arabe ne l’a pas fait alors, mais elle le fait maintenant.

A la conférence "Madrid + 15", qui marquait les 15 ans depuis le début du processus de paix, l’un après l’autre, les représentants arabes ont appelé Israël, les Etats-Unis et le reste du monde à soutenir l’initiative de paix de la Ligue arabe. Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, a dit : "la Ligue arabe, lors de son sommet à Beyrouth [en 2002] a tendu la main de la paix à Israël, sur la base d’une reconnaissance pleine et entière et d’une normalisation des relations fondée sur une application mutuelle et en parallèle des obligations qui leur ont été données par la communauté internationale à travers les résolutions du Conseil de sécurité et les principes de Madrid : la terre en échange de la paix. Nous, du côté arabe, n’avons pas vu d’initiative de paix de l’autre côté. Je saisis l’occasion de cette rencontre pour inviter Israël à ne pas avoir peur de la paix et de tendre la main, comme nous l’avons fait." Tout à fait remarquable !

Alors que le "non-document" israélo-syrien peut toujours être démenti, l’initiative de paix de la Ligue arabe ne peut pas l’être. Les Etats arabes et la direction palestinienne sous la présidence de Mahmoud Abbas continuent de déclarer qu’il n’existe pas de meilleur voie pour faire avancer la paix en ce moment. Le 15ème anniversaire de la conférence de Madrid nous offre l’occasion de porter un regard en arrière et de retenir les leçons des échecs passés. L’une de ces leçons est claire : il n’y a plus de place pour des mesures partielles, pour des accords provisoires ou pur des Feuilles de route qui ne mènent nulle part. La majorité des Israéliens et des Palestiniens préfèrent un processus négocié qui débouche sur un accord définitif. Les deux peuples, et leurs dirigeants, savent que la formule d’une paix israélo-palestinienne est la solution de deux Etats pour deux peuples, fondée sur les paramètres de Clinton. Le "non-document" israélo-syrien prouve que la formule pour parvenir à la paix au Nord est claire et mutuellement acceptée, et que tout ce qui reste à faire pour Israël est de remettre les Fermes de Sheba’a aux Nations unies qui devront déterminer à qui elles appartiennent. Ces trois mesures remplissent les conditions de l’initiative de paix de la Ligue arabe, et garantiraient à Israël la paix et la normalisation avec les 22 Etats arabes.

Ce qui fait obstacle sur le chemin d’un nouveau et véritable processus de paix, ce sont deux gouvernements qui fonctionnent mal, l’un à Ramallah-Gaza et l’autre à Jérusalem, et les obstacles placés sur ce chemin par l’administration Bush. Pour convaincre et mobiliser le gouvernement israélien, il faut que soit entreprise une offensive sur trois fronts : 1) par la Ligue arabe et les Etats arabes qui ont un traité de paix avec Israël (Egypte et Jordanie), 2) par la société civile israélienne, ses mouvements pour la paix et ses leaders d’opinion, et 3) par l’Union européenne ou des Etats membres de l’Union (comme l’Espagne, l’Italie, la France, la Suède et d’autres) qui ont un rôle essentiel à jouer auprès du président Mahmoud Abbas en donnant l’assurance qu’une pareille offensive de paix conduirait à des négociations israélo-palestiniennes sur un statut définitif et non à des accords intérimaires et autres Feuilles de route. L’Union européenne doit également indique son engagement à impulser un réel processus de paix en fournissant sur le terrain des observateurs et des troupes garantes de la paix dans les territoires occupés, à la fois pendant les négociations et une fois que les accords auront été conclus et qu’Israël aura commencé à se retirer des territoires. De son côté, Israël doit accepter d’étendre le cessez-le-feu conclu à Gaza à la Cisjordanie, pour créer une atmosphère positive pour les négociations. Ce qu’il est demandé au gouvernement américain, c’est de se tenir à l’écart et de permettre qu’un vrai processus de paix se déroule. Ils pourront participer une fois que des accords auront été conclus.

Dans le même temps, le président Abbas doit avancer dans les négociations sur le plan intérieur avec le Hamas sur la formation d’un gouvernement d’union nationale, et même s’il échoue, il a la légitimité de négocier. Si un accord israélo-palestinien est soumis au vote du peuple palestinien, il ne fait pas de doute qu’un accord qui répondrait à la plupart de ses aspirations (liberté, Etat) jouirait de son soutien. L’obstacle principal dans les négociations du côté palestinien sera la question des réfugiés. Si un véritable processus est entamé, les dirigeants palestiniens devront finir par déclarer publiquement ce que la plupart d’entre eux disent en privé : le droit au retour des réfugiés s’exercera dans l’Etat palestinien et non en Israël. Plus tôt les dirigeants palestiniens feront cette déclaration publique, et plus facile il sera de résoudre les autres grandes questions : frontières, Jérusalem, sécurité.

Il y a un grand sentiment d’urgence à faire avancer le processus dès aujourd’hui. On a le sentiment que le temps est compté pour la solution à deux Etats. Il y a en même temps le sentiment de plus en plus fort qu’il existe de nouvelles chances d’avancer. Il n’est donc plus temps, ni de trembler, ni de poser des réserves. C’est maintenant le moment pour la Ligue arabe, pour l’Egypte, la Jordanie, l’Union européenne de prendre l’initiative de réunir les parties autour d’une table. Israël craint une conférence internationale de type Madrid, en particulier sans l’engagement direct et le contrôle des Etats-Unis. Mais nous ne pouvons pas compter sur l’administration Bush pour soutenir ce processus, ce qui est bien dommage. Il est peu probable que les Etats-Unis soient dans une position qui leur permette d’offrir de "bons offices" constructifs pendant au moins deux ans, et nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre deux ans, avec les seules "visites de maintenance" de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice. Il ne reste presque plus rien à maintenir, après avoir tant traîné les pieds depuis six ans.

On sait bien qu’au Moyen-Orient, quand on n’avance pas, on recule. On ne peut pas envisager de rester immobile, et trop de choses sont en jeu pour se permettre d’attendre l’arrivée d’une nouvelle administration américaine. Israël et les Arabes ne peuvent pas le faire tout seuls. Il doit y avoir un soutien et un engament internationaux pour assurer que le processus avance. Dans l’intérêt de la sécurité à long terme d’Israël, il serait sage de la part de tous ceux qui sont sincèrement soucieux del’avenir d’Israël d’encourager et de soutenir la communauté internationale en soutenant pleinement l’initiative de paix de la Ligue arabe.