Et pendant ce temps, en Cisjordanie...
Thème : Retrait de Gaza
Ha’aretz , mis en ligne le 2 juillet 2004par
Sharon a presente l’evacuation de Gaza a la droite (opposee a tout retrait) comme une mesure susceptible d’apporter un double benefice : une aide americaine et le renforcement des positions israeliennes en Cisjordanie. Cette seconde moitie de la proposition est insupportable. Elle obere toute evolution d’Israel vers la paix et la securite, aux cotes d’un Etat palestinien viable.
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Haaretz, 15 juin 2004
Le plan d’Ariel Sharon de desengagement de Gaza jouit depuis quelque temps d’un debut de soutien international, cense restreindre la liberte de manoeuvre du premier ministre et obliger a Israel a appliquer son projet d’evacuation, au-dela de sa simple planification. Lorsque la situation judiciaire et politique de Sharon sera clarifiee, il devra fournir un calendrier de retrait accelere. (Signalons que depuis la parution de cet article, Sharon ne risque plus rien sur le plan judiciaire, ndt). Alors que le retrait de Gaza parait pour le moment etre une mesure de fond et non pas seulement tactique, en Cisjordanie, ce qui se passe tend a douter des intentitions du gouvernement Sharon. En moins d’une semaine, trois evenements de la sorte se sont produits : deux dans la region de Jerusalem, et un en Samarie. Chacun d’entre eux, pris separement, pose un probleme et est susceptible de torpiller les liens entre Israel et les Palestiniens. Pris dans leur globalite, ils constituent un phenomene et une politique.
Dans le village de Walaja, au sud-est de Jerusalem, on planifie un nouveau quartier residentiel. Les nouveaux habitants ne feront pas qu’y vivre, ils vont constituer une provocation ambulante. Le precedent cree par la construction du quartier juif de Har Homa est evident, et alors que la realite urbaine de Jerusalem (comme par exemple Gilo et Ramot, quartiers construits a l’est de la Ligne verte) rendent impossible un retour integral aux lignes de cessez-le-feu, il est ahurissant d’ajouter de nouveaux obstacles a une situation deja difficile.
Le long du perimetre nord de Jerusalem, dans les quartiers d’A-Ram et de Qalandyah, on construit une partie de la cloture de securite. Comme en d’autres endroits, la cloture divise des familles et des communautes, rendant leur vie quotidienne encore plus difficile, mais dans ce secteur en particulier, les problemes sont tres aigus. Certaines institutions internationales (la Banque mondiale, le consulat de Norvege) sont situees dans le secteur et refusent de demenager, ou d’ouvrir des bureaux de l’autre cote de la cloture, et la confrontation avec les residents prend une dimension supplementaire.
La cloture de separation a A-Ram a conduit la logique interne de la cloture a une conclusion illogique : pour faire obstacle au terrorisme, elle est censee courir tout au long d’une ligne continue, sans aucun trou. Or, avec cette logique, il n’existe pas de solutions simples. Il est possible d’en reduire le perimetre en le tirant vers Jerusalem proprement dite, ou de l’agrandir en y incluant la zone metropolitaine (ce qui implique de laisser a l’interieur de la cloture certains quartiers problematiques), ou encore de diviser les quartiers de facon arbitraire. Chacune de ces solutions implique des difficultes operationnelles et provoque des frictions avec les habitants.
La troisieme action qui pose probleme est la preparation des infrastructures de la cloture dans le voisinage de la ville d’Ariel, profondement en Cisjordanie. Le trace choisi ici pour la cloture est contraire aux engagements pris par Sharon envers l’administration Bush, mais satisfait ses rivaux du Likoud, et Benjamin Netanyahou en particulier. Des terres palestiniennes ont ete confisquees, et meme si cela est reversible (comme la cloture elle-meme qui a ete deplacee apres des investissements de plusieurs millions), il apparait qu’il y a la une intention de proceder a une construction.
Sharon a presente l’evacuation de Gaza a la droite (opposee a tout retrait) comme une mesure susceptible d’apporter un double benefice : une aide americaine et le renforcement des positions israeliennes en Cisjordanie. Cette seconde moitie de la proposition est insupportable. Elle obere toute evolution d’Israel vers la paix et la securite, aux cotes d’un Etat palestinien viable.


