Démographie et démagogie

Thème : Stratégie, défense, armée Démographie, géographie

Ha’aretz , mis en ligne le 6 août 2004
par Uzi Arad

L’auteur de l’article revient sur un des principaux arguments du camp de la paix israélien en faveur de la création d’un Etat palestinien : l’équilibre démographique des populations juive et arabe entre le Jourdain et la mer Méditerranée. Il le met en perspective paradoxale en le tempérant du côté israélien et en le plaçant dans le délicat contexte humanitaire et socio-économique palestinien.

Haaretz, le 6 août 2004

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

(Trad : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant)

Yonatan Bassi, coordinateur du plan de desengagement justifie ce plan de retrait (dans le numero de Globes du 29 juillet) en expliquant qu’a Gaza " il y avait 600.000 arabes. Il y en a environ 1.4 million aujourd’hui... Dans quelques annees, il va nous arriver ce qui est arrive en Afrique du Sud. Les Nations-Unies vont decider que soit nous donnons le droit de vote a tous, soit nous deviendrons les parias de la famille des nations. Curieusement, le plus grand danger qui nous guette est... que l’Intifada s’arrete, car alors nous nous endormirions et nous reveillerions au milieu d’un Etat binational. "

Ceci est la doctrine demographique apocalyptique classique mais servie sur un plateau demagogique. Car ce scenario apocalyptique n’a strictement rien a voir avec l’evacuation de Gaza. Il est vrai que ce plan s’affiche comme voulant ameliorer l’equilibre demographique d’Israel mais on ne voit pas comment. Est-ce que l’evacuation de 7000 Israeliens de Gaza inflechira la tendance selon laquelle il y aura 2.3 millions d’Arabes a Gaza en 2020 et 5.1 millions en 2050 ? Est-ce que le fait d’abandonner ce plan de desengagement va obliger Israel a donner le droit de vote aux Palestiniens. Est-il plausible que les Nations Unies, qui ont toujours soutenu la solution a deux Etats, se convertisse au principe d’un Etat, et ce contre la majorite des pays membres, Israel et les Etats-Unis inclus ?

En effet, depuis 10 ans, tous les gouvernements israeliens ont implemente des procedures de separation politique d’avec la population palestinienne des Territoires. Les grandes villes de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza ont ete evacuees depuis longtemps. Le nombre de Palestiniens entre [le Jourdain] et la mer n’est plus un parametre pertinent en ce qui concerne le caractere juif et democratique de l’Etat [d’Israel]. Le processus demographique qui a cours dans les Territoires est devenu le principal probleme des Palestiniens qui doivent trouver les moyens de construire des institutions et une economie stables.

Une population qui double a chaque generation et qui est incapable de faire avancer son economie a ce rythme se condamne elle-meme a un retard economique et a plus de pauvrete. Le probleme des habitants de Gaza n’est pas " un homme, un vote " . Ils pourront toujours participer aux scrutins de l’Autorite Palestinienne. L’essence du probleme de Gaza etait et reste " un homme, un travail " et le plan de desengagement risque d’aggraver ce probleme.

Le rapport du Developpement Humain Arabe [du Programme des Nations-Unies pour le Developpement] [1] dit que le tiers de la population du monde arabe vit avec moins de deux dollars par jour. Ce chiffre doit etre double a Gaza. S’ils le voulaient, les Palestiniens pourraient prendre exemple sur de nombreux pays de la region qui ont reussi a reduire leur taux de natalite. Tandis que le taux de natalite des Palestiniens est actuellement de 5.9 enfants par femme (a Gaza, il atteint 6.6), ce taux est tombe a 2.9 en Egypte, 2.1 en Tunisie, 3.6 en Syrie, 2.2 au Liban et 4.3 en Jordanie. Celui de l’Iran est brutalement tombe a 2.1 enfants par femme. Les institutions internationales qui soutiennent les Palestiniens feraient bien de correler leur soutien a un planning familial efficace chez les Palestiniens, comme il l’a ete demande a l’Egypte.

Les programmes etats-uniens et europeens, qui soutiennent le developpement du Moyen Orient (preconises dans de nombreux sommets et inspires par le rapport du Developpement Humain Arabe) et qui cherchent a ameliorer la question des libertes, de l’education et du statut des femmes, doivent aussi atteindre les Palestiniens. De telles reformes, associees a la reduction du taux de natalite de la region pourrait stabiliser le probleme demographique palestinien, qui est plus le leur que le nôtre aujourd’hui.

Une chose est sûre : tout d’abord, il n’est pas besoin de s’agiter autour du scenario demographique apocalyptique qu’Israel a deja ecarte. Et il ne saurait etre question de comparaison avec l’Afrique du Sud ou de menaces d’Etat binational, comme la propagande palestinienne s’amuse a le claironner. Nous n’avons aucunement a esperer que l’Intifada continue, meme a des fins rhetoriques.

Ensuite, si les Palestiniens ne limitent leur croissance demographique et continuent leur lutte armee et internationale contre Israel, l’apocalypse pourrait etre leur. Il est dans leur interet et dans le nôtre que cela n’arrive pas.

[1] http://www.undp.org/rbas/ahdr/