On apprenait vendredi  dernier que l’accord qui était déjà en négociation du temps où Netanyahu n’était pas encore chef de l’opposition, avait été conclu et qu’Israël allait transférer près d’1,4 million de vaccins à l’Autorité palestinienne. Quelque 100 000 doses  avaient même été livrées  le jour même.

Les bonnes nouvelles en provenance de la région étant plutôt rares, on ne pouvait que s’en réjouir. Pour les Palestiniens tout d’abord pour lesquels l’insuffisance  de vaccins était d’autant plus criante qu’à quelques kilomètres de là, en Israël, la vaccination battait son plein avec l’efficacité et le succès que l’on connaît. 

Tant à l’international qu’en Israël, des voix se faisaient entendre parmi les ONG mais aussi parmi les responsables du secteur de la santé, sur l’aide -obligation ou pas- qu’Israël se devait d’apporter aux Palestiniens, ne serait-ce que parce que la Covid ne connaît pas les frontières et qu’il convenait de vacciner l’ensemble de la population d’une même entité géographique. D’ailleurs, à reculons et par étapes, les autorités israéliennes étaient rentrées dans ce processus, en vaccinant dans un premier temps les prisonniers palestiniens, puis les travailleurs autorisés à entrer sur son territoire. Ces avancées, chaque fois arrachées aux  autorités israéliennes, étaient jugées insuffisantes et on attendait une mesure significative négociée entre les parties en présence.

La nouvelle annoncée par Nitzan Horowitz, tout nouveau ministre de la Santé au titre du Meretz,  semblait donc tomber à point nommé, quelques jours à  peine après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement.

Il convient de préciser à ce stade qu’il ne s’agit nullement d’un cadeau: Israël ne donne pas des vaccins aux Palestiniens. Ceux-ci en ont commandé pour 27 millions de dollars à Pfizer qui ne pourra cependant les livrer que dans quelques mois. Or Israël dispose de plus d’un million de doses dont le pays n’a pas besoin présentement et dont la date de péremption est proche. Cet arrangement permet donc, aux Palestiniens de disposer plus tôt de doses qui leur sont plus que nécessaires, et aux Israéliens, de ne pas jeter des vaccins devenus inutilisables et d’en avoir de nouveaux au moment où on en aura besoin et au passage, d’économiser, selon la presse israélienne, près de 25 millions d’euros.

Tout le monde donc y trouve son compte… mais comme on le sait, rien n’est simple, surtout quand la confiance fait défaut.

L’encre de l’accord avait à peine eu le temps de sécher que l’Autorité palestinienne annonçait rejeter l’arrangement au motif  que la date de péremption des vaccins serait trop proche pour permettre leur utilisation dans de bonnes conditions. On a du mal à croire que ce point essentiel n’ait pas été discuté aux cours de négociations en prélude à la finalisation de l’accord. Difficile à croire également qu’Israël aurait fourni  des vaccins autres que ceux annoncés…
L’argument invoqué peine à convaincre. Une validité jusqu’à fin juin et une livraison à quelques kilomètres de distance  seulement permettent une utilisation rapide dans des lieux où la campagne de vaccination a déjà commencé et dans lesquels en conséquence une infrastructure et une logistique sont en en place, au profit de quelques dizaines de milliers de personnes  au moins d’ici la fin du mois. Jérusalem, ne l’oublions pas, est à moins de 20 km de Ramallah, Tel Aviv est à moins de 100km…

Il est habituel que les premiers vaccins livrés, ceux qui doivent être utilisés dans l’immédiat, soient ceux dont la date de péremption est proche. Si trop de vaccins  de cette catégorie avaient été acheminés, l’Autorité palestinienne aurait  donc pu demander de recevoir éventuellement  moins de ces vaccins et plus de ceux dont la péremption était plus éloignée sans pour autant annuler tout l’accord. Il est incontestable que les Palestiniens, plus de 2,8 millions en Cisjordanie et deux millions dans la bande de Gaza, ont un besoin urgent de ces vaccins : moins de 10% seulement ont reçu une première injection  et seulement un peu plus de 5% ont reçu les deux  (plus de 55% en Israël). Les dernières données font état de 178 nouveaux cas (37 en Israël) portant à 313 000 le bilan total depuis le début de la pandémie, dont 3 551 décès.

Il y a d’autres raisons et motivations à cette annulation.

Dès l’annonce de l’accord, l’Autorité palestinienne a été la cible de critiques virulentes sur les réseaux sociaux, mettant en avant l’humiliation que représentait cet accord et le danger sanitaire que constituerait la vaccination avec ces doses en provenance d’Israël. Affaiblie, et pas seulement du fait de la politique du gouvernement israélien, coupée de la population, l’Autorité palestinienne n’a pas anticipé cette vague de critiques, nullement spontanée dans le contexte de confrontation inter-palestinienne exacerbée par l’annulation des élections législatives et présidentielles. On peut penser que ce type de réaction accompagnera tout accord intervenant entre Israël et l’Autorité palestinienne, quels que soient sa nature et son objet. Seule exception peut-être, un accord portant sur la libération de prisonniers palestiniens…

Il est clair par ailleurs que les autorités israéliennes n’ont pas non plus anticipé ces réactions susceptibles de fragiliser l’accord intervenu et qu’elles ont  jeté de l’huile sur le feu de par leur campagne de communication dans le cadre de laquelle elles ont largement mentionné, selon les médias israéliens, tant la date de péremption rapprochée que le paiement par les Palestiniens des doses Pfitzer qu’Israël recevrait en lieu et place des vaccins fournis. En un mot, c’est tout juste si l’opération n’était pas  autre chose qu’une “excellente affaire” pour Israël.

La maladresse,  la méconnaissance et/ou la non prise en considération du contexte dans lequel évolue le partenaire / adversaire, le tout mâtiné d’une dose d’arrogance et vous avez le cocktail susceptible de faire échouer à l’avenir d’autres négociations, si aucuns changements d’analyse, de perspective et de comportement n’interviennent. En ce sens l’échec, provisoire espérons-le, de cet accord est riche d’enseignements… Encore faudra-t-il les tirer.

 

Mis en ligne le 24 juin 2021