« Sans perspective politique pour ce conflit, la légitimité d’Israël s’érodera. »


Auteur : Shaul ArieliJokopost.com, 9 juin 2026

Traduction : ChatGpt

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Mis en ligne le 15 juin 2026


Ces derniers mois, il est redevenu évident que le conflit israélo-palestinien reste une priorité de l’agenda international et régional, malgré l’attention portée à l’Iran, aux guerres régionales, aux crises économiques et à la détérioration des relations entre les États-Unis et l’Europe. Le conflit se transforme, tout simplement. De Gaza, zone humanitaire, il se déplace vers la Cisjordanie, territoire juridiquement reconnu ; de Jérusalem, ville religieuse, il revient à la question de la souveraineté ; et des promesses d’un avenir meilleur, il revient à la question fondamentale qu’Israël tente d’éluder depuis des années : existe-t-il un véritable horizon politique pour un État palestinien, ou s’agit-il simplement d’une gestion plus sophistiquée du contrôle israélien ?

Les deux rapports trimestriels de Tamor-Politography – l’un consacré aux pays de la région, l’autre aux États-Unis, à l’Union européenne, à l’ONU et aux pays d’Europe centrale – dressent un tableau complexe mais clair. Il n’existe plus de position internationale unique vis-à-vis d’Israël et du conflit. On observe un système fragmenté d’acteurs, chacun instrumentalisant la même question à des fins différentes : stabiliser Gaza, empêcher l’annexion, protéger la souveraineté, préserver l’ordre international, briguer un leadership régional, délégitimer Israël, ou encore, pour les États-Unis, esquiver un énième dossier politique sans intérêt immédiat. Au sein de cette fragmentation, un point commun essentiel se dégage : la quasi-totalité des acteurs reconnaissent que les dernières initiatives israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem ne relèvent plus de la « gestion du conflit », mais d’une tentative délibérée de remodeler la réalité politique et juridique afin d’éliminer la solution à deux États.

Le premier tournant du trimestre est la transition progressive de Gaza vers la Cisjordanie. En début d’année, les efforts internationaux se sont concentrés sur la stabilisation du cessez-le-feu à Gaza, la mise en place du Comité des technocrates, l’acheminement de l’aide humanitaire, la réhabilitation de la bande de Gaza et l’examen de la possibilité de déployer une force internationale de stabilisation. Ces mesures s’inscrivaient dans la continuité directe du plan Trump et de son ancrage dans la résolution 2803 du Conseil de sécurité. Cependant, en février et mars, le débat a évolué. Les décisions du gouvernement israélien concernant le cadastre, l’extension de son contrôle en Cisjordanie, les colonies, l’annexion progressive et les restrictions imposées sur l’esplanade des Mosquées ont suscité une nouvelle convergence de critiques entre les États arabes, la Turquie, les milieux islamiques, l’Union européenne et les pays d’Europe centrale.

L’Égypte et la Jordanie illustrent bien cette évolution de la dynamique régionale. L’Égypte a continué de se positionner comme principal médiateur dans le dossier de Gaza, tout en intensifiant son engagement diplomatique en Cisjordanie et face aux mesures israéliennes perçues comme une atteinte directe à la solution à deux États. Du point de vue du Caire, la gestion de Gaza ne devait pas constituer une voie de contournement vers la création d’un État palestinien, mais plutôt une phase de transition visant à restaurer l’Autorité palestinienne et à garantir l’unité de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. La Jordanie est allée plus loin : en janvier, elle s’est principalement concentrée sur Gaza et les aspects humanitaires ; en février, son attention s’est portée sur la Cisjordanie ; et en mars, avec l’intensification du conflit avec l’Iran et le mois du Ramadan, la crainte de porter atteinte au statu quo à Al-Aqsa et d’une escalade israélienne sous couvert de la crise régionale s’est accrue. Du point de vue d’Amman, l’annexion, l’expropriation des terres, l’expansion des colonies et la fragilisation de l’économie palestinienne nuisent non seulement aux Palestiniens, mais constituent également une menace pour la sécurité nationale jordanienne.

Le comportement de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de Bahreïn montre également que la normalisation des relations n’efface pas la question palestinienne de l’agenda politique. Riyad a maintenu le cadre habituel de la solution à deux États et les frontières de 1967, tout en intensifiant le discours contre les initiatives d’annexion israéliennes. Les Émirats arabes unis et Bahreïn, sans pour autant adopter la ligne la plus critique, se sont joints aux condamnations concernant la Cisjordanie, Jérusalem et la mosquée Al-Aqsa. Le message est clair : les pays signataires des accords d’Abraham sont prêts à maintenir des relations avec Israël, mais refusent de payer le prix d’une annexion permanente de la Cisjordanie.

La Turquie, en revanche, constitue un cas totalement différent. Elle ne se contente pas de critiques politiques. Ces derniers temps, elle a adopté une posture de confrontation active, caractérisée par une délégitimation virulente d’Israël, le recours systématique à l’accusation de « génocide », des appels publics à des sanctions, un soutien affiché aux Palestiniens et au Hamas, et une volonté de s’intégrer à un mécanisme international, voire militaire, à Gaza. Ankara présente Israël non seulement comme un acteur du conflit israélo-palestinien, mais aussi comme une menace régionale majeure déstabilisant la Syrie, le Liban, l’Iran, Gaza, la Cisjordanie et la Corne de l’Afrique. Ce faisant, elle instrumentalise la question palestinienne à des fins idéologiques et diplomatiques dans sa lutte pour le leadership musulman régional.

L’Iran, en revanche, présente un paradoxe. Sur le plan idéologique, son hostilité envers Israël demeure inchangée : négationnisme de son existence, soutien au « front de résistance » et opposition aux arrangements politiques perçus comme imposés aux Palestiniens. Mais dans les faits, la question palestinienne a été quasiment reléguée au second plan de l’agenda iranien. Les manifestations internes, la répression violente, l’escalade des tensions avec les États-Unis et Israël, et l’opération « Rugissement du Lion » ont déplacé le centre de gravité du gouvernement iranien, des Palestiniens vers la survie du régime et la confrontation directe. Ce constat important souligne que tous ceux qui brandissent la Palestine comme un étendard ne la placent pas nécessairement au sommet des priorités.

Au sein du système international, une autre division se manifeste. Sous l’administration Trump, les États-Unis ont quasiment abandonné tout engagement politique concret sur la question palestinienne. La guerre en Iran a relégué Gaza, la Cisjordanie et le futur règlement du conflit au second plan. Au-delà des déclarations de principe concernant le « Conseil de paix » et le désarmement du Hamas, aucune implication américaine significative n’a été constatée. Faute de politique structurée pour la Cisjordanie et la gestion de l’annexion progressive, et faute de tentative sérieuse d’intégrer Gaza à un règlement politique global, l’administration actuelle apparaît comme un système frénétique menant une politique étrangère opportuniste et mercantile, considérant le conflit israélo-palestinien comme un simple désagrément qu’il vaut mieux ignorer.

En revanche, la position européenne est restée constante et fondée sur l’engagement en faveur de la solution à deux États, le désarmement du Hamas, le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza, l’opposition à l’annexion de facto de la Cisjordanie, le soutien à la reconstruction de Gaza dans le cadre du droit et des institutions internationales, et la poursuite de l’aide humanitaire. Toutefois, le fossé entre sa position et sa capacité d’action concrète demeure important. L’UE ambitionne de participer à l’après-guerre à Gaza par la reconstruction de la bande de Gaza, la mise en place d’institutions, l’élargissement des pouvoirs de l’EUBAM Rafah et de l’EUPOL COPPS, et la formation des forces palestiniennes, mais cela dépend de l’approbation d’Israël, des États-Unis et d’autres acteurs. Parallèlement, les critiques de l’UE à l’égard de la politique menée en Cisjordanie se sont intensifiées de manière inédite, et des mesures telles que l’enregistrement des terres dans la zone E1, l’expansion des colonies et les violences perpétrées par les colons sont perçues en Europe comme une annexion de facto et une violation flagrante de la solution à deux États.

Même au sein de l’Europe, des divergences d’approche sont manifestes : l’Allemagne continue de concilier ses critiques croissantes à l’égard d’Israël avec le maintien de relations étroites et une grande sensibilité sécuritaire. Toutefois, sa décision de ne pas intervenir en faveur d’Israël dans l’affaire sud-africaine devant la Cour internationale de Justice marque un tournant dans la prudence allemande. La France demeure l’acteur le plus actif sur le plan politique, mais son influence s’érode face au cadre américain. Le Royaume-Uni a réduit sa présence : le nombre de ses déclarations et son implication politique sont en baisse. L’ONU, quant à elle, n’est pas un instrument politique, mais un pilier normatif : la résolution 2803, l’UNRWA, la CIJ et la CPI constituent le cadre dans lequel l’Europe continue de défendre l’ordre international fondé sur des règles, même face à une administration américaine qui le fragilise.

La conclusion politique qui se dégage de cette situation devrait être très préoccupante pour Israël. Le monde n’est pas uni contre lui, mais il ne souscrit plus non plus à la distinction artificielle entre « gestion de la sécurité » et annexion pure et simple. Les États-Unis sont préoccupés par l’Iran et leurs propres intérêts ; l’Europe est critique mais mesurée ; la région est divisée mais vigilante ; et la Turquie exploite l’espace laissé vacant par l’Iran. Dans ce contexte, Israël peut certes étendre sa marge de manœuvre à court terme, notamment en Cisjordanie, mais au prix d’une érosion croissante de la légitimité internationale et régionale de sa politique.

Quiconque cherche à comprendre la dynamique des premiers mois de 2026 devrait y voir un signal d’alarme clair : la question palestinienne n’a pas disparu. Elle est revenue par des voies détournées, à travers la question territoriale, les colonies, Al-Aqsa et le droit international. Israël peut continuer d’affirmer qu’« il n’y a pas de partenaire » ou qu’il n’y a ni temps ni circonstances. Mais la communauté internationale et le système régional commencent à prendre conscience de ce que la réalité sur le terrain démontre depuis longtemps : sans véritable perspective politique, il n’y a pas de « gestion du conflit ». Il n’y a que renforcement du contrôle, un affrontement imminent et une perte progressive de la légitimité sur laquelle Israël s’est appuyé pendant des décennies.