Sante mentale et retrait de Gaza


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Ha’aretz, le 1er septembre 2004

[[Le Dr Itz’hak Levav est psychiatre dans le secteur public. Le
professeur Daniel Bar-Tal enseigne la psychologie politique a
l’universite de Tel-Aviv. Les vues qu’ils expriment ici ne representent
que leur opinion et non celle de leurs employeurs respectifs. ]]


Quelques decades durant, le gouvernement israelien a eu pour politique
d’installer dans la Bande de Gaza des Israeliens juifs. Ils sont
quelques milliers a avoir mis cette politique en pratique et s’etre
construit la une maison, certains parce qu’ils pensaient ainsi
ameliorer leurs conditions de vie, d’autres pour des raisons
ideologiques, convaincus qu’ils etaient d’accomplir leur ideal :
peupler la Terre d’Israel. Le fait de se croire les acteurs principaux
d’un projet national historique participait dans les deux groupes de la
construction de leur estime personnelle.

Le probleme, du point de vue de la sante mentale, est que ces gens ont
ete pousses a croire, jusqu’il y a peu, qu’ils etaient a Gaza pour
toujours ; tout a coup, cependant, on leur a demande de tout abandonner
parce que le gouvernement avait decide de se desengager de Gaza.
Les sondages indiquent que la majorite des Israeliens acceptent cette
politique, mais pour les colons cela signifie d’etre catapultes dans le
chaos personnel et le deuil. A vrai dire, l’evacuation represente un
defi complexe et ardu, avec des colons confrontes a des pertes
materielles – devoir quitter les confortables maisons qu’ils avaient
construites, les jardins qu’ils avaient fait fleurir, les champs d’ou
ils tiraient leurs recoltes, voire les reductions d’impots dont ils
beneficiaient.

L’impact emotionnel de la perte est plus puissant encore. Les colons
devront abandonner une terre ou tant d’autres qui pour eux comptaient –
des membres de leur famille, des amis, des voisins – ont perdu la vie
dans la defense d’un but commun. Ils doivent, en outre, se colleter a
la destruction de leurs reves et de leur ideal de pionniers
accomplissant un dessein national. Il n’est pas surprenant qu’ils aient
pu se sentir trahis par le gouvernement comme par leurs concitoyens.
L’evacuation va-t-elle mettre en peril la sante mentale des colons ?
Lors du retrait du Sinai, il y a vingt-trois ans, certains des
habitants d’Ophira ont manifeste des reactions de detresse emotionnelle
a leur relogement force, encore que tel ne fut pas le cas de tous.

Le gouvernement devrait-il mettre instantanement en œuvre un programme
visant a alleger les effets de cette nouvelle politique de retrait ? Oui, bien qu’il ne soit pas necessaire d’envoyer sur le champ des
equipes de psychologues traiter les reactions sur le terrain. Ce qu’il
faut, a court terme, c’est commencer tout de suite a prendre des
mesures preventives, plutot que curatives, dans l’espoir de limiter les
risques d’eventuelles reactions psychologiques adverses :

• Le gouvernement devrait recruter immediatement un groupe d’experts
psychiatres charges de conseiller aux cadres politiques et aux equipes
techniques qui gerent le relogement des colons la meilleure façon de
mener l’evacuation a bien psychologiquement parlant. Dans une
perspective de sante mentale, par exemple, mieux vaut reloger les
familles evacuees a l’interieur de la Ligne verte afin de leur eviter
toute reinstallation ulterieure ;

• Le message gouvernemental quant aux dates de debut et de fin du
retrait doit etre denue d’ambiguite. Le deuil anticipe du foyer perdu
peut etre d’un certain secours, mais cela reste limite ;

• Il faudrait que le gouvernement annonce clairement et precisement la
nature et l’etendue des credits et des aides qui seront debloques pour
l’assistance technique et financiere ;

• Il devrait empecher les colons d’etre pris en otages dans la bataille
politique qui s’engage : une fois la decision adoptee par un
gouvernement democratiquement elu, la droite devrait cesser de
manipuler les colons pour faire avancer ses objectifs, tandis que la
gauche devrait eviter de leur reprocher avoir ete partie prenante de
l’occupation. Dans le contexte actuel, il est essentiel d’obtenir
l’adhesion des rabbins et des cadres locaux a la loi ;

• Le gouvernement devrait marteler aux colons le message clair et
repete que l’accomplissement que leur mission nationale passee doit
aujourd’hui etre reconsidere. Le gouvernement et la societe, conscients
de l’etendue des changements subis par les colons, doivent reconnaitre
pleinement leurs efforts. Ce que le gouvernement et la societe
attendent aujourd’hui des ex-colons, c’est un engagement personnel
renouvele en faveur de la nouvelle politique nationale qui represente
la volonte de la majorite. Cette adhesion a la loi, jointe a la
reconnaissance de leurs concitoyens, pourrait former le substrat de
leur respect d’eux-memes, aujourd’hui defaillant ;

• Le gouvernement devrait recruter d’anciens colons d’Ophira et Yamith
ayant refait leur vie avec succes a l’interieur de la Ligne verte pour
servir d’exemples, et plus generalement pour apporter leur aide.

Il est probable que la mise en œuvre reussie de ces actions preventives
reduira les besoins de soutien psychologique de premiere heure. Pareil
soutien pourrait cependant etre necessaire a une minorite de colons,
susceptibles du fait d’evenements actuels ou anciens de se montrer
hyper anxieux ou profondement depressifs, de s’engager dans des
conflits interpersonnels ou d’exploser en comportements violents.
L’impact psychologique du retrait de Gaza doit etre pris au serieux par
le gouvernement. Il appartient aux politiques a l’echelon national plus
qu’aux specialistes d’aider ceux qui seront bientot devenus des
ex-colons a retrouver un role positif au sein du consensus national et
de prevenir les reactions psychologiques contraires, encore evitables a
ce stade.