Le pacte de Genève énerve la droite


Haaretz

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Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Une concession des Palestiniens sur le droit au retour des refugies, en echange de la souverainete palestinienne sur le mont du Temple, est au coeur d’un projet d’accord de paix conclu hier par des negociateurs officieux palestiniens et israeliens.

Selon des sources palestiniennes, le president de l’Autorite palestinienne, Yasser Arafat, a ete tenu informe des discussions, et connait tous les details de l’accord. Du cote israelien, cependant, tous les negociateurs sont membres de l’opposition, et agissent sans que le gouvernement ait ete informe et sans son approbation; le projet n’a donc aucun statut officiel (selon des sources proches de Yossi Beilin, Ariel Sharon a ete tenu informe tout au long des discussions, ce que son cabinet dement officiellement, ndt).

Ce projet, connu sous le nom d’accord de Geneve, doit etre signe en Suisse dans les prochaines semaines, peut-etre le 4 novembre, date anniversaire de l’assassinat d’Yitzhak Rabin. Le ministere suisse des Affaires etrangeres a finance et joue le role de mediateur dans les negociations , qui ont dure deux ans et demi. Dans les semaines qui precederont la signature, les deux cotes ont l’intention d’entamer une campagne agressive pour “vendre” le projet a leurs opinions respectives.

A la ceremonie d’hier en Jordanie, qui a marque la finalisation du document, ont participe du cote israelien : Yossi Beilin, ancien ministre, qui a dirige l’equipe des negociateurs israeliens ; les deputes Haim Oron (Meretz), Amram Mitzna (travailliste) et Avraham Burg (travailliste) ; l’ancienne deputee Nehama Ronen, le general (res) Giora Inbar et l’ecrivain Amos Oz. D’autres Israeliens ont egalement ete partie prenante de l’initiative, comme l’ancien chef d’etat-major Amnon
Lipkin-Shahak, Youli Tamir (deputee travailliste) et plusieurs deputes du Meretz. Les representants palestiniens a la ceremonie, qui ont mene les conversations de leur cote, etaient les anciens ministres Yasser Abed Rabbo, Nabil Kassis et Hisham Abdel Razek, ainsi que deux leaders de l’organisation Tanzim liee au Fatah, Qaddoura Fares et Mohammed Khourani.

Yasser Abed Rabbo, qui a defini le projet comme “le debut d’une nouvelle ere”, a dit qu’il avait recu les felicitations d’Arafat, du premier ministre Ahmed Qorei et de son predecesseur, Mahmoud Abbas.

Mohammed Khourani, qui a fait remarquer que quatre de ses freres se trouvaient dans des prisons israeliennes, a dit : “nous avons compris qu’Israel ne pouvait pas nous vaincre par des moyens militaires, mais nous avons aussi compris que nous ne pouvions pas vaincre Israel, et que la solution doit etre politique”.

Amram Mitzna : “le camp de la paix a aujourd’hui un ordre du jour. Nous avons
termine la partie facile de la tache, aujourd’hui arrive la partie difficile : retourner en Israel, frapper a toutes les portes et convaincre l’opinion”.

Amos Oz : “ceux qui nous attaquent demanderont sans doute : ‘qu’avez-vous fait? Vous leur avez tout donne en echange de quelques accolades’ … Mais ce que nous avons accompli aujourd’hui marquera l’avenir”.

Yossi Beilin, repondant aux critiques d la droite, qui accuse l’architecte d’Oslo de repeter les memes erreurs : “Je sais qu’ils diront que c’est un mauvais accord, que nous avons plie et cede sur tout. Mais il y a une chose qu’ils ne pourront pas dire : qu’il n’existe pas de partenaire (pour un accord)”.

Les ministres du gouvernement ont mene la charge contre Beilin et ses collegues. “Il y a un gouvernement en Israel, qui a la charge de ces affaires”, a dit Silvan Shalom, ministre des Affaires etrangeres. “Tout le reste est virtuel. Je ne me serais pas attendu a autre chose de la part de ceux qui nous ont apporte les accords d’Oslo, pour la folie desquels nous payons encore aujourd’hui, et donc, il faut ramener tout cela a sa vraie proportion”.

Le Premier ministre Ariel Sharon, qui le premier a attaque l’initiative Beilin-Abed Rabbo la semaine derniere, a declare hier qu’elle empechait toute chance d’avancer dans des negociations serieuses en vue d’un accord de paix.

Le president du Parti travailliste, Shimon Peres, s’est refuse a tout commentaire sur le document, disant qu’il ne pouvait pas le faire sans savoir de quoi il s’agit.

Les points essentiels du projet sont les suivants :

* Les Palestiniens renoncent au droit au retour. Certains refugies demeureront dans les pays ou ils vivent aujourd’hui, d’autres seront absorbes par l’Autorite palestiniene, d’autres encore seront absorbes par d’autres pays, et certains recevront des compensations financieres. Un nombre limite de refugies sera autorise a s’installer en Israel, mais cela ne sera pas defini comme une application du droit au retour.

*Les Palestiniens reconnaitront Israel en tant que l’Etat du peuple juif.

* Israel se retirera sur les frontieres de 1967, sauf en ce qui concerne certains echanges de territoires, qui seront decrits ci-dessous.

* Jerusalem sera divisee, et les quartiers arabes de Jerusalem Est feront partie de l’Etat palestinien. Les quartiers juifs de Jerusalem Est, et ses banlieues en Cisjordanie de Givat Zeev et Maale Adoumim, ainsi que la partie historique du Bloc Etzion (mais non Efrat) feront partie d’Israel.

* Le Mont du Temple sera palestinien, mais une force internationale en garantira la liberte d’acces aux visiteurs de toute confession. Neanmoins, ni les prieres juives, ni les fouilles archeologiques ne seront autorisees sur le Mont. Le Mur des Lamentations restera sous souverainete juive. Le “Bassin sacre” (qui comprend le cimetiere juif du Mont des Oliviers, la Ville de David et la vallee de Kivron, ndt), sera sous supervision internationale.

* Les colonies d’Ariel, Efrat et Har Homa feront partie de l’Etat palestinien. De plus, Israel transferera aux Palestiniens certaines parties du Neguev adjacentes a (la bande de) Gaza, mais non Halutza, en echange des parties de Cisjordanie qu’il recevra.

* Les Palestiniens s’engageront a empecher le terrorisme et l’incitation a la haine, et a desarmer toutes les milices. Leur Etat sera demilitarise, et les passages de frontieres seront supervises par une force internationale, non israelienne.

* L’accord viendra en lieu et place de toutes les resolutions des Nations Unies et des accords precedents.