Le double langage de Sharon


Quiconque a entendu mardi le discours de Sharon retransmis par satellite aux
delegues de la conference annuelle de l’AIPAC (American Israel Public
Affairs Committee) a pu avoir la nette impression que l’ere du “Nouveau
Moyen-Orient” (conception chere a Shimon Peres, ndt) etait proche. Son
message de mardi, a usage interne, celui-la, brossait une image beaucoup
moins rose.

Sharon a dit a l’AIPAC (dans un discours diffuse en direct sur CNN) qu'”une
paix regionale etait proche”. Le Premier Ministre, qui a semble rajeuni dans
ses derniers inteviews (peut-etre a cause de la pause des attentats
terroristes depuis le lancement de l’Operation Mur Protecteur), a meme dit
aux delegues qu’il etait “optimiste pour l’avenir”.

L’offensive de Tsahal en Cisjordanie, commencee le 29 mars “a ouvert une
fenetre pour remettre le processus de paix sur des rails differents, plus
moraux”, a-t-il declare.

En Israel, cependant, Sharon delivrait un message dur, conformement a son
virage a droite de ces derniers jours. S’adressant a la Commission des
Affaires Etrangeres et de la Defense de la Knesset, Sharon a repete son
refus de demanteler la moindre colonie. “Le sort de Netzarim, c’est le sort
de Tel-Aviv”, a-t-il dit, faisant allusion a cette colonie de Gaza, isolee
et extremement fortifiee, que citent souvent les hommes politiques de gauche
pour demontrer ce qu’ils considerent etre la folie du projet de
colonisation.

Sharon n’a pas non plus ecarte la possibilite que Tsahal, une fois son
offensive en Cisjordanie terminee, se tourne vers la Bande de Gaza.
Repondant a une question du depute de l’Union Nationale (extreme-droite)
Ouri Ariel, qui lui demandait pourquoi Tsahal n’avait pas opere a Hebron ni
a Gaza, et s’il comptait le faire, le Premier Ministre a repondu qu’il
n’avait pas l’intention de reveler de details operationnels, mais qu'”il n’y
aurait pas de sanctuaire pour les terroristes.”

Le depute Ran Cohen (Meretz, gauche) a dit aux journalistes apres la reunion
que selon lui, la reponse de Sharon signifiait qu’il comptait envahir Gaza
dans le futur proche, cette invasion constituant la phase suivante de
l’Operation Mur Protecteur.

Le veritable Sharon, dit Akiva Eldar, analyste diplomatique de Haaretz, est
celui qui se percoit comme le gardien des colonies, et qui aimerait voir le
retrait d’Arafat comme l’apogee de l’offensive militaire en Cisjordanie. Le
Premier Ministre, dit Eldar, “teste les limites” pour voir jusqu’ou il peut
aller avec les Americains.

“Il peut aller assez loin, a cause de la situation politique a Washington,
sachant qu’en novembre, il y aura des elections pour le Congres, que Bush
veut s’y assurer une majorite republicaine, et qu’il sait que le soutien a
Israel represente une carte importante”.

Bush est aussi de plus en plus derange par Arafat, qui s’est entete a
refuser de moderer son exigence d’un retrait total de Tsahal de toutes les
zones palestiniennes conquises, avant d’entamer des negociations en vue
d’une treve. “La derniere chose dont Bush ait envie d’entendre parler”, dit
Eldar, “c’est d’Arafat menacant de destabiliser le Moyen-Orient si les
Etats-Unis ne l’exfiltrent pas de son QG assiege de Ramallah”.

“Jusqu’ou ira Sharon”, dit Eldar, “depend de ce qu’il percoit de la position
maericaine. Et le probleme avec les Americains, c’est qu’il n’ont pas de
politique claire. Elle change tout le temps.”