Les anciens Premiers ministres Bennett et Lapid s’associent pour former une liste commune en vue des élections de 2026, avec l’ambition de déloger Netanyahou. De la violence des colons au mariage pour tous, Bennett adopte en 2026 un ton radicalement différent de celui de ses débuts en politique.


Auteur : Ben Kroll, rédacteur en temps réel d’actualités urgentes pour Haaretz.com, Haaretz, 27 avril 2026 

Traduction : Dory groupe WhatsApp « Je suis Israël »

https://www.haaretz.com/israel-news/israel-politics/2026-04-27/ty-article/.premium/where-naftali-bennett-stands-on-israels-major-issues/0000019d-cf25-dc2f-addf-efff69eb0000

Illustration : Eran Wolkowski, Haaretz, 29/04/26 – Bennett et Lapid à Eizenkot: « Viens t’asseoir… Juifs uniquement…  »

Mise en ligne le 30 avril 2026


Les anciens Premiers ministres israéliens Naftali Bennett et Yaïr Lapid ont annoncé dimanche qu’ils allaient unir leurs forces et se présenter sur une liste commune aux élections de 2026, avec pour objectif affiché de battre le Premier ministre Benjamin Netanyahou. Bennett, ancien leader des colons, a renoué son alliance avec l’ancien journaliste centriste Lapid. Depuis leur entrée en politique en 2013, les deux hommes ont fait équipe au sein des gouvernements de Netanyahou, puis lors de sa destitution en 2021, pour former un « gouvernement de transition » qui a duré 19 mois. Quelle est la position de Bennett sur les grands enjeux israéliens ?

« Droite libérale-sioniste »
Le nouveau parti, Beyahad (Ensemble), vise une position de centre-droit sur l’échiquier politique israélien, bien que sa position reste ambiguë. Bennett, quant à lui, a tenu des propos quelque peu contradictoires lors de sa conférence de presse de dimanche. D’une part, il a déclaré qu’il « dirigerait la nation conformément aux convictions de la grande majorité des citoyens israéliens », une voie qu’il a décrite comme « celle de la droite libérale-sioniste : la force diplomatique et sécuritaire ». Cependant, interrogé sur la question de savoir si la fusion avec Lapid visait à attirer des électeurs de gauche ou de droite, Bennett a déclaré que Beyahad « n’appartient ni à la droite ni à la gauche ; nous appartenons à l’ensemble du bloc israélien ».

Bennett et Lapid ont tous deux décrit leur parti comme représentant 80 % du pays. « Seuls ceux qui se soustraient au service militaire et les extrémistes ne sont pas invités », a déclaré Lapid. Il a ajouté plus tard qu’il estimait que l’électorat du parti « dépassait » la définition d’un bloc électoral. « Nous ferons tout le nécessaire pour optimiser la configuration politique, remporter les élections et établir un gouvernement sioniste aussi large que possible.»

Dans un billet publié la semaine dernière sur X, Bennett s’est montré plus explicite : « La coalition Netanyahou-Dery-Smotrich n’est pas de droite – je suis de droite. » Il a ajouté que « la droite libérale-sioniste est la véritable droite. » Dans son discours de dimanche, Bennett s’est engagé à créer une commission d’enquête d’État sur l’attaque du 7 octobre, à promouvoir une loi sur le service militaire universel dans l’armée israélienne, à mettre fin au financement de l’insoumission des Haredim, à limiter à huit ans le mandat de Premier ministre et à refuser de céder « un seul centimètre » du territoire israélien à l’ennemi.

« Empêcher la création d’un État palestinien »
Dans ce même message publié sur X, Bennett, qui a dirigé le Conseil de Yesha* il y a une quinzaine d’années – l’organisation regroupant les colonies israéliennes en Cisjordanie – a écrit que ses positions sont bien connues : « ne pas céder notre terre et empêcher la création d’un État palestinien. » Dans une interview accordée à un média chrétien évangélique au début du mois, Bennett a déclaré entrevoir d’« immenses opportunités » dans la région. « J’envisage, dès ma première semaine en tant que Premier ministre, de me rendre aux Émirats arabes unis et en Égypte », a-t-il dit. Il a ajouté que le Liban pourrait également conclure un accord de paix avec Israël, mais seulement « après la neutralisation du Hezbollah ».

Lapid, de son côté, a exprimé son soutien à la solution à deux États, notamment lors de son discours aux Nations Unies en tant que Premier ministre israélien en septembre 2022. Dans une tribune publiée dans Haaretz en 2024, au plus fort du conflit à Gaza, Lapid a écrit qu’Israël devrait manifester ce qu’il décrivait comme une volonté symbolique de créer un État palestinien, ce qui permettrait de conclure un accord de normalisation avec l’Arabie saoudite. Bennett a également mentionné explicitement Riyad, indiquant qu’il cherchait à conclure un accord avec les Saoudiens, ainsi qu’avec les Indonésiens.

« Seulement des partis sionistes »
L’alliance précédente de Bennett et Lapid avait conduit à la destitution de Netanyahu en 2021, après que la Liste arabe unie a été invitée à rejoindre la coalition du gouvernement dit « du changement », sans toutefois obtenir de portefeuille ministériel. Cette décision a suscité de vives réactions et des critiques acerbes de la part de Netanyahu et de ses alliés d’extrême droite, qui ont faussement affirmé que le dirigeant de l’UAL**, Mansour Abbas, était un agent infiltré des Frères musulmans.

Lors de la conférence de presse conjointe de Bennett et Lapid, tous deux ont exclu la possibilité d’inclure des partis arabes dans une future coalition, et ont promis de former un gouvernement « sioniste ». « Nous mettons en place un gouvernement sioniste avec une large majorité sioniste », a déclaré Bennett lorsqu’on lui a demandé s’il pouvait garantir aux électeurs de droite qu’il ne formerait un gouvernement ni avec le soutien des partis arabes, ni par leur abstention. « Nous ne nous appuierons que sur les partis sionistes ; les partis arabes ne sont pas sionistes, et par conséquent, nous ne nous appuierons pas sur eux. »

Un journaliste de Channel 14, chaîne pro-Netanyahu, a demandé à Bennett de s’engager à ne pas siéger au sein d’un gouvernement avec des députés arabes de Ta’al** ou de Hadash**, tels qu’Ahmad Tibi ou Aida Touma-Sliman. Bennett a répondu qu’il pouvait obtenir une majorité sans les partis arabes et a ajouté qu’il estimait que Netanyahou devrait également s’engager à ne pas former de gouvernement avec eux. « C’est Netanyahu lui-même qui m’a présenté Mansour Abbas et l’a décrit comme un grand dirigeant arabe », a-t-il déclaré. « Il s’avère que Netanyahou a rencontré Mansour Abbas à trois reprises chez lui et a commencé à me convaincre de la nécessité de l’intégrer à une éventuelle coalition dont je ferais partie. » Selon Bennett, la perception de l’intégration d’Abbas à une coalition « a basculé du jour au lendemain, simplement parce que nous avons formé un gouvernement, et non Netanyahu. C’est la vérité. »

Enquête sur le 7 octobre « dès le premier jour »
Lors de la conférence de presse, Bennett a promis que, dès le premier jour de son mandat, il mettrait en place une commission d’enquête d’État sur les défaillances ayant précédé et accompagné l’attaque du Hamas du 7 octobre, « afin de faire éclater la vérité pour les familles et d’apporter des réponses à tout le peuple israélien » ; selon lui, le gouvernement Netanyahou s’est soustrait à ses responsabilités. Bennett a vivement critiqué le refus de Netanyahu d’instituer une enquête indépendante, déclarant la semaine dernière : « Quiconque dit “plus tard” au sujet de l’enquête sur le massacre du 7 octobre veut dire “jamais”. »

Des « gangs violents » en Cisjordanie
Le mois dernier, Bennett a condamné la montée en flèche des violences perpétrées par les colons en Cisjordanie: « Nous n’avons pas créé un État juif pour que des bandes violentes y opèrent ». Il a qualifié les attaques de « violences nationalistes commises par des Juifs extrémistes en Judée-Samarie », en utilisant le nom biblique de la Cisjordanie. Lapid a toujours condamné les violences des colons, les a qualifiées de « terrorisme juif », et a affirmé que « s’en prendre à des innocents est contraire à toutes les valeurs juives et démocratiques ».

« Une forte identité juive »
Le mariage LGBTQ est devenu un sujet sur lequel la position de Bennett a évolué au cours de la dernière décennie. Bien qu’Israël reconnaisse les mariages entre personnes de même sexe célébrés à l’étranger, aucun n’est célébré dans le pays, où les tribunaux religieux ont l’autorité en la matière. Ancien dirigeant de ce qui est devenu aujourd’hui le parti d’extrême droite sioniste religieux, Bennett s’était autrefois opposé au mariage homosexuel, et l’avait qualifié de « contraire au judaïsme ». Interrogé sur son éventuel soutien à l’autorisation de tels mariages en Israël, il a déclaré : « Toute personne en Israël doit pouvoir fonder une famille et jouir de tous les droits conférés par le mariage – telle est ma position. »

Sur d’autres questions civiles, Bennett a adopté une approche plus décentralisée. La semaine dernière, lors d’une interview à la radio de l’armée, il a déclaré que « les villes devraient être autorisées à décider si elles souhaitent faire fonctionner les transports publics le Shabbat ». « Chaque Israélien devrait pouvoir se déplacer où il le souhaite », chaque ville étant libre de définir son propre fonctionnement. « Dans une ville haredi comme Bnei Brak, il n’y aurait pas de transports en commun, tandis que dans une ville comme Tel Aviv, il serait décidé qu’il y en aurait – c’est une question de respect. » Sur X, il a exprimé son soutien à « une identité juive forte, sans aucune coercition religieuse ».

Le printemps hongrois
Bennett et Lapid ont tous deux clairement indiqué leur intention de remplacer Netanyahu et sa coalition, excluant tout gouvernement d’union nationale après les élections. « Après 30 ans de Netanyahu, il est temps de lui dire adieu et d’ouvrir un nouveau chapitre pour le pays. »

Bennett a cité la défaite électorale subie par Viktor Orban, allié de Netanyahu, en Hongrie, s’inspirant du candidat de centre-droit Peter Magyar. « Bientôt, comme en Hongrie, le public remplacera la « droite corrompue » dans les urnes par une véritable droite libérale-sioniste. »

À cette fin, Lapid et Bennett ont tous deux exprimé leur volonté d’intégrer d’autres figures de l’opposition au sein de Beyahad, notamment Gadi Eisenkot. Lapid a même dit être prêt à céder la deuxième place sur la liste du parti à Eisenkot. « Je ferai tout ce qu’il faut pour gagner », a-t-il affirmé. « Depuis plusieurs mois, et encore aujourd’hui, la porte est ouverte à Eisenkot », a ajouté Bennett.

Aucun des deux dirigeants n’a mentionné le chef du parti centriste, Benny Gantz, mais Lapid a précisé qu’il avait informé son allié de droite, Avigdor Liberman, de sa décision. « Il sera un partenaire de premier plan au sein du prochain gouvernement, d’une manière ou d’une autre », a-t-il déclaré.

Yaïr Golan, chef du parti de centre-gauche des Démocrates, a dit « qu’il accueille favorablement les alliances » au sein du bloc et que son parti « constituera la colonne vertébrale solide démocratique et libérale du prochain gouvernement. Il veillera à ce que les valeurs du camp soient défendues et non reléguées au second plan ». Golan a laissé entendre qu’il se présentera de manière indépendante.

 

 

*Le Conseil de Yesha est une association représentant les colons israéliens du Yesha, c’est-à-dire la Cisjordanie, territoire palestinien occupé. Il a été fondé dans les années 1980 en succession du Gush Emunim, mouvement fondamentaliste d’extrême-droite. (Source : Wikipédia). Outre les questions municipales et de sécurité, le Conseil sert de bras politique aux résidents israéliens de Yesha. Il défend leurs intérêts auprès de la Knesset et du gouvernement. Depuis 2016, le Conseil de Yesha a contribué à l’adoption de 13 décisions gouvernementales, pour un budget total de 30 millions de dollars américains.

**UAL : United Arab List (Ra’am), parti religieux musulman dirigé par Mansour Abbas.  – Ta’al : <Mouvement arabe pour le changement, connu aussi comme Taghyir, parti laïque conduit par Ahmed Tibi, ancien avocat réputé.  – Hadash ou Jabha : Front démocratique pour la paix et l’égalité, parti communiste arabo-juif  dirigé par Ayman Odeh.