L’impossible désengagement économique


Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Dans une longue interview accordee au magazine economique Globes, Arie
Arnon, professeur au departement d’economie de l’universite Ben Gourion,
explique les complexites des relations economiques israelo-palestiniennes.
Interroge sur la capacite des Palestiniens a survivre economiquement aux
consequences du desengagement, le professeur Arnon repond : “la dependance
des Palestiniens vis-a-vis d’Israel persistera. Apres le desengagement,
Israel continuera a tenir les leviers economiques de l’emploi, de l’eau de
l’electricite, et autres. Tel que le plan est presente actuellement, il ne
nous ramene pas a la situation d’avant 1967, mais cree une situation
nouvelle, ou il existe une entite economique a moitie detruite a l’interieur
de l’economie israelienne. Si Israel pense qu’il n’aura aucune
responsabilite pour les developpements ulterieurs, il se trompe. Israel
controle les points d’entree et de sortie du territoire palestinien, et il
fournit les produits de base. Qu’arrivera-t-il a l’eau, par exemple?

L’Autorite palestinienne (AP) fait partie d’Israel, et meme s’il etait
possible de couper tout lien administratif, Israel devrait tout de meme
fournir de l’eau. Meme si Israel souhaiterait qu’une instance exterieure
prenne en charge ses responsabilites, il s’agit d’un processus a long terme,
qui ne se produira pas du jour au lendemain. La seule maniere d’en revenir a
la situation qui prevalait avant 1967 serait de fermer la frontiere
interieure du territoire palestinien( avec Israel, ndt) et d’ouvrir sa
frontiere vers le monde exterieur. Cela signifierait une liaison terrestre
entre Gaza et l’Egypte, des liaisons maritimes et aeriensne, depuis un
aeroport. Si Israel se retire egalement de la Cisjordanie et que le modele
du desengagement y est applique, il y aurait alors une situation sembable a
celle d’avant 1967. Mais un decouplage de l’economie palestinienne d’avec
Israel, sans la relier a l’Egypte et la Jordanie, et sans qu’elle dispose de
liaisons terrestres, aeriennes et maritimes, aurait de tres graves
consequences pour les Palestiniens. Dans ces circonstances (des territoires
palestiniens sans liaisons vers l’exterieur), l’economie palestinienne ne
peut exister de facon independante, et encore moins se developper et
prosperer. Ce serait comme si l’on entourait la region de Beer Sheva d’une
cloture et qu’on declarait qu’a partir de cet instant, il n’y aurait aucune
issue possible vers le monde exterieur”.

Interroge sur l’aide de la communaute internationale a la reconstruction de
la Bande de Gaza apres un retrait israelien, Arie Arnon repond : “le soutien
de la communaute internationale a ete au-dela des esperances des artisans du
Protocole de Paris de 1994 (accord sur les relations economiques entre
Israel et l’OLP). Le monde a contribue pour plus de 500 millions de $ par an
avant le debut de la crise actuelle, soit 10 a 12% du PIB palestinien, et
pour plus d’un milliard de $ pendant ces deux dernieres annees. Cela
represente une aide etrangere enorme, qui correspond a 300$ /habitant/an. Le
probleme est que l’argent venu de l’exterieur a servi a financer des actions
humanitaires destinees a assurer a la population un niveau minimum
d’existence, et non des investissements productifs a long terme. S’il
fallait examiner aujourd’hui ce qui reste des sommes enormes qui ont ete
transferees, en termes d’infrastructures, de stocks ou de capitaux prives,
et de creation de conditions favorisant la croissance, on n’en verrait que
tres peu. Et puis, il y a le manque d’application de la loi. Le secteur
prive ressent une incertitude considerable et, a part pendant les deux
annees qui ont suivi le Protocole de Paris, il a cesse d’investir. Ainsi, on
peut douter que la communaute internationale continue a soutenir une
economie assistee. Cette annee, la communaute internationale a fait savoir
qu’elle voulait voir des resultats, et pas seulement la fourniture de
services de base, mais aussi des signes de developpement economique. Pour
que cela se produise, il faut un certain degre de stabilite politique, ce
que nous ne voyons pas sur le terrain, en ce moment.” (Globes, 21 avril
2004)

Synthese effectuee par APN (Americans for Peace Now)