L’hébreu de l’Intifada, glossaire


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Ha’aretz, lundi 22 novembre 2004

Trad : Tal Aronzon pour La Paix Maintenant


La guerre fait toute la différence. Spécialement une nouvelle sorte de guerre. Chacune des sept grandes guerres avec ses voisins arabes a fait d’Israël un pays différent. Chaque conflit a imprimé sa marque sur la vision qu’ont les Israéliens d’eux-mêmes, de leur pays, de leur place dans le monde, de leur culture artistique et musicale encore en formation.

Et chaque guerre a, de même, modifié le maniement par les Israéliens de leur langue, l’hébreu ancien de la Bible qui adopte au fil du temps des tonalités, des rythmes et un argot nouveau.

Voici donc un petit guide de l’hébreu de l’Intifada, des vocables israéliens enracinés dans la réalité parallèle qui s’est inscrite avec le soulèvement palestinien des deux côtés de la ligne de partage de la Terre sainte, une atmosphère d’horreur à domicile et de déni parallèle du sort de l’adversaire.

S’y trouvent également des termes politiques, en particulier celui, ingénieusement composé, de « Hitnakouth », et son équivalent d’origine anglaise psychojargonesque, « Disengagement ».


Hitnatkouth.

Littéralement : « Se séparer », « se couper ».
Communément traduit par « désengagement ».

Le terme officiel désignant la proposition du Premier ministre Ariel Sharon d’extirper, pour la première fois depuis que les Territoires ont été pris en 1967, des implantations installées en Cisjordanie et à Gaza.
Pour n’être pas en reste, les colons et leurs alliés de droite ont contre-attaqué avec un terme de leur cru, au goût du jour :

Hit’habrouth

Lit. : « S’attacher », « nouer des liens ».
Communément, prendre le parti des colons qu’il est prévu d’évacuer de l’ensemble des 21 implantations de la bande de Gaza et de quatre petites enclaves au nord de la Cisjordanie.

Le terme est plus qu’un simple antonyme de « désengagement », il s’agit là d’inciter les Israéliens à ressentir un lien avec des régions longtemps considérées par nombre d’entre eux comme au-delà des frontières de la Terre sainte, en particulier la bande de Gaza autrefois philistine.

Intifada

En arabe littéral, une « insurrection ».

Les connotations du mot sont doubles, évoquant à la fois le soulèvement palestinien et, en argot hébreu, une pagaille outrageusement chaotique, comme dans un tumultueux jeu de massacre enfantin (voir également Merkaz haLikud).

Mah’bessath Milim

Lit. : « Blanchisserie des mots ».

Attribué à l’écrivain David Grossman, le concept de blanchiment du langage est l’équivalent israélien de l’usage pentagonique d’une terminologie technique ou d’un jargon sophistiqué pour décrire une réalité, un événement ou une pratique impalpables
(voir Sikoul Mémoukad).

Merkaz haLikoud

Lit. : l’influent Comité central du Likoud, libre d’esprit sans complexes.

En argot, un meeting au bord de l’émeute, tout particulièrement ceux qui sont perturbés par des sifflets, des huées, des jurons, voire des chaises qui volent.

Moural

Lit. : « Intoxiqué ».

Désigne les recrues israéliennes abruties par la vie militaire, les entraînements et les combats.
Sert aussi à décrire le phénomène des jeunes gauchistes israéliens qui, après avoir balancé entre entrer dans le bain ou refuser le service militaire obligatoire, se portent volontaires pour des commandos d’élite dans des unités de reconnaissance manifestement périlleuses et volontiers activistes.

Péilouth yézoumah

Lit. : « Activité conseillée ».

Désigne une vaste gamme d’opérations militaires de Tsahal, souvent appuyées par des agents des Services de sécurité du Shin Beth et de la Police des frontières, allant de la descente avec perquisition ou arrestations et des destructions de maisons aux incursions armées à grande échelle, avec déploiement de blindés, d’hélicoptères de combat et de troupes d’infanterie par milliers.

Ptzatza mitaktéketh

Lit. : « Bombe à retardement ».

Souvent utilisé pour décrire la cible d’un Sikoul Mémoukad (voir ci-dessous). Le terme, destiné au départ à désigner, a pris un sens plus large.

Sikoul mémoukad

Lit. : « Prévention ciblée ».

La pratique de l’assassinat d’origine militaire, avec l’approbation du gouvernement, de chefs ou hommes de terrain suspects d’appartenir à des organisations, milices et cellules palestiniennes impliquées dans des attentats contre des civils ou des soldats israéliens.

De fait, l’expression tient du jeu de mots, puisqu’un autre
Sikoul, à l’orthographe différente mais qui se prononce de même, fait référence à l’ancien mode d’exécution par lapidation. Se dit également H’issoul – ou « liquidation ».

Vidouy Harigah

Lit. : « Achever de tuer »

Fait référence à la pratique attribuée à des soldats de tirer à bout portant sur le corps à terre d’un blessé ennemi après la fin des combats. La notion est de loin antérieure à l’Intifada. Mais, pour la première fois, un soldat de Tsahal, un officier commandant un poste avancé dans le sud de la bande de Gaza, est passé en cour martiale pour répondre de l’accusation d’avoir vidé le plein chargeur d’un fusil d’assaut sur le corps d’une fillette de treize ans blessée à mort.