Il y a un président à Jérusalem

 
En ces jours où le gouvernement foule aux pieds les fondements légaux, éthiques et moraux de l’État d’Israël, heureusement qu’il y a un président à Jérusalem.
Reuven Rivlin a pris cette semaine deux décisions importantes : il a commué la peine de Yonathan Heilo, qui a frappé puis tué celui qui des années durant  l’avait violé ; il a refusé de gracier Eilor Azaria dont le sort agite le débat public ces derniers temps.
Un lien éthique relie ces deux décisions. Le président Rivlin  y marque clairement quelles sont les lignes à ne pas franchir pour une société civilisée.

Traduction & notes, Ilan Rozenkier pour LPM

Israel Hayom, le 21 novembre 2017 –

http://www.israelhayom.com/opinions/its-good-we-have-a-president/

Photo : Le président Rivlin faisant ses adieux à la Knesseth, qu’il présidait. Page Facebook de la présidence. 


L’Article d’Avi Buskila
Reuven Rivlin a pris cette semaine deux décisions importantes : il a commué la peine de Yonathan Heilo, qui a frappé puis tué celui qui des années durant  l’avait violé ; il a refusé de gracier Eilor Azaria dont le sort agite le débat public ces derniers temps.
D’un côté Yonathan Heilo, victime d’un acharnement moral et physique, qui a agi par détresse et pour essayer de survivre [1]  ; de l’autre Eilor Azaria, qui a tué un terroriste déjà neutralisé en contradiction avec les ordres et règlements de l’armée [2]. Tous deux ont tué, l’un par désespoir  et alors qu’il était en danger ; l’autre contrairement à la procédure et de longues minutes après l’incident.
 
Ne soyons pas naïfs, les deux cas sont complexes et difficiles. Ils nous obligent à un examen approfondi des normes enracinées en nous et dans la société. Ces deux hommes en ont tué d’autres, qui certes n’étaient pas innocents — c’est précisément  là que le président Rivlin trace une ligne rouge, délivrant son message.  De ces deux hommes, l’un a essayé de se sauver et de sauver sa vie ; le second a commis une faute, d’aucuns parlent même de vengeance.
 
Il ne saurait y avoir de place pour la vengeance au sein de l’armée. Aucune place pour le règlement de comptes et, bien entendu, aucune place  pour toute atteinte à ce en quoi réside la force morale de Tsahal. Toute atteinte de ce type équivaut à la perte des valeurs au cœur de notre société ;  même s’il est nécéssaire de défendre  celui qui lutte pour sa vie et, de ce fait,  porte atteinte à celui qui l’a mis en danger.
 
En ces jours où la morale, la logique et l’opinion publique ne sont plus des critères aux yeux des ministres et de leurs équipes et où seul  compte le pouvoiril est bon que le président ait marqué l’horizon moral vers lequel devrait tendre une société civilisée  [3].
 
En refusant d’accorder sa grâce à Elior Azaria, le président a également apporté son soutien à l’institution militaire [4] , sans céder au populisme à ses dépens.
 
Le chef d’état-major Gadi Eizenkot, le président Reuven Rivlin et quelques autres membres des services publics  — en trop petit nombre – se sont faits ces dernières années les “gardiens du Temple”. Ils veillent à ce qu’Israël ne dégénère pas en une société violente, extrémiste, sanctifiant la force et le pouvoir.
 
Que les membres du gouvernement, femmes [5] et hommes, respirent profondément et fassent le nécéssaire pour réduire les fractures et le délitement de la société israélienne !
 
S’ils s’élèvent au-dessus du débat politique languissant et se fixent une ligne éthique claire fidèle à la démocratie israélienne, ses valeurs et sa morale —  qui nous ont permis en peu de temps de devenir une puissance dans l’histoirealors, et alors seulement, nous parviendrons à pérenniser Israël pour les générations à venir.

 Notes
[1] Yonathan Heilo, 29 ans, avait été condamné en 2013 à 20 ans de prison pour avoir tué  trois ans plus tôt son violeur.  En 2016, et après un premier refus de grâce présidentielle, la Cour suprême avait réduit cette condamnation à 12 ans,  sous le chef d’homicide involontaire – désormais commués en dix ans et huit mois pat le président Rivlin. Ce qui le rend éligible à une libération conditionnelle après accord de la commission.
[2]  Concernant le refus de grâce opposé à Eilor Azaria, le président a déclaré : « Alléger encore une fois votre peine nuirait à la résilience des forces armées israéliennes et de l’État d’Israël. Les valeurs de l’armée israélienne avec, parmi elles, la “pureté des armes”, sont au fondement de la force de Tsahal, et sont toujours restées puissantes pour nous tous dans le juste combat pour notre droit à un foyer national sûr et à la construction d’une société robuste.»
[3]  Tikkun [Note en construction]
[4]  Le commandement militaire était opposé à une grâce, considérant qu’il y a eu faute et transgression. Il a cependant accordé une réduction de peine, mais tenait à ce qu’il y ait condamnation.
 
[5]   Allusion  appuyée sans doute à Miri Regev et Ayeleth Shaked, respectivement ministres de la Culture et de la Justice – qui interviennent souvent dans le débat public davantage en militantes acharnées et partisanes qu’en responsables en charge de l’intérêt collectif.

L’Auteur

Secrétaire général de Shalom Akhshav depuis avril 2017, Avi Buskila est né de parents venus de Casablanca ; il a grandi dans un moshav de Galilée et découvert à l’école du kibboutz voisin que dans cette société virile seul le courage physique impose le respect.

Poursuivant dans Tsahal une carrière brillante, il se bat dés lors avec succès, y compris dans cet univers à priori peu  ouvert, pour l’égalité des droits ; celle des homosexuels comme celle des femmes ; celle des Juifs originaires du Maghreb et du Mashrek ou des Juifs venus d’Europe centrale et orientale comme celle des non-Juifs  de toute provenance ; des citoyens arabes ou juifs, croyants et non-croyants comme des Palestiniens, etc. La liste ne saurait être exhaustive, et ce combat est celui qu’il poursuit, sa retraite de l’armée maintenant prise, dans la société civile. et à la tête de Shalom Akhshav, où un esprit nouveau va sans doute souffler.