Il faut accompagner le changement


[La h’udna [[La h’udna, ou trêve traditionnelle dans le monde de l’Islam, dérive de la racine arabe pour « calme ». Au XIVe siècle, Al Mansour la définit ainsi dans son dictionnaire d’arabe classique : « H’adana : il devint calme ; H’adina : il se calma (transitif ou intransitif) ; H’aadana : il fit la paix avec. Le nom qui correspond à chacune de ces formes est h’udna. » Dans le contexte israélo-palestinien actuel, où la notion a été réintroduite depuis 2001, on la traduit couramment par « cessez-le feu ».

Voir, pour de plus amples détails, Wikipedia, the free encyclopedia, art. Hudna (en anglais) : http://en.wikipedia.org/wiki/Hudna]], qui fit les bons et moins bons jours de l’été 2003, est de nouveau envisagée, dans un contexte de toutes parts plus favorable à une éventuelle reprise du processus de paix. Pour la rédaction de Ha’aretz, c’est une double chance qu’il ne faut pas laisser passer.]

[->http://www.haaretz.com/hasen/spages/510981]

Ha’aretz, mardi 7 décembre 2004

(Trad : Tal Aronzon
pour La Paix Maintenant)


Les discussions entreprises hier à Damas entre la délégation palestinienne conduite par le président de l’OLP, Mah’moud Abbas (Abu Mazen), et la direction du Hamas outremer, menée par Khaled Meshal, sur la possibilité d’une trêve (h’udna), représentent un événement dont il ne faudrait pas sous-estimer l’importance. C’est la première fois depuis des années qu’une délégation officielle palestinienne se rend à Damas, ce qui témoigne d’un changement positif dans l’attitude du régime syrien.

Jusqu’à présent, la Syrie a boycotté l’OLP et dénoncé les accords d’Oslo avec véhémence. L’accueil empressé qu’elle fait aujourd’hui à leur architecte peut être vu comme un acquiescement à l’OLP et aux accords signés par cette organisation avec Israël.

A la faveur des récentes évolutions dans la région, de l’annonce par le président syrien Bachar el-Assad de sa volonté de reprendre les négociations avec Israël et du soutien affiché par le président égyptien Hosni Moubarak au Premier ministre israélien Ariel Sharon [[Au cours d’une inauguration à Port Said, le 2 décembre, Hosni Moubarak a invité les Palestiniens à faire progresser le processus de paix avec Ariel Sharon, dont il a salué les efforts.]], une nouvelle atmosphère s’est créée à laquelle Israël aussi doit apporter sa contribution en adoptant des dispositifs d’appui. Les plus importants sont l’interruption, la plus nette possible, des interventions de Tsahal en Cisjordanie et à Gaza, et des mesures allégeant la vie quotidienne des Palestiniens, en tout premier lieu par la suppression de barrages et la libération de prisonniers.

L’idée d’un cessez-le-feu avec Israël est devenue ces dernières années le sujet de discussions parmi les Palestiniens. En juin 2003, Abu Mazen, alors Premier ministre d’un gouvernement de courte durée, parvint à construire un accord sur un moratoire des attentats entre l’Autorité palestinienne et les factions d’opposition entraînées par le Hamas [[Voir sur le site de La Paix maintenant, notre traduction de l’article de Bradley Burston dans Ha’aretz, « Le rôle modérateur des Palestiniens détenus pour terrorisme », décrivant notamment Marwan Barghouti, « l’architecte de l’Intifada » comme l’artisan de la h’udna unilatéralement déclarée en juin 2003 par les Palestiniens, y compris le Hamas et le Djihad islamique, sous forme d’un moratoire sur les attentats (LPM, art. 475, mis en ligne le 1/7/03) : https://www.lapaixmaintenant.org/article475]]. Et, de fait, on observa cet été là une baisse notable du nombre des attentats et du niveau de violence. Mais ni les Palestiniens ni le gouvernements israélien ne firent assez d’efforts, et les attentats reprirent.

Le contexte politique est différent aujourd’hui : la direction du Hamas s’est trouvée considérablement affaiblie par l’assassinat de ses chefs, Cheikh Ah’med Yassine et Abdel Aziz Rantisi. Ceux qui restent, à Gaza et en Cisjordanie, ont fait connaître ces derniers jours des positions contradictoires concernant un cessez-le-feu mais ont exprimé leur volonté de rejoindre l’OLP et de participer à l’élection du Conseil législatif palestinien. Toutes les déclarations récentes, tant de l’Autorité palestinienne que de ses opposants, incluent la demande qu’aucune trêve ne soit unilatérale – en d’autres termes, qu’Israël aussi doive s’engager à arrêter les assassinat [ciblés], les incursions et les destructions dans les Territoires.

La faiblesse de la direction du Hamas dans les Territoires a accru l’importance des dirigeants de l’opposition palestinienne « du dehors », dont la plupart vivent à Damas. C’est avec ces hommes qu’Abu Mazen tente d’arriver à un arrangement sur les conditions d’une trêve. Abu Mazen utilise également la proche élection du président de l’OLP afin de convaincre le Hamas de cesser les attentats, fût-ce pour une période limitée, non seulement à l’intérieur d’Israël, mais aussi en Cisjordanie et à Gaza.

Un tel arrangement est rendu possible en partie par la force des pressions exercées par le pouvoir syrien sur les leaders de l’opposition palestinienne à Damas. Ceux-ci comprennent parfaitement qu’à l’heure où le président Assad appelle à une reprise des pourparlers de paix avec Israël, il n’entend pas permettre aux groupes palestiniens placés sous son égide d’user de la terreur contre cet État.

Une fenêtre s’ouvre, plus large que jamais, sur la perspective d’un cessez-le-feu avec les Palestiniens. Le gouvernement israélien ne doit pas laisser passer cette chance d’une trêve et d’une reprise du processus de paix.