Et l’Europe… ?

L’Europe a-t-elle un rôle à jouer dans l’évitement de l’enlisement des relations israélo-palestinienne depuis que les USA semblent disqualifiés en tant que médiateur après s’être alignés de plus en plus ouvertement sur les positions israéliennes ?


Lettre d’information de La Paix Maintenant, Jeudi 26 janvier 2018

Photo : Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devant le Parlement européen à Bruxelles, le 23 juin 2016. © John Thys/AFP.


La récente visite de  Mike Pence, « notre excellent vice-président » comme l’a qualifié Donald Trump, n’aura sûrement pas fait évoluer la perception des Palestiniens et il n’est donc pas surprenant que Mahmoud Abbas se tourne vers l’Union européenne avec l’espoir qu’elle remplace Washington dans la fonction de parrain du processus de paix, ne serait-ce que pour un temps.

Tel était le sens de sa visite à Bruxelles il y a quelques jours, où il a demandé officiellement à l’UE de reconnaître « rapidement » la Palestine comme État indépendant lors de sa rencontre avec Federica Mogherini et les ministres européens des Affaires étrangères.

Le président de l’AP n’a pas perdu le sens des réalités – il n’ a pas parlé de reconnaissance immédiate – mais il a un besoin urgent de succès diplomatiques, même symboliques, pour compenser ses échecs internationaux et les difficultés intérieures, qu’il s’agisse du processus de réconciliation Fata’h-’Hamas ou de la situation économique qui risque de s’aggraver davantage encore suite aux restrictions budgétaires imposées par Donald Trump.

L’Europe est-elle en état de répondre à cette attente ? Avoir un chef de la diplomatie ne tient pas lieu de politique extérieure.

Parmi les 28 pays de l’UE, seule la Suède – un « nain politique » selon Frédéric Encel – a officiellement reconnu la Palestine en 2014. Huit autres pays avaient fait cette démarche avant leur entrée dans l’UE : la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, Malte et Chypre. Même si la Slovénie reconnaissait dans un proche avenir l’État de Palestine, cela ne changerait pas la donne.

On saura dans les prochains jours si l’UE entend – et est en capacité de s’affirmer alors que Federica Mogherini avait lancé à Mahmoud Abbas lors de sa visite : « Ce n’est pas le moment de se désengager. » Une réunion du groupe international des donateurs pour la Palestine est en effet programmée le 31 janvier à Bruxelles.

Entretemps Donald Trump, invoquant le manque de respect des Palestiniens envers les USA, continue à les humilier, multipliant pressions financières et autres déclarations « inacceptables », sans aucune contrepartie. Ainsi à Davos vient-il d’asséner que la question de Jérusalem n’était « plus à l’ordre du jour. » des négociations entre Israéliens et Palestiniens. Pourtant, lors de son allocution du 6 décembre, il avait tenu à nuancer ses propos en déclarant que la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël ne préjugeait ni des contours ni du statut de la Ville au terme des négociations.

Un Mahmoud Abbas président sans autorité sur les Palestiniens fait-il partie de la solution ou du problème ? La réponse n’est sans doute pas aussi évidente que d’aucuns à Washington et à Jérusalem veulent bien le croire…


L’Auteur

Sociologue et membre-fondateur des Amis de Shalom Akhshav, devenus La Paix Maintenant, Ilan Rozenkier a été élu président de l’association en 2014.

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Ilan Rozenkier

Sociologue et membre fondateur des Amis de Shalom Akhshav, devenus La Paix Maintenant, Ilan Rozenkier a été élu président de l’association en 2014.