Rejeter la campagne axée sur le terme « génocide » ne revient pas à nier les crimes de guerre commis par Israël. Mais faire la distinction entre les crimes réellement perpétrés et cette accusation calomnieuse — qui relève du mythe du « crime rituel » — nous oblige à mener un examen de conscience moral, sincère et approfondi, sur notre propre conduite.
Auteur : Tomer Persico, Haaretz, 16 octobre 2026
Traduction : Dory, groupe WhatsApp « Je suis Israël »
Illustration : Washington DC, le 3 août 2024
Mis en ligne le 17 septembre 2026
L’accusation selon laquelle Israël commettrait un génocide n’a jamais été une simple analyse objective de la guerre à Gaza. Dès le départ, elle visait un objectif plus large : exclure Israël du concert des nations et le dépeindre comme une entité démoniaque.
On peut débattre des définitions juridiques de ce terme, mais cela n’a guère d’intérêt. Premièrement, parce que les ravages à Gaza sont, quoi qu’il en soit, effroyables; et deuxièmement, parce que le terme « génocide » s’accompagne de deux formes de manipulation rhétorique qu’il convient d’élucider pour saisir ce qui pose problème dans son utilisation.
Le professeur Norman Finkelstein, spécialiste de la pensée politique et militant anti-Israël de longue date, a récemment fait remarquer que, lorsqu’il est question de l’Holocauste, personne ne demande « combien de combattants juifs les nazis ont assassinés» ; on comptabilise simplement l’ensemble des victimes. Or, dans ce qu’il qualifie de génocide perpétré par Israël, une distinction est opérée entre les combattants du Hamas et la population civile de Gaza.
L’argument de Finkelstein n’était pas de dire que les Juifs européens — contrairement aux Palestiniens — n’avaient commis aucun attentat terroriste et étaient des civils innocents ; une telle distinction irait, en effet, à l’encontre de la thèse qu’il défend. Son propos était plutôt qu’Israël ne mène pas une guerre à Gaza, mais conduit une campagne systématique d’extermination de masse. Selon Finkelstein, Tsahal, comme les nazis, se désintéresse du statut des Palestiniens qu’elle tue ; seul compte le fait qu’ils soient Palestiniens. C’est pourquoi, à ses yeux, les victimes de Gaza devraient être comptabilisées sans distinction entre les terroristes du Hamas et les civils.
Sans le vouloir, Finkelstein révèle l’une des manipulations rhétoriques sous-jacentes à l’accusation selon laquelle Israël commettrait un génocide : celle-ci réécrit l’histoire récente. Au lieu d’un État menant une guerre effroyable en réaction au massacre de ses citoyens, Israël est dépeint comme une entité démoniaque qui met en œuvre une « solution finale » contre un peuple sans défense.
« Quelle est la différence entre une guerre et un génocide ? » demande Finkelstein. Sa réponse : « Ce sont des notions opposées. » C’est précisément là que réside le nœud du problème : accuser Israël de génocide revient à requalifier tout ce qui s’est passé à Gaza en « massacre » plutôt qu’en « guerre » — un massacre perpétré, bien entendu, par Israël.
C’est ce qui distingue l’accusation de génocide des allégations de crimes de guerre israéliens. Évoquer des crimes de guerre commis par Israël inscrit encore les événements dans le cadre conventionnel d’une campagne militaire. L’accusation de génocide, elle, modifie le récit. Elle transforme un conflit qui oppose deux belligérants en un projet d’anéantissement, où l’une des parties est l’agresseur et l’autre, la victime. Elle fait d’une guerre brutale, entachée de transgressions morales, une entreprise de mort unilatérale. Cette démarche répond à un objectif précis : dépeindre Israël comme un État démoniaque, irrécupérable et dépourvu de toute légitimité.
Ce n’est pas tout. Le terme « génocide » autorise une seconde forme de manipulation rhétorique, née de l’articulation entre sa définition juridique et sa portée substantielle. Comme tout terme, le mot « génocide » peut faire l’objet d’une interprétation étroite ou large. De nombreuses allégations de génocide à Gaza reposent sur une interprétation extensive, qui ne requiert pas l’extermination effective de millions d’êtres humains.
Pourtant, lorsqu’on parle de génocide, il est impossible de dissocier totalement la définition juridique du poids historique insoutenable que porte ce concept. D’une part, le droit international accorde une importance capitale à l’intention de détruire un peuple, plutôt qu’au nombre de personnes tuées.
C’est pourquoi la Cour internationale de justice a estimé que le massacre de 8 000 hommes et garçons à Srebrenica constituait également un génocide. D’un autre côté, cet événement effroyable — aussi atroce fût-il — diffère du génocide au sens plein du terme, tel qu’il est désormais compris dans la culture commune : le génocide des Arméniens, des Juifs ou des Tutsis — des événements au cours desquels une proportion considérable d’un peuple a été, de fait, exterminée.
La manœuvre rhétorique est ici simple, mais insidieuse. Ceux qui accusent Israël de génocide prétendent s’en tenir à la définition juridique, mais leur auditoire, lui, perçoit le terme comme synonyme d’« Holocauste ».
Le mot joue donc un double rôle : il désigne une catégorie juridique technique — dont le seuil dépend davantage de l’intention que de l’ampleur des massacres — tout en portant, sur les plans culturel et social, tout le poids moral d’Auschwitz. Ces deux significations sont indissociables, et c’est précisément cette ambiguïté qu’exploitent ceux qui cherchent à diaboliser Israël.
Et c’est bien là, précisément, l’intention recherchée. Ce à quoi nous assistons relève rarement d’un simple débat académique sur des définitions juridiques ; il s’agit plutôt d’une vaste campagne visant à diaboliser l’État d’Israël. Considérer le terme « génocide » comme une notion purement juridique, neutre et dénuée de ses lourdes connotations historiques et symboliques, revient à occulter une dimension essentielle du discours public entourant Israël.
Aucune guerre n’est exempte de crimes de guerre ; en tant qu’Israéliens, nous devons mener un examen sincère et approfondi de nos propres crimes qui, dans ce conflit, semblent avoir été particulièrement nombreux. Si l’on admet qu’une grande partie du discours international sur cette guerre — qui recourt aux manipulations rhétoriques évoquées plus haut — n’est motivée que par la volonté de dépeindre Israël comme une entité intrinsèquement maléfique, comme l’État le plus monstrueux au monde, alors nous pouvons nous concentrer sur les faits.
Rejeter la campagne axée sur le terme « génocide » ne nous oblige en rien à nier les torts commis par Israël, et ne doit jamais nous conduire à le faire. Au contraire, faire la distinction entre les crimes réellement commis et la diffamation de sang nous permet et nous oblige à entreprendre un bilan moral véritable et approfondi de notre conduite.
ndlr : Le lecteur intéressé pourra se reporter aux deux article de Daniel Szeftel publiés en novembre 2024 dans la Revue K
Une histoire de l’accusation de génocide contre Israël (1 et 2)

