Paul-Ouzi Meyerson s’entretient avec Elizabeth Garreault de l’effondrement apparent de la gauche israélienne dont témoignent les résultats des dernières élections. Elizabeth Garreault vit à Jérusalem et est engagée dans le combat politique et social solidaire depuis de nombreuses années.

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“Les Juifs orientaux considèrent qu’ils vivent beaucoup mieux que leurs parents et que c’est grâce à Netanyahou”

Mis en ligne le 19 mars 2020


Pour Elizabeth Garreault, il y a des explications ponctuelles au nouveau recul de la gauche israélienne. D’abord, elle constate que le parti Bleu Blanc de Gantz a “siphonné” une partie importante des voix d’Avoda (travailliste) et Meretz mais elle reconnaît également que la campagne menée par cette alliance n’a pas été assez énergique. Elle admet que la stratégie d’union était une erreur : “dans une campagne électorale la logique arithmétique n’est pas automatique, on n’additionne pas obligatoirement les voix des uns et des autres en fusionnant des listes”.

Sur le fond, Elizabeth Garreault estime qu’à gauche on reste tributaire de vieux clichés sociologiques sur l’électorat populaire du Likoud. Elle explique que “les Juifs orientaux considèrent qu’ils vivent beaucoup mieux que leurs parents et que c’est grâce à Netanyahou. Il y a des pauvres en Israël mais pas seulement chez eux”. De plus, affirme-t-elle, “cet électorat traditionaliste a du mal à s’identifier à des mouvements politiques laïcs”.

D’une manière générale, elle juge que la politique de Netanyahou est extrêmement clivante et joue terriblement sur les aspects ethniques, religieux et idéologiques. “La campagne électorale a été terrible, le Likoud a tout fait pour diviser les Israéliens et diaboliser la gauche, le centre et toutes les oppositions au nationalisme outrancier”.

Pour le futur de la gauche israélienne, elle préconise de revoir la nature des alliances et, par ailleurs, de se rapprocher des arabes israéliens, estimant “qu’une composante importante de cette population souhaite encore davantage s’intégrer à la vie du pays, c’est en ce sens qu’il faut interpréter leur forte participation aux dernières élections. Mais la gauche israélienne est sioniste et nous n’avons rien à faire avec des islamistes et des nationalistes arabes extrémistes. Il nous faut donc nous rapprocher de ceux qui veulent être des citoyens d’Israël et nous éloigner  des radicaux”.

Pour terminer, Elizabeth Garreault pense que la présentation du “deal du siècle” par le président Trump, peu de temps avant le scrutin, a évincé tout débat sur la reprise des négociations avec les Palestiniens : “du coup, peu d’observateurs ont relevé que Netanyahou avait encore une fois accepté le principe de la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël, une idée de gauchiste”…