Bien plus cruel et plus dangereux


Haaretz, le 6 septembre 2004 – Traduit par Kol Shalom –

[->http://www.haaretz.com/hasen/spages/473991.html]


Beaucoup de gens, y compris des Palestiniens, ont souligné le fait que 10
des preneurs d’otages qui ont perpétré l’horrible bain de sang dans
l’école en Ossétie étaient Arabes (c’était même le titre principal de
l’édition de samedi du journal Al-Ayam). Le fait que des terroristes
arabes, membres d’Al-Qaida, participent aux opérations menées par les
séparatistes tchètchènes est connu depuis un certain temps. Quelques
centaines de volontaires arabes, ayant combattu en Afghanistan et en
Bosnie, sont arrivés en Tchétchénie il y a environ dix ans. C’est eux qui
ont ajouté à la dimension ethnico-nationaliste, qui a marqué la lutte des
Tchètchènes depuis des siècles, l’apport d’une guerre d’islamisme extrême
et de djihad.

Après les attaques terroristes menées par Al-Qaida aux USA et dans le
monde- et après l’Afghanistan, la Bosnie, l’Irak et la Tchétchénie- la
question se pose : pourquoi ces volontaires et leurs acolytes ne
viendraient-ils pas jusqu’ici. Pourquoi ne se mobiliseraient-ils pas pour
soutenir le combat des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza ? Certains
incidents ont déjà eu lieu. Les terroristes d’Al-Qaida ont déjà frappé des
cibles juives associées à Israël, comme l’hôtel de Mombassa et les
synagogues d’Istambul et de Djerba.

D’un point de vue technique, un tel développement est possible. Les
terroristes d’Al-Qaida peuvent s’infiltrer dans les Territoires. Ils
pourraient bénéficier de l’aide des extrémistes islamistes palestiniens,
et pourraient tenter de perpétrer ici des atrocités comme celles qu’ils
ont commises dans d’autres parties du monde. Une telle évolution serait
favorisée par l’effondrement de l’Autorité Palestinienne et le règne de
l’anarchie, du désespoir et du chaos à Gaza et en Cisjordanie.

Il est intéressant de noter que jusqu’ici, l’infiltration ou la
participation d’Al-Qaida à la lutte des Palestiniens est bloquée par le
Hamas. L’opposition de celui-ci est d’abord d’ordre idéologique : ce
mouvement est né et s’est développé au départ des Frères Musulmans en
Egypte, lesquels sont de féroces rivaux idéologiques de l’Islam des
Wahabites Saoudiens qui inspirent El-Qaida.

Plus important encore est le fond politique de cette rivalité. Le Hamas
s’oppose de façon véhémente à l’internationalisation du conflit avec
Israël et refuse d’en faire une lutte globale. Les leaders du Hamas ont
maintes fois exprimé leur opposition inébranlable à la conduite
d’opérations anti-israéliennes à l’extérieur des frontières
palestiniennes. “Nous n’avons aucun intérêt à être en guerre avec le monde
entier” avait dit le cheikh Yassine. Tout comme Arafat et son peuple, il
craignait que les opérations d’Al-Qaida n’aboutissent à imposer au monde
entier une perception des Musulmans et des Arabes comme étant des
terroristes cruels.

De même que les autres rejetons des Frères Musulmans, le Hamas s’oppose
aux attaques contre d’autres musulmans, ce qui l’a mené à condamner
durement les récents attentats terroristes d’Al-Qaida en Arabie Saoudite.

L’actuelle direction du Hamas- ou, plus précisément, ce qu’il en reste
après les assassinats israéliens- ne prêtera pas main forte à Al Qaida.
Tout comme Arafat et l’OLP, et aussi comme le Djihad Islamique
Palestinien, lequel opère sous les auspices de l’Iran, les leaders du
Hamas voient leur lutte comme un combat contre l’occupation et non comme
une partie de la lutte contre les maux d’un Occident décadent.

Le gouvernement israélien – qui boycotte celui des Palestiniens et ne le
considère plus comme un partenaire du dialogue diplomatique, de même qu’il
menace à présent les leaders du Hamas qui se trouvent en Syrie- est donc
susceptible de créer une situation qui, sur les ruines de ces
organisations, verrait le développement de formations bien plus cruelles
et plus dangereuses.