Auteur : Abdallah Kamil, Haaretz, 10 avril 2026
Au lecteur israélien,
Je vous écris à un moment difficile. Le débat public au sein de la société israélienne devient de plus en plus extrême, notamment sous l’influence d’acteurs politico-religieux qui attisent la haine et compliquent davantage une réalité déjà complexe et dangereuse pour les peuples israélien et palestinien.
Mais je n’écris pas pour accuser, je vous écris parce que la réalité nous oblige à parler autrement.
Ce conflit dure depuis plus longtemps qu’il ne le devrait. Il nous a tous laissés avec une peur profonde et des blessures non cicatrisées. Ce qui est particulièrement alarmant, c’est la montée d’un discours religieux radical – tant chez les Israéliens que chez les Palestiniens – un discours qui présente le conflit comme une bataille existentielle sans place pour le compromis. C’est une voie dangereuse, car elle ferme tout horizon de solution.
Lorsque la religion devient un outil politique, elle perd sa valeur morale et se transforme en source d’extrémisme plutôt qu’en pont vers la compréhension. Des deux côtés, certaines voix parlent en termes d’exclusion et de monopole de la vérité, mais la réalité est plus complexe.
La véritable question n’est pas de savoir qui gagnera, mais comment nous vivrons ici ensemble.
La vérité simple est que personne ne partira. Nous sommes ici, et vous êtes ici. Nos destins sont liés, que cela nous plaise ou non. Par conséquent, la responsabilité de trouver un mode de coexistence est partagée.
Dans cette réalité, la solution à deux États – malgré toutes les difficultés – reste le cadre le plus réaliste. Un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël, sur les frontières de 1967, avec des garanties de sécurité pour les deux parties, n’est pas une menace mais une opportunité. Mais une telle solution ne naîtra pas de la haine. Elle exige un langage différent – un langage qui reconnaît l’autre, le respecte et cherche un terrain d’entente.
Ces dernières années, nous avons également vu émerger une autre réalité : une coopération entre Palestiniens et Israéliens dans les domaines de l’économie, de l’éducation et de la société civile. Ce n’est pas un substitut à une solution politique, mais c’est la preuve que la confiance peut se construire, progressivement.
Mon message est clair : la véritable sécurité ne s’obtient pas uniquement par la force, ni par les tueries ou les sièges. Elle s’obtient par la justice et la reconnaissance mutuelle. La stabilité ne se construit pas sur la poursuite du conflit, mais sur sa fin.
En même temps, nous, Palestiniens, portons également une responsabilité. Notre lutte pour la liberté doit rester ancrée dans des valeurs humaines, loin de toute incitation ou négation de l’humanité de l’autre.
Certains verront cela comme de l’idéalisme. Mais l’alternative est claire : la poursuite d’une réalité qui a déjà prouvé son échec et son coût lourd pour tous. La paix n’est pas une faiblesse, mais un courage.
Le choix est encore entre nos mains : rester prisonniers de la peur ou choisir le chemin de l’espoir. Et l’espoir est encore possible.

