L’Intifada blanche de Salam Fayyad


Yediot Aharonot, 9 mars 2010

[->http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3859607,00.html]

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


A l’heure actuelle, les hautes personnalités palestiniennes ne veulent
plus des cartes de VIP émises par Israël pour environ 300 élus et chefs
des organes palestiniens de sécurité. Ces cartes leur permettent, entre
autres avantages, de rester dans leur Mercedes climatisée tout en
passant à toute vitesse les barrages routiers de Tsahal en Cisjordanie,
sous le regard envieux et en colère de leur peuple.
Ces cartes sont devenues un symbole de la « collaboration », c’est-à-dire
des bonnes relations entre les organes de sécurité de l’Autorité
palestinienne (AP) et le Shin Bet israélien. Aujourd’hui, on évite de les
prendre. Hussein al-Sheikh, vice-ministre aux affaires civiles de l’AP, a
annoncé publiquement qu’il refusait d’accepter cette carte, car Israël
avait enlevé 100 noms de la liste des VIP bénéficiaires – tous membres du
Comité central du Fatah qui avaient participé aux manifestations à Bil’in.

Mais ce ne sont pas seulement les cartes qu’on court-circuite. On
court-circuite également les liens économiques avec Israël. Des
fonctionnaires palestiniens parlent d’éliminer progressivement le travail
palestinien dans les zones industrielles des colonies, dans le cadre du
changement de structure économique et organisationnel de l’AP. Des
observateurs entrent dans les magasins de Cisjordanie et confisquent les
produits fabriqués dans les colonies.

En gros, le tandem Abbas-Fayyad tente d’éliminer les derniers vestiges des
accords d’Oslo. Par exemple, ils essaient de brouiller les différences
entre les zones A, B et C de Cisjordanie, créées à Oslo. Récemment, Fayyad
a ouvert des bureaux agricoles dans la Vallée du Jourdain, et installé des
agriculteurs dans des zones C, toujours officiellement sous contrôle
israélien. Cela n’a pas été fait en secret, mais bien publiquement, en
grandes pompes, avec photos publiées dans tous les médias palestiniens.
Parallèlement, on se sert de tout geste israélien controversé (allant de
trois suspects de terrorisme tués à Naplouse à la déclaration de sites
préservés [[Comme l’a fait récemment Netanyahou en inscrivant le Caveau des
Patriarches et la Tombe de Rachel dans le plan national du patrimoine,
provoquant des échauffourées à Hebron]] pour presser les Américains d’empêcher Israël de ne pas
s’engager dans des chasses à l’homme en Cisjordanie.

Cette politique, qui fait partie de ce qu’il est convenu d’appeler en
Cisjordanie “L’Intifada blanche de Salam Fayyad a un seul but et une
seule date butoir : le 17 juillet 2010, les prochaines élections locales
en Cisjordanie.

Israël de nouveau endormi

En Israël, personne n’y prête attention, mais des élections vont être le
vrai test de la légitimité du tandem Abbas-Fayyad. Tout ce qui se passe en
ce moment en Cisjordanie est dirigé vers cette cible : une victoire
écrasante de l’AP dans ces élections. Pour la première depuis des années,
les deux homme souhaitent montrer qu’a lieu ce genre de révolution : le
retour du pouvoir aux mains de l’OLP et du Fatah vis-à-vis du Hamas qui,
lors des élections de 2005, avait recueilli 70% des voix dans les grandes
villes.

Cette fois, Abbas et Fayyad visent au moins 50% des voix. Forts de ce
soutien, ils pourraient passer à des négociations avec Israël, légitimés
par l’opinion palestinienne, et pas seulement avec le support fourni par
les membres modérés de la Ligue arabe. Cela constituerait une véritable
source de pouvoir, et non un soutien en trompe-l’œil. Le Hamas a déjà
annoncé qu’il ne participerait pas à ces élections. L’AP ira, même sans
lui.

Etrangement, Israël a aujourd’hui tendance à ignorer ces élections du côté
palestinien. En 2005, nous nous sommes endormis pour nous réveiller
assommés par la prise du pouvoir du Hamas sur les autorités locales, puis
plus tard, quand il pris le pouvoir par les élections générales et gagné
la majorité au Parlement palestinien. Aujourd’hui comme hier, nous fermons
les yeux. Par exemple, nous espérons quelque chose des négociations
indirectes qui devraient commencer cette semaine entre Me Molcho et Saeb
Erekat (qui d’ailleurs ne siégeront pas ensemble, car l’émissaire
américain Mitchell jouera le rôle de médiateur entre les deux).

Or, avant les élections locales en Cisjordanie, rien ne résultera de ces
contacts.

Les Palestiniens vont à ces pourparlers avec pour but de discuter des
sujets-clés, afin d’en faire un dossier pour dans quatre mois, avant les
élections. Et Israël ne les considère que comme une étape en vue de
discussions directes devant commencer (selon le plan de Mitchell) dans
quatre mois. Entre-temps, les Américains souhaitent que ces pourparlers se
terminent au moins par une déclaration commune sur des frontières
définitives.

Nous sommes témoins en ce moment de trois lignes parallèles qui ne se
rencontrent pas. En tout cas, pas pour le moment.

En outre, sur le front intérieur, l’AP ne peut pas participer aux
élections du 17 juillet avec un passif de concessions. Au contraire, son
intérêt est clair : créer une crise afin de susciter une réaction publique
prompte et exaltée, puis aller aux élections avec une image de force,
débarrassée de tout soupçon de « collaboration ».