Avant la pose des fondations


Officier supérieur aujourd’hui en retraite de l’armée israélienne, il
a commandé des unités de Tsahal dans la bande de Gaza, avant de devenir
chef de délégations dans les négociations israélo-palestiniennes sous
les gouvernements Rabin puis Barak.

Membre du Conseil pour la paix et la Sécurité, ses analyses font
autorité en Israël où il est considéré comme un expert dans les domaines
diplomatique et économique. Il nous livre ici ses commentaires sur
l’appel de Benjamin Netanyahou à une « économie pacifique ».

L’ambiguité de la formule ne laisse pas de questionner la traductrice,
tant il pourrait s’agir d’une « économie de paix » par opposition aux
austères « économies de guerre », aussi bien que d’une « paix par
l’économie »… Mais le modèle européen du Marché commun ne saurait
suffire à régler les complexes problèmes politiques qui voient
s’affronter Israéliens et Palestiniens, face à face ou au sein de leurs
sociétés respectives.

D’autant que cette bonne volonté affichée en matière de commerce se
heurte à la réalité des colonies en volume croissant, des barrages et
des interdits – au bout du compte, d’une domination et d’une asphyxie
non moins affichées !

[->http://www.haaretz.com/hasen/spages/1134918.html]

Traduction : Tal pour La Paix Maintenant


La logique de la feuille de route et de “l’économie pacifique“ de
Benjamin Netanayu répond à l’exigence israélienne qu’un État palestinien
soit construit avant la discussion et la mise en place d’un statut
définitif ou, du moins, pendant les négociations. Une Autorité
palestinienne stable, gouvernant bien et faisant respecter la loi et
l’ordre, apaiserait les craintes nourries par les Israéliens d’une
nouvelle flambée de violence faisant d’eux la cible des armes de la
police palestinienne et assurerait leur appui aux “concessions
douloureuses”.

Mais un processus si bienvenu – que le Quartet soutient et dans lequel
les États-Unis s’engagent par la voix du général Keith Dayton – a fort
peu de chances d’arriver où que ce soit du fait de la réalité créée sur
le terrain par Israël : l’expansion de l’entreprise de colonisation, la
croissance des avant-postes illégaux et l’impuissance des forces de
sécurité, l’opposition des dirigeants des colonies à la levée des
barrages, et l’interdiction faite aux Palestiniens d’emprunter les
routes principales passant à proximité d’implantations juives.

Le défi lancé aux Palestiniens par le chef d’état-major de Tsahal, Gabi
Ashkenazi, leur disant, “Plus vous en ferez, moins nous en ferons”, a
été relevé avec enthousiasme. Au cours de l’année écoulée, un certain
nombre de bataillons entraînés par les Américains en Jordanie ont pris
le contrôle du district de Jénine, où l’on ne compte pas d’implantations
israéliennes, de même qu’à Naplouse, Bethléem et dans les environs de
Hébron, le tout à la satisfaction des forces israéliennes de Défense.

La suppression de barrages dans ces zones, jointe à la montée de
l’activité économique des Arabes israéliens en Cisjordanie et au plan
d’encouragement aux PME du Premier ministre palestinien Salam Fayed avec
le concours de l’aide internationale, ont prévenu un effondrement
complet de l’économie palestinienne. Pour la première fois depuis 2001,
ses résultats ont même connu une légère amélioration.

Mais il est apparu ces derniers jours que plusieurs centaines de
policiers palestiniens récemment arrivés au terme de leur entraînement
avaient été déployés à Jéricho et non, comme prévu, à Ramallah. Ce
district, dont les secteurs juifs relèvent du Conseil de la région de
Benjamin, comporte de nombreux avant-postes illégaux et plus de 90
barrages sur des routes menant des villages arabes aux portes de
Ramallah, et les Palestiniens y ont l’interdiction d’emprunter la route
443, qui relie les terres agraires de l’intérieur au centre urbain de
Ramallah. Deux grands axes y sont en outre réservés à l’usage exclusif
des Israéliens. Tout cela rend la circulation des biens impossible, de
même que la coordination conditionnant la libre circulation de la police
palestinienne dans les zones palestiniennes.

Tant “l’économie pacifique” que le plan de Salam Fayed pour
l’établissement d’un État palestinien supposent l’adoption par le
gouvernement israélien de mesures immédiates : évacuer des avant-postes
illégaux, comme promis aux Américains ; lever la plupart des barrages ;
et faire de la vallée du Jourdain et du désert de Judée un espace où la
vie sera de nouveau possible aux Palestiniens. Il faut, qui plus est,
ouvrir des routes à la circulation des Palestiniens et des corridors à
l’usage régulier de la police palestinienne.

Ces mesures, jointes à l’octroi aux entreprises palestiniennes de permis
d’opérer en zone C et du libre accès au marché extérieur, Israël inclus,
pourraient favoriser l’émergence côté palestinien de l’économie et du
gouvernement souhaités. Elles feraient également obstruction aux
critiques du Fatah et du Hamas contre la coopération de Fayed avec
Dayton ; il est des membres du Fatah pour redouter une montée en
prestige de Salam Fayed, et le Hamas se plaint de ce qu’il appelle
“l’armée palestinienne de Dayton”.

En l’absence de telles mesures, et au vu de l’impasse diplomatique, la
construction de l’État palestinien sera stoppée avant même la pose de
ses fondations. Israël ne peut tirer tous les bénéfices à la fois. Les
forces de sécurité palestiniennes préféreraient faire front avec leurs
opposants plutôt que prendre part à un processus sans espoir d’aboutir à
un État palestinien. Les investissements étrangers, sensibles à
l’instabilité politique, iraient s’amoindrissant. À défaut, c’en serait
fait de la croissance économique rapide et de l’idée d’une paix
économique dès lors morte et enterrée.