Alors que la saison de la cueillette des olives n’en est qu’à ses prémices (mi octobre -fin novembre), la violence des colons et la passivité de l’armée se manifestent déjà. Une « présence protectrice » de la part des militants d’ONG humanitaires ou politiques se met en place pour limiter les dégâts.
Selon une multitude de signalements provenant de la région de Naplouse, des environs de Jérusalem et de différentes zones de Cisjordanie, des dizaines d’incidents ont été recensés : vols d’olives, expulsions de cueilleurs par des colons ou par les forces de l’armée israélienne, agressions et arrestations. Des Palestiniens ont été arrêtés pour avoir récolté des olives sur leurs propres terres. Certains ont été évacués pour recevoir des soins médicaux.
Auteurs : Jack Khoury & Matan Golan, Ha’aretz, 3 octobre 2026
Traduction : ChatGPT revu par YM
https://www.haaretz.co.il/news/politics/2026-10-03/ty-article/000001a1-00bd-d6fb-a9ab-86bfb7440000
Illustration : Incidents recensés lors de la saison précédente de cueillette des olives (Source : OCHA) 364 incidents. 247 Palestiniens blessés, 263 Palestiniens empêchés d’accéder dont 133 enfants, 7000 arbres abimés, coupés, déracinés, 125 véhicules vandalisés; 80 installations aquifères et sanitaires endommagées.
Mis en ligne le 4 octobre 2026
Des colons ont attaqué plusieurs villages palestiniens et des oliveraies dans la région de Naplouse, autour de Jérusalem et dans différentes parties de la Cisjordanie, selon une multitude de signalements palestiniens. Plusieurs témoignages indiquent qu’après avoir agressé les cueilleurs, les colons leur ont volé leur récolte. Selon les nombreux signalements, des dizaines d’incidents se sont produits dans toute la Cisjordanie : vols d’olives, expulsions de cueilleurs par des colons ou par les forces de l’armée israélienne, agressions et arrestations.
Dans la région de Naplouse, des individus masqués ont attaqué les villages de Beita et d’Osarin. Les forces de l’armée israélienne et des colons ont empêché la récolte des olives dans la région. Selon le Croissant-Rouge, ses équipes ont pris en charge une personne grièvement battue à Osarin. D’après les signalements, deux blessés ont finalement été évacués du village et transportés à l’hôpital Al-Arabi pour y recevoir des soins. Leur état a été qualifié de modéré. Dans le village de Beita, il a été rapporté qu’un Palestinien arrêté par des soldats israéliens avait été relâché après avoir été battu par ces derniers. Il a ensuite été transporté à l’hôpital de Naplouse.
La violence dans la région de Naplouse a commencé dans la matinée, lorsque des images ont montré des individus masqués faisant irruption à la périphérie de Beita. Des colons sont ensuite arrivés sur place. À la suite de leur arrivée, l’armée a empêché des Palestiniens de récolter les olives à Jabal Qamas, sur les terres du village, et a retenu les cueilleurs. Après l’attaque, une unité militaire est entrée dans le village. L’armée israélienne n’avait pas encore réagi au moment de la publication.
D’autres images tournées dans la région montrent des colons menaçant des cueilleurs à Beit Imrin. Selon des signalements palestiniens, un homme de 50 ans y a été blessé et transporté à l’hôpital. Des colons auraient également incendié des terres agricoles dans le secteur. Parallèlement, le Croissant-Rouge a annoncé que cinq personnes avaient été blessées lors d’une attaque de colons dans le village de Sebastia, au nord de Naplouse.
Par ailleurs, selon des signalements palestiniens, des colons ont incendié et endommagé plus de 50 oliviers sur une parcelle appartenant à un habitant de la ville d’Abu Dis, à l’est de Jérusalem.
Il a également été rapporté que cinq membres d’une même famille, qui récoltaient des olives dans le village de Rantis, ont été blessés lors d’une attaque de colons. Selon le témoignage, le père a eu le bras fracturé, le fils a été blessé à la tête et la mère a été renversée — probablement par un tracteur. Les cinq membres de la famille, titulaires d’une carte d’identité bleue en tant que résidents de Jérusalem-Est, ont été évacués vers des établissements médicaux en Israël.
L’agence de presse palestinienne Wafa a fait état d’une série d’autres incidents.
Dans la région de Naplouse et ses environs, des colons ont attaqué des cueilleurs palestiniens dans le village de Burin et leur ont volé du matériel agricole ainsi que leur récolte. Trois personnes ont été blessées après avoir inhalé des gaz lacrymogènes utilisés par des soldats arrivés dans le secteur.
Par ailleurs, un colon armé, portant un uniforme et venant de la colonie voisine d’Yitzhar, a appelé une unité militaire sur les lieux. Les soldats ont menotté et arrêté les quatre agriculteurs, au motif qu’ils récoltaient des olives. Ils ont ensuite emporté les olives déjà cueillies. Dans la localité d’Aqraba, dans le gouvernorat de Naplouse, des soldats ont arrêté deux Palestiniens qui récoltaient des olives.
D’autres signalements indiquent qu’à l’est de Qalqilya, des colons ont attaqué des cueilleurs, les ont menacés et les ont empêchés d’accéder à leurs terres. Sur les terres du village d’Az-Zawiya, à l’ouest de Salfit, des soldats ont empêché des habitants de récolter les olives sur leurs propres terres.
Dans le village voisin de Rafat, des colons ont attaqué un Palestinien qui cueillait des olives. Après lui avoir volé sa récolte, ils l’ont blessé et il a dû être transporté pour recevoir des soins médicaux.
Le Croissant-Rouge a indiqué que ses équipes médicales avaient pris en charge un homme de 43 ans blessé lors d’une attaque de colons dans la localité d’Arraba, dans la région de Jénine. Il a été transporté à l’hôpital. À l’est de Jénine, un Palestinien a également été arrêté alors qu’il se trouvait sur ses terres. Selon le signalement, il a été emmené à l’intérieur de la colonie voisine de Kadim.
Il a également été rapporté qu’à Al-Mughayyir, des colons, dont certains étaient armés, faisaient paître des moutons — le terme hébreu employé dans le texte semble comporter une erreur de transcription — dans une oliveraie située entre des maisons, à la périphérie du village, endommageant les arbres et les récoltes. Selon le signalement, les forces de l’armée assuraient leur protection.
Des images tournées sur la route reliant les villages d’Al-Mughayyir et d’Abu Falah — tous deux situés en zone B — montrent des colons attaquant des véhicules palestiniens. Au moins quatre avant-postes de colonies sont connus dans le secteur. Avec leur présence, les attaques contre les véhicules palestiniens sont devenues quotidiennes.
Un militant présent lors de l’incident à Beita a décrit l’attaque au journal Haaretz : « Dès que nous sommes arrivés sur place, nous avons entendu des gens dire que des colons attaquaient une maison. C’était à quelques dizaines de mètres de nous. À un moment donné, tout le monde s’est mis à courir vers la maison pour aider les habitants. Nous avons vu les colons, qui portaient des cagoules, puis ils se sont retirés et nous avons commencé la récolte. Au début, j’ai vu une unité militaire arriver depuis un avant-poste voisin. Puis j’ai aperçu derrière nous un colon armé, suivi d’autres soldats. Ils sont arrivés ensemble, en courant, les armes à la main et pointées vers l’avant. Les soldats qui étaient déjà sur place, près de nous, leur ont dit de se calmer. C’est alors que la discussion a commencé avec eux. »
Dans les images filmées dans les minutes qui ont suivi, on voit les militants présenter des cartes aux soldats et leur expliquer qu’en zone B, les agriculteurs ne sont pas tenus de coordonner à l’avance la récolte des olives.
Le colon armé est resté auprès des forces militaires pendant ce temps. Un soldat a ensuite été filmé en train de dire aux propriétaires palestiniens des terres : « Vous n’avez pas le droit de récolter les olives tant que tous les anarchistes juifs ne sont pas partis d’ici. » Le propriétaire foncier, qui semble avoir compris que le soldat parlait des colons, a répondu : « D’accord, vous êtes l’armée : chassez-les d’ici. » Le soldat a alors désigné les militants israéliens qui accompagnaient les Palestiniens et a déclaré : « Ceux-là, assurez-vous qu’ils partent. »
Cette intervention contrevient aux procédures relatives à la récolte des olives et aux directives transmises aux commandants militaires sur cette question. Celles-ci précisent que les habitants ont le droit d’être accompagnés par des Israéliens et que cette présence ne constitue pas un motif pour fermer la zone ou pour la qualifier de lieu de provocation.
L’année dernière, des attaques violentes de colons avaient déjà eu lieu dans les oliveraies situées entre Osarin et le village voisin de Beita. L’avant-poste de « Mevasser HaShalom » (« Annonciateur de paix »), établi dans le secteur il y a un an, a été évacué à plusieurs reprises à la suite de ces attaques, mais a été réinstallé chaque fois et a continué à se développer cette année.
L’incident survenu pendant la récolte s’est produit à plus d’un kilomètre à l’intérieur de la zone B, où l’Autorité palestinienne exerce les compétences civiles. Il s’agit du quatrième incident du week-end au cours duquel les forces de l’armée israélienne empêchent la récolte des olives dans des territoires relevant de la compétence civile de l’Autorité palestinienne.
Le recours par l’armée à des ordres de fermeture de zones pendant la saison de la récolte des olives est un phénomène fréquent.
Dans un arrêt rendu en 2006, la Cour suprême israélienne siégeant en Haute Cour de justice avait estimé que l’armée faisait un usage disproportionné des ordres de fermeture visant des terres agricoles palestiniennes. Elle avait critiqué la pratique consistant à fermer des zones afin de protéger les habitants contre les violences des colons.
Le juge Salim Joubran avait alors déclaré que les restrictions imposées aux Palestiniens « reviennent à récompenser la violence et risquent d’envoyer un message trompeur de capitulation et de soumission devant ces éléments qui enfreignent la loi, même au prix d’une atteinte aux principes fondamentaux sur lesquels repose notre système de gouvernement ».
En novembre, Haaretz avait rapporté que, lors de plusieurs incidents survenus pendant la saison précédente, l’armée avait émis des ordres de fermeture de zones et de restriction des déplacements visant des cueilleurs accompagnés de militants de gauche, avant même leur arrivée sur place.
En janvier, la question avait de nouveau été portée devant la Haute Cour de justice, dans le cadre d’un recours concernant l’utilisation massive par l’armée d’ordres de fermeture de courte durée.
La Cour avait estimé qu’il n’existait pas de justification suffisante pour intervenir dans la politique générale du commandant militaire. Elle avait toutefois ajouté que l’impression générale était que les ordres de fermeture préventifs étaient délivrés avec une trop grande facilité.
La Cour avait distingué les ordres émis à la suite d’affrontements en cours de ceux pris à l’avance, avant qu’un incident ne se produise.
Concernant les ordres de fermeture préventifs, elle avait jugé que leur utilisation devait reposer sur des renseignements récents indiquant que les militants avaient l’intention de troubler l’ordre public. Elle avait souligné que la simple possibilité d’affrontements entre colons et militants ne suffisait pas à justifier le recours à cette mesure.
La Cour avait également insisté sur le fait que lorsque des militants se rendent sur place à la demande de Palestiniens afin de les protéger contre d’éventuelles violences de colons, rien ne justifie d’émettre un ordre de fermeture empêchant par avance leur entrée dans la zone.
Elle avait enfin précisé que, lorsqu’il décide d’autoriser ou non l’accès d’une personne à une zone fermée, le commandant militaire doit accorder un poids important aux droits fonciers des Palestiniens.
La police a déclaré que des policiers et des techniciens de la police scientifique s’étaient rendus dans le village d’Osarin après l’attaque et avaient commencé à recueillir des éléments de preuve et des témoignages.
L’armée israélienne a déclaré que ses forces avaient été dépêchées dans le secteur après avoir reçu des signalements faisant état d’une attaque contre des Palestiniens, mais que les auteurs des violences « avaient pris la fuite avant l’arrivée des forces ».
L’armée a également déclaré qu’elle « condamne fermement ce type d’incidents et souligne qu’ils portent atteinte aux efforts de défense et de prévention dans le secteur ».

Matan Golan est reporter et photojournaliste attache à Ha’aretz

