Une autre approche du conflit – LPM/JCall, un séminaire itinérant en Israël & Palestine


Comme déjà en 2013, une cinquantaine de Juifs/Juives originaires des principaux pays d’Europe ont fait, dans la perspective de la reprise des négociations entre les parties au conflit, un c d’une dizaine à une douzaine de jours, selon les cas, en Israël et dans les Territoires afin de participer aux actions sur le terrain des ONG et de manifester leur solidarité avec les mouvements de la société civile. 

Il y avait une urgence particulière en cette année où l’on s’apprêtait à commémorer le cinquantenaire de la guerre de 67 et le début de l’occupation : nous tenir, en qualité de membres de la diaspora européenne, aux côtés des auteurs de la pétition du SISO (Save Israel, Stop the Occupation) — 500 Israéliens et Israéliennes appelant la diaspora [1] à lutter ensemble pour les idées communes qui inspirent notre action au sein de la communauté juive ; dans l’opinion publique ; et dans nos rapports avec les gouvernements de nos pays respectifs.


Par Giorgio GOMEL

Chapô, notes & références de l’auteur

Traduction de l’italien & édition, Tal Aronzon pour LPM

Légendes :

— À la Une

Sur la ligne verte à proximité de Latrun, samedi 10 juin 2017. © site européen de JCall Italie [DR].

— Dans le texte

 1. En zone C ; Modîin Îllith, les tours de l’université ; Michel Maayan Eine (à gauche). 2. Nabil Shaath ; Stav Shaffir ; Youval Ra’hamim. 3. À Hébron, rue Shuaffat ; Une inscription rappelant le pogrom de 1929. 4. Les voitures attendant les Palestiniens au point de passage d’Eyal, à la sortie de Qalqiliya.©Yaël Raine [DR]. 5.  Á Jérusalem à l’est de la “barrière de sécurité”.

Compte-rendu publié sur le site européen de JCall Italie,  le 18  juin 2017, JCall in Israele e Palestina: un seminario itinerante, discutendo del conflitto – un viaggio indimenticabile.


UN VOYAGE INOUBLIABLE

Deux États, est-ce encore possible ?

Tard le samedi à Tel-Aviv, nous avons rencontré A.B. Yehoshua [venu à notre hôtel dans le cadre d’une soirée culturelle organisée par Annie Dayan-Rosenman en conclusion du temps libre du shabbath], toujours subtil, plaisamment polémique et irrévérencieux. Il reprit ce qu’il avait déjà soutenu dans de récentes interviews : la présence de près de 600 000 Israéliens/Israéliennes à Jérusalem-Est et en Cisjordanie : la pression topographique des implantations comme imbriquées dans les localités palestiniennes ; la gigantesque obstruction à l’évacuation des colonies ; la peur panique d’une quasi guerre civile qui remue voire bouleverse Israël, rendant très difficile la partition de la terre contestée selon le paradigme des “2 États” qui a dominé la scène politique des années 80, et surtout celle des années 90 avec les accords d’Oslo. En réalité, une éventuelle solution de transition exigerait l’allègement des conditions opprimant non loin de 100 000 Palestiniens et Palestiniennes habitant dans la zone C — soit à peu de choses près quelque 60 % de la Cisjordanie sous le contrôle total d’Israël — et des 300 000 résidents et résidentes arabes de Jérusalem-Est à qui les droits de citoyenneté devraient être accordés.

Malgré leur respect pour le principe “2 États souverains pour 2 Peuples” suivant les lignes antérieures à juin 67, le paradigme dominant ces dernières vingt à trente années, certains soutiennent — à la vue des deux populations entremêlées sur cette bande de territoire — que la séparation des Israéliens et des Palestiniens contredit la géographie locale et la démographie, sans compter les liens affectifs et spirituels de l’un et l’autre peuples à la terre.

Ils proposent donc de passer à un modèle confédéral au sein duquel Israéliens et Palestiniens, quoique citoyens de leurs États respectifs et électeurs ou électrices de leurs propres parlements, jouiraient des libertés de mouvement et de résidence dans une unique “patrie” commune. C’est une hypothèse tentante … prise entre la réalité des faits sur le terrain qui pousse vers ce résultat, et l’illusion qui consiste à imaginer que les colons sont disposés à changer drastiquement de style de vie ; à ouvrir leurs communautés ; à vivre sous souveraineté palestinienne sans la protection de l’armée israélienne ; et d’autre part que les Israéliens acceptent l’entrée, même progressive, des réfugiés palestiniens sur le territoire d’Israël [2].

En somme, la question principale quant à la solution à 2 États concerne les colonies et leurs réaction.

Les hérauts les plus raisonnables de cette solution, des accords de Genève de 2013 et des pourparlers entre Olmert et Abu Mazen à la fin de la médiation passionnée de John Kerry en 2014, insistent sur le fait que près de 120 implantations sont petites et isolées, comptant 30 000 habitants au total ; tandis que quelque 100 000 colons résident dans les 50 autres.

Restent 15 implantations — formant selon l’expression consacrée les “grands blocs” — dans un triangle compris entre Modîin Îllith au nord de Jérusalem, Maâleh Adoumim à l’est et le Goush Etzion au sud, où se sont établis 400 000 Israéliens, soit 80 % des colons qui vivent au-delà de l’ancienne ligne Verte. 

Leur superficie couvre environ 4 % de la Cisjordanie, et des échanges paritaires par lesquels Israël céderait ses territoire voisins de la bande de Gaza ou au sud de la Mer morte permettraient d’en incorporer 80 % et d’évacuer les 130 000 autres moyennant une compensation financière adéquate.

Une position similaire est avancée par les Commandants pour la sécurité d’Israël [3] — une association d’anciens généraux de l’armée, du Mossad et du Shabbak — ainsi que nous l’a exposé lors d’une rencontre Michel Maayan Eine, par le passé haut dirigeant du Mossad. Reconnaissant qu’un accord de paix est aujourd’hui impossible du fait de la faiblesse et des divisions au sein du monde palestinien ; du sectarisme idéologique du ‘Hamas ; de l’anéantissement des États du Moyen-Orient, ils considèrent qu’une étape de transition est nécessaire pour garantir la sécurité d’Israël et permettre au temps d’instaurer un climat de confiance préparant un accord de paix [définitif].  L’annexion de 3 à 4 % de la Cisjordanie avec des échanges de territoires, le retrait de l’armée et l’évacuation de près de 130 000 colons seront reportés jusqu’au moment où cet accord interviendra. Entretemps, Israël devrait accepter l’offre de paix de la Ligue arabe et la convergence de ses intérêts avec ceux du monde sunnite contre l’expansionnisme de l’Iran et la menace de l’Isis ; déclarer ne pas nourrir de prétentions territoriales à l’est de la Barrière ; arrêter toute opération de construction au sein des colonies dans cette région ; et surtout autoriser le développement du bâtiment et de l’activité économique dans la zone C de la Cisjordanie, chose vitale pour les Palestiniens qui y habitent.

Les Palestiniens

À Ramallah, dans les bureaux de l’OLP, nous avons rencontré Nabil Shaath – qui dirigea les délégations palestiniennes aux négociations de Camp David, Taba, Annapolis  — et Muhammad Al-Madani, à la tête du Comité pour les relations avec la société israélienne. Nous avons débattu de la façon dont l’Autorité palestinienne pourrait influer sur l’opinion publique en Israël — en particulier dans ceux de ses larges segments résignés à l’inéluctabilité du conflit qui demeurent sceptiques quant à la proximité d’une reprise des négociations ; ou convaincus — comme la rhétorique de la droite l’agite toujours — qu’il n’y a parmi les Palestiniens pas de partenaires avec lesquels négocier. Shaath affirme qu’un agencement à 2 États « vivant en paix et en bon voisinage » est vital pour l’avenir de la Palestine et plus encore pour celui d’Israël ; mais l’on trouve parmi les Israéliens un courant annexionniste toujours plus fort qui se nourrit d’une idéologie nationale-religieuse réfutant le principe du partage.

Par ailleurs, les sondages récents [4] montrent que seuls 44 % des Palestiniens soutiennent une solution à 2 États, tandis qu’un bon 36 % veulent un État unique avec les mêmes droits pour tous les citoyens. 71 % ne croient pas qu’il y aura un État palestinien souverain dans les cinq ans à venir. Les Palestiniens interrogés, déçus de l’échec de l’AP dans les négociations avec Israël restent dubitatifs quant à la reprise de pourparlers bilatéraux, et optent pour une forme de résistance non-violente contre l’occupant, s’unissant dans une action diplomatique visant à internationaliser le conflit (ONU, Cour pénale internationale, etc.)

Selon Shaath, pour jouir d’un accord Israël devrait accepter l’offre de paix et de normalisation des rapports proposée par la Ligue arabe cela fait des années : dans un contexte régional de paix, les Palestiniens pourraient bénéficier d’un soutien économique et surtout de la réhabilitation des réfugiés [de 1948] ; et Israël des garanties de sécurité stratégique dont le pays a besoin, en échange du retrait des Territoires dans un Moyen-Orient secoué par la déliquescence des États.

L’Autorité nationale palestinienne soutient la non-violence, mais la permanence de l’occupation et les vexations quotidiennes qui en découlent (900 000 Palestiniens ont connu des périodes de détention dans les prisons d’Israël de 1967 à nos jours) sont un détonateur constant ; le ‘Hamas qui, malgré quelques ouvertures ambigües [exprimées] dans un document récent, hésite à choisir l’option de la non-violence, perdra son consensus lors d’éventuelles élections si l’on parvient à un accord de paix partagé par une grande partie des électeurs palestiniens.

L’opinion publique en Israël

Les sondages qui ont lieu décrivent un cadre complexe — mais essentiel à déchiffrer compte-tenu de l’énorme asymétrie de pouvoir entre les deux parties quant à ce qui se passe dans la société et la classe politique israéliennes — et crucial pour l’issue du conflit. Une minorité de Juifs israéliens (selon Alon Liel, ex-directeur général du ministère des Affaires étrangères et promoteur de la campagne du SISO, qui l’évalue à un peu plus de 20 %) estime urgent de mettre fin à l’occupation ; elle est disposée à agir contre le statu quo et en défense de la démocratie dans le pays — affectée par les agressions puant le maccarthysme de la droite contre les médias, la justice, l’Université, les institutions culturelles, les ONG.

Une minorité plus large prédit l’annexion des Territoires et masque d’ambiguïté lexicale le sort des Palestiniens qui y vivent : il s’agit également d’annexion, cette fois sans droits civils et politiques ; d’expulsions ; de pressions assorties d’encouragements économiques à l’émigration — mais vers où ?

La majorité fluctuante admet qu’il y a un prix à payer pour la paix, tout en souhaitant qu’il soit le plus faible possible, c’est-à-dire qu’Israël maintienne son contrôle sur le maximum de territoires et concède le minimum de droits aux Palestiniens restant sous occupation. La séparation profonde entre les deux sociétés ; la perception prévalant en Israël des Palestiniens comme des ennemis meurtriers et ingrats qui ne méritent ni la confiance ni les droits d’un peuple ; la mauvaise évaluation des coûts matériels et humains du conflit d’une part et des dividendes de la paix de l’autre ; l’illusion que le statu quo peut être maintenu indéfiniment ; le sentiment d’insécurité lié à la conviction que le conflit judéo-arabe est un élément permanent, quasi existentiel de la condition d’Israël — représentent tout un ensemble de raisons qui, pour une large partie des Israéliens, rendent le “risque de la paix”, avec ses bénéfices incertains et éloignés dans le temps, plus cher que la non-paix, qu’une normalité au fond tolérable, une économie prospère, une société dynamique malgré l’irruption de la violence et la dégradation de la démocratie dans le pays.

Comme nous l’a confirmé Stav Shaffir, jeune députée travailliste, lors d’une rencontre à la Knesseth, 55 % des Israéliens (50 % parmi les Juifs et 80 % parmi les Arabes du pays) soutiennent les 2 États. C’est un chiffre qui, bien qu’il décline au sein des sondés, reste solide malgré la rhétorique obsessionnelle de la droite à propos du manque de partenaires et de la conduite maléfique des Palestiniens.

Mais lorsqu’on précise les détails d’un accord sur la base des négociations précédentes — un accord prévoyant la création d’un État palestinien démilitarisé ; le retrait d’Israël sur les frontières antérieures à juin 67 avec des échanges paritaires de territoires ; le retour en Israël de près de 100 000 réfugiés palestiniens en vertu de la réunification des familles ; Jérusalem capitale de 2 États avec le mur des Lamentations et les quartiers juifs sous juridiction israélienne, le mont du Temple et les quartiers tant musulmans que chrétiens sous juridiction palestinienne — celui-ci serait approuvé par seulement 41 % des Juifs israéliens, 88 % des Arabes israéliens et 42 % des Palestiniens.

De nouvelles organisations nées de la société civile tendent à calquer leur conduite sur ces strates incertaines d’opinion, mais ont du mal pour le moment à la traduire en action politique : parmi celles-ci, Darkenou, des bénévoles qui font quasiment du “porte à porte” dans la périphérie du pays, au sein des électeurs de droite et dans les couches les plus marginales de la société, lesquelles ne font pas le lien entre leur pauvreté, les inégalités criantes dans le pays, et le coût de l’occupation ; et Women Wage Peace, une association née l’année passée à peine qui a conduit des milliers de femmes juives et arabes à marcher une journée en octobre pour demander la fin du conflit. Lors d’une visite à Sdéroth, la ville bouleversée des années durant par la guérilla du ‘Hamas, et à Ofakim, une modeste cité de développement du Néguev, des femmes de cette organisation – de familles originaires des pays arabes et traditionnellement portées à voter à droite – nous ont donné le sentiment d’un pouvoir de transformation par le bas.

Quant aux ONG s’exprimant plus clairement en faveur du camp de la paix, unies en un forum qui en coordonne plus de 100 sous la direction de Youval Ra’hamim, directeur originel du Cercle des Parents endeuillés, elles sont dans une situation difficile face à la menace d’une proposition de loi de Nétanyahou interdisant leur financement par les gouvernements ou institutions internationales — subsides dont bénéficient 25 sur 27 des associations actives sur le front de la paix et la défense des droits de l’être humain.

Les actions sur le terrain

Deux moments d’une grande puissance émotionnelle : le premier, la participation à une marche le long de la ligne verte — les limites de l’armistice de 1949 entre Israël et la Jordanie, toujours reconnues internationalement comme la frontière d’Israël mais disparues des publications officielles israéliennes (cartes, manuels) — organisée par Ma’hsom Watch, une association essentiellement composée de femmes veillant à la bonne conduite des soldats aux points de contrôle et le long de la frontière entre Israël et la Cisjordanie — marche qui s’est conclue par une soirée de discours, de lecture de textes et de chants inspirés par la paix à Neve Shalom, la communauté arabo-juive fondée par Bruno Hussar ; le second, la visite avec Ma’hsom Watch à 5 heures du matin d’une journée quelconque au point de contrôle d’Éyal, voisin de Qalqiliya et lieu d’accès des travailleurs palestiniens directement à leurs postes de travail en Israël. Près de 120 000 Palestiniens et Palestiniennes travaillent légalement en Israël, surtout dans les secteurs de la construction et des services ; des sans papiers au nombre incertain franchissent en outre la barrière de séparation et trouvent de petits boulots dans les villes du pays. Les contrôles sont basés sur la technologie des empreintes digitales et sous la surveillance de vigiles privés en vertu de contrats passés avec l’armée ;  de l’autre côté de la frontière, après un étroit passage cerclé de barres de fer, une marée de fourgons, cars et automobiles attend ceux qui viennent se louer : une vie marquée par le travail du départ à 3 heures du matin à 7 heures du soir ; par la pauvreté affligeant les bourgs d’où ils arrivent ; et par la nécessité d’assurer un revenu à leur famille (le revenu per capita en Cisjordanie est de 3 000 € par an, contre 30 000 en Israël).

Puis vint un tour de Hébron, guidés par Lior Amichaï de Shalom Akhshav : une ville vouée à la ségrégation, d’une part 200 000 à 300 000 Palestiniens, de l’autre près de 700 Juifs réunis dans quelques rues d’une zone limitée où alternent maisons et yeshivoth protégées par des guérites, des grilles et des soldats montant la garde. Des observateurs internationaux, dont des carabiniers italiens, veillent eux aussi et s’interposent aux moments de friction entre Juifs et Palestiniens. L’une des rues principales est encore en partie habitée par des Arabes ; s’y succèdent des boutiques fermées, abandonnées, fantomatiques, des murs couverts de graffitis et des panneaux célébrant Hébron “propriété” juive ainsi que le retour des Juifs après le massacre de 1929 et la reconquête de 1967.

     

À Jérusalem, en compagnie d’un jeune de Ir Amim [5], se fait jour la complexité d’une ville célébrée par la rhétorique officielle comme la capitale “éternelle, une et indivisible” d’Israël, mais en fait profondément divisée ethniquement et socialement. Il suffit [pour s’en convaincre] d’un regard intellectuellement honnête, d’une visite de quartiers comme Jabel Mukabber, Sur Bahar, Ras Al Amud au sud, ou plus au nord de Beit Hanina ou Shuafat. Dans la partie occidentale de la ville vivent près de 300 000 Juifs israéliens, dans la partie orientale 235 000 Israéliens et 350 000 Palestiniens avec le statut de résidents permanents ; ces derniers sont en grande part des natifs de la cité, reconnus depuis l’annexion de 1967 comme résidents mais non comme citoyens de l’État dans la capitale duquel ils vivent — dans la crainte perpétuelle que leurs droits de résidents soient révoqués s’ils quittent la ville pour étudier
à l’étranger ou dans d’autres régions du pays.

Selon les propositions de Clinton lors des négociations de Camp David en 2000, les quartiers “juifs” feraient partie d’Israël et les quartiers “arabes” de la Palestine ; un principe similaire aurait été mis en œuvre en Vieille Ville.


Mais le gouvernement israélien est obstinément opposé au partage de la cité ; point auquel les Palestiniens ne sauraient en revanche renoncer.


NOTES & RÉFÉRENCES

[1] Voir les articles de l’auteur dans HaKeillah, octobre 2016 et mai 2017.

[2] <www.2states1homeland.org>.

[3] On peut trouver le détail de leur plan, “Security First — Changing the Rules of the Game”, sur <www.en.cis.org.il>.

[4] Sondages réalisés par Tami Steinmetz pour le Center for Peace Research de l’université de Tel-Aviv et le Palestinian Center for Policy and Survey Research, Ramallah, en décembre 2016.

[5] Ir Amim est une ONG israélienne qui soutient l’idée d’une Jérusalem physiquement unie et capitale partagée de deux États, Israël et la Palestine. Une autonomie municipale permettrait toute négociation nécessaire entre ses parties. L’association lutte pour que soient assurés entretemps des services sociaux et de santé décents dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est séparés de la ville par la Barrière, et que le statu quo quant à la tutelle des Lieux saints dans la Vieille Ville soit rigoureusement observé. Pour plus de précisions, voir <www.ir-amim.org.il/en>.

L’AUTEUR

Giorgio GOMEL a été directeur pour les affaires internationales à la Banque d’Italie. Associé à l’Institut d’Affaires Internationales (Rome), il insuffle son énergie à JCall en Italie ; à l’appel du SISO, il a mené en 2017 un groupe d’Italiens venus de diverses villes à la rencontre des organisations de la société civile en lutte sur le terrain.


Dans le cadre de cette année de commémorations liées au 50e anniversaire de la guerre des Six Jours, mais aussi aux 50 ans de l’occupation, une délégation de JCall (European Jewish Call for Reason) composée de 55 personnes, originaires d’Allemagne, Belgique, France, Italie et Suisse, s’est rendue du 2 au 12 juin 2017 en Israël et dans les Territoires palestiniens.

Après deux journées au désert, à la rencontre des Bédouins du Néguev, dont la situation précaire a connu en 2016 un large écho [1], le groupe s’est rendu dans les Territoires pris en juin 67. De la “zone A” prétendûment sous administration palestinienne à Jérusalem-Est annexée, dont la plupart des agglomérations arabes sont isolées par la barrière du reste de la ville, que reste-t-il de la Cisjordanie ?

Quelles sont encore, dans ces conditions, les possibilités de concrétiser la “solution à 2 États” ? Et quelle doit être l’action de la diaspora pour sortir de l’impasse où l’occupation enfonce la région depuis maintenant 50 ans ?


par Stéphane WAJSKOP

Édition, chapô, notes & références, Tal Aronzon pour LPM

Légendes — Le groupe à Ofakim ; Léah Shakdiel met au point le voyage au Néguev à la rencontre des Bédouins ; L’imbrication des colonies et des agglomérations palestiniennes en zone C © Regards [DR].

Comptes-rendus publiés dans Regards, dimanche 4 juin, mardi 6 juin, vendredi 9 juin 2017. 


À LA RENCONTRE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

Ce samedi soir, nous avons assisté à une conférence donnée par Michel Maayan Eine, général retraité du Mossad, membre des Commandants pour la sécurité d’Israël. Pour la plupart d’entre nous, la découverte de cette association née il y a deux ans fut une très heureuse surprise, tant son approche du conflit avec les Palestiniens nous a paru intelligente et source d’espoir. Source d’espoir par la crédibilité de ses initiateurs — 280 généraux de l’armée et du Mossad — et donc la possibilité d’être entendus par la population israélienne ; intelligente par l’amélioration unilatérale des conditions de vie des Palestiniens, tout en dessinant progressivement les frontières séparant l’État d’Israël d’un futur État palestinien.

Leur vision : « L’accord avec les Palestiniens se fondera sur le principe de “2 États pour 2 Peuples” et sur la ligne [frontière] de [1949 à] 1967, avec les arrangements et ajustements dictés par la sécurité d’Israël et les nécessités [d’ordre] démographique. Cela seul empêchera la création d’un État binational. »

Aujourd’hui dimanche, la journée fut consacrée à Sdéroth et plus généralement à la région sud, soumise au lancement de roquettes au départ de Gaza. Nos guides étaient Julia Tseitin et Eric Yalin de Kol A’her (Une autre voix), association israélienne qui, envers et contre tout, s’évertue en temps de paix comme en tant de guerre à maintenir le contact entre Israéliens et Gazaouis. Cette visite nous a permis de bien comprendre le traumatisme vécu par de nombreux habitants de la région (lequel de vos enfants emmenez-vous dans les abris lorsque vous avez 15 secondes pour vous protéger ?) et le désespoir des Palestiniens, victimes du ‘Hamas et du blocus organisé par Israël, l’Égypte et l’Autorité palestinienne (6 heures d’électricité par jour ; un sévère rationnement de l’eau ; un taux de chômage des jeunes de 65 % ; la plus grande densité de population au monde).

Nous avons également rencontré des représentants de la municipalité qui nous ont parlé de la situation de la ville, en insistant sur des faits étonnants : la population croît malgré l’insécurité, car en réalité, il y fait bon vivre et la vie y est moins chère que dans le centre du pays ! Par ailleurs, Sdéroth est l’une des villes les plus multi-culturelles d’Israël et de nombreuses barrières et préjugés y ont été combattus au cours des ans, pacifiant ainsi les relations intra-communautaires.

Inquiétant en revanche, les mouvements religieux y envoient, comme dans de nombreuses villes en développement, de jeunes militants dont le rôle est d’imposer leur idéologie en s’installant au milieu de la population — une sorte de colonisation de l’intérieur !

« Faites la paix maintenant »

Après Sdéroth, nous sommes allés à Ofakim, ville déshéritée (niveau 3/10 sur l’échelle de la pauvreté en Israël) qui se trouve à 45 secondes des Qassams (un luxe !) et y avons rencontré Yahaloma Zchut, initiatrice d’un centre d’aide aux traumatisés de guerre. Ancienne technicienne de l’armée de l’air proche du Likoud, Yahaloma est devenue l’une des plus actives au sein du mouvement Les Femmes font la Paix, dont le message aux politiques est : « Faites la paix maintenant » – quels qu’en soient les termes.

La journée s’est terminée par une conférence sur les kibboutzim et la bonne nouvelle est que, contrairement à ce que nous pensions, ils se portent très bien. Ils sont — comme dans les années 70 — près de 300 et réalisent environ 50 % de la production agricole et 12 % de la production industrielle, alors que la population “kibboutznik” ne représente que 2 % de la population du pays. Que s’est-il passé ? C’est Iftah Frejlich, membre du kibboutz Mashabei Sadeh, qui nous l’a expliqué : alors qu’une majorité de kibboutzim étaient au bord de la faillite dans les années 80, une redéfinition de leurs règles de fonctionnement — et notamment l’introduction d’un système économique plus capitaliste — leur a permis quasiment à tous [2] de redresser la tête et de devenir florissants. Un mode de vie plus communautaire, et proche de la nature, génère d’ailleurs un retour vers le kibboutz de nombreux jeunes et les listes d’attente sont nombreuses.


LES BÉDOUINS ET LA QUESTION JUIVE

C’est une femme au caractère bien trempé et aux convictions claires qui nous accompagne dans le temps et dans l’espace pour nous présenter la communauté bédouine, mal connue et malheureusement méprisée tant par les Arabes que par les Juifs.

Léah Shakdiel, orthodoxe, mère de sept enfants, est militante d’Oz véShalom (mouvement de Juifs religieux pour la paix). Elle attire notre attention sur quelques faits importants :

Le mot “bédouin” vient de l’arabe “badawiyin”, qui signifie “nomades vivant dans le désert”. Anciennement les aristocrates du monde arabe, ils ont perdu tout statut social aujourd’hui. Il y a près de 260 000 Bédouins en Israël, presque tous installés dans le Néguev. Arabes et musulmans, ils occupaient quasi seuls ce désert avant 1948 et y menaient une vie de semi-nomades dans le respect de lois complexes, mais non écrites même en matière de titres de propriété.

À la création de l’État d’Israël, n’ayant pas de titres de propriété écrits et étant considérés comme des ennemis, la plupart seront expulsés vers les pays arabes à l’exception de 11 000 d’entre eux, qui « ne seront que déplacés ».

Sur les 260 000 Bédouins d’aujourd’hui, 62 % ont moins de 18 ans, sont très pauvres et peu éduqués (seuls 5 % des élèves bédouins terminant le lycée accèdent à l’enseignement supérieur), et 40 % sont chômeurs.

Tradition versus modernité

Cette population, c’est Her El Baz, dirigeant de l’AJEEC, un centre judéo-arabe pour la coopération et l’égalité entre Juifs et Arabes situé à Beer-Sheva, qui nous en parle merveilleusement bien. Il nous explique que les Bédouins sont dans une situation très difficile, car ils sont passés en à peine une trentaine d’années d’un mode de vie traditionnel quasi autarcique à un mode de vie moderne consumériste. Coincés entre les tentations de la consommation et un niveau de vie très faible, une partie des Bédouins se sont lancés dans des trafics en tous genres, rendant la coexistence avec les autres communautés difficiles. La faible présence des services municipaux dans les zones habitées par les Bédouins, et en particulier la quasi absence de police, n’a fait que favoriser la criminalité et la consommation de drogues. Habitant sous le même toit, des grands-parents fidèles à un mode de vie traditionnel se voient confrontés à leurs petits-enfants voulant vivre comme des jeunes du 21e siècle. Pour ne rien arranger, la radicalisation religieuse a également fait son apparition.

Heureusement, des initiatives sont prises pour améliorer la situation, notamment des jumelages entre écoles juives et bédouines ; l’encouragement aux études supérieures (le nombre de médecins bédouins est passé de 2 à 1 000 en cinq ans) et l’incitation à l’implication de plus en plus marquée des femmes dans l’économie, les rendant plus autonomes dans la famille …

Un projet concret nous est ainsi présenté par Bilal, jeune Bédouin de 19 ans. Le programme Wadi Attir consiste en la création d’une zone naturelle en plein désert, avec la réhabilitation de plantes et d’oiseaux, le développement d’un élevage de moutons et de chèvres — le tout alimenté en énergie par des turbines mi solaires mi éoliennes uniques au monde. Une start-up de type social !

L’imbrication des villages palestiniens et des colonies

Pour clôturer ce tour d’horizon, nous passons devant les villages bédouins, sujets de tant de controverses et reportages télé. Il existe deux types de villages bédouins : les villages “historiques” traditionnels créés dans les années 50 pour les 11 000 Bédouins autorisés à rester en Israël, et les nouvelles villes créées par les Israéliens, au motif que les villages historiques seraient insalubres. Ce sujet a déjà été couvert par Regards [*], mais le fait est que les nouvelles villes sont des échecs (50 % de chômeurs) et que les habitants des villages historiques ne veulent pas y déménager. À noter que les villages historiques ne bénéficient pas des services municipaux les plus élémentaires.

Nous quittons le Néguev pour nous rendre à Jérusalem via la Cisjordanie, en empruntant une route réservée aux colons. Sillonner cette route d’une cinquantaine de kilomètres nous fait très vite comprendre que l’imbrication des villages palestiniens et des colonies rendra toute séparation complexe et que le temps ne joue pas en faveur d’une solution à deux États.

Le soleil se couche et nous allons diner à Beit Jala, village arabe de Cisjordanie, où nous découvrons le merveilleux film Disturbing Peace, qui présente le mouvement Les Combattants pour la Paix. Ceux-ci regroupent des Israéliens et des Palestiniens décidés à comprendre à travers le regard de l’autre la situation politique et les souffrances vécues par tous. Un défi difficile et courageux, les uns et les autres étant souvent considérés comme des traîtres par leurs communautés respectives.


VERS LA CRÉATION INÉLUCTABLE D’UN ÉTAT BINATIONAL ?

La cinquième journée de notre voyage est consacrée à la Cisjordanie. Au cœur de notre réflexion, une question existentielle : la colonisation pousse-t-elle inexorablement Israël vers la création d’un État binational ?

Lior, le directeur de l’Observatoire des Colonies de Shalom Akhshav, va nous donner des éléments de réponse dans un contexte particulier : le gouvernement vient d’approuver la construction de 3 000 habitations supplémentaires dans la région.

L’Observatoire des Colonies consigne l’évolution de la colonisation au jour le jour, en combinant plusieurs méthodes d’analyse. Il existe 160 colonies de peuplement officielles et une centaine d’implantations illégales. À l’exception de la partie orientale de la ville de Jérusalem, qui a été annexée, ce n’est pas le droit israélien qui s’applique à la Cisjordanie mais le droit militaire.

Il existe trois grandes catégories de colons : les religieux qui s’y installent pour des raisons idéologiques et viennent souvent de l’étranger ; les colons “économiques” qui y trouvent un logement bon marché ; et les colons qui y cherchent une plus grande qualité de vie. Les logements construits dans les territoires occupés sont largement subsidiés et de nombreuses colonies sont très belles, donc très attirantes si l’on oublie le contexte dans lequel elles sont construites.

Lior nous emmène sur une colline qui surplombe le bloc des colonies du Goush Etzion. Le Goush Etzion a une symbolique particulière dans la mémoire collective israélienne, car plusieurs kibboutzim y étaient établis avant la guerre d’Indépendance. Ceux-ci ont été détruits dans des circonstances dramatiques, mais la résistance juive a permis à Jérusalem de tenir et à la Haganah de gagner la guerre. Il était donc presque logique que la colonisation après 1967 y commence.

De là où nous sommes, nous voyons plusieurs colonies : jeunes et anciennes, grandes et petites, mais également des implantations illégales. Ces colonies sont imbriquées aux villages arabes de la région, rendant la séparation éventuelle des communautés juive et arabe très complexe.

Le paradoxe d’Oslo

Deux phénomènes particulièrement intéressants méritent une explication. Le premier concerne les implantations illégales. Pourquoi ne sont-elles pas détruites, alors que le système judiciaire israélien fonctionne bien ? Pour la raison suivante : lorsque les Palestiniens contestent la légalité d’une implantation, le gouvernement ne nie pas : Il explique aux cours et tribunaux que l’implantation est effectivement illégale, mais que la démolition créerait plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait, car les colons pourraient mal réagir. Si le tribunal donne malgré tout l’ordre de démolition, des lobbies ou des autorités favorables à la colonisation joignent les militaires pour leur dire qu’ils n’ont pas intérêt à exécuter l’ordre : leur carrière en pâtirait et, pire, ils seraient responsables des violences éventuelles qui en résulteraient. Si l’armée décide malgré tout de détruire l‘implantation, ce qui est très rare, le gouvernement s’empresse de décider la construction de nouvelles habitations dans une colonie légale, pour calmer la colère des partis politiques d’extrême-droite.

Autre phénomène très surprenant : comment se fait-il que tant d’unités d’habitations aient été construites depuis Oslo, alors qu’Oslo a interdit la construction de nouvelles colonies ? Là aussi la raison en est simple, mais tout à fait inattendue. Oslo divise la Cisjordanie en trois zones : la zone A sous contrôle palestinien total ; la zone B sous contrôle administratif palestinien, la sécurité restant sous contrôle israélien ; et la zone C sous contrôle israélien total. Cette zone C représente 60 % du territoire et comprend de vastes zones inhabitées. Sur celles-ci, l’armée peut construire de nouvelles routes beaucoup plus facilement qu’avant Oslo. Dans quel but ? Pour séparer les deux communautés afin d’éviter les incidents, ce qui est la priorité absolue de l’armée. Le problème — ou la bonne nouvelle pour certains — c’est que ces routes permettent aux colons de traverser très rapidement la Cisjordanie et de rejoindre Jérusalem en une demi-heure ou moins. Vivre dans une colonie revient donc à vivre dans la banlieue de Jérusalem, et est donc beaucoup plus attrayant qu’avant Oslo, car à l’époque, pour rejoindre la capitale, il fallait emprunter des routes dangereuses traversant les zones habitées par les Arabes.

Nous sommes donc face à un énorme paradoxe : les accords d’Olso, qui devaient mener à la création d’un État palestinien, ont considérablement accéléré la colonisation. Quasi toutes les grandes villes palestiniennes sont aujourd’hui entourées de colonies rendant impossible leur croissance naturelle.

Hébron, la cohabitation impossible

Cette politique de séparation a rendu les contacts entre Juifs et Arabes quasi inexistants, et Hébron où nous nous rendons ensuite est l’incarnation même de cette séparation [3].

Il y a toujours eu des Juifs à Hébron, en tout cas depuis 1492. Le tombeau des patriarches s’y trouve. C’est donc un lieu de pèlerinage important pour les Juifs et les Arabes. Les Juifs en ayant été chassés lors de la guerre d’Indépendance, y revenir était une priorité pour les colons. Sans entrer dans le détail des événements, les colons ont réussi à s’y installer petit à petit et à créer la seule colonie juive au sein même d’une ville arabe. Les Juifs et les Arabes priaient ensemble dans le caveau des patriarches jusqu’au jour où, en 1995, Baruch Goldstein — honoré comme un “héros aux mains propres” dans un parc de la colonie de Kiryat Arba toute proche – abat 29 Palestiniens en prière. Aujourd’hui, environ 700 Juifs ultra-orthodoxes vivent à Hébron, complètement séparés des 200 000 habitants arabes par des mesures de sécurité drastiques nécessitant la présence de centaines de soldats et la fermeture de rues, de magasins et d’habitations arabes ! Cette situation absolument scandaleuse révolterait l’immense majorité de la population israélienne si elle en avait conscience, mais qui va voir la ville arabe de Hébron ?

                               

Dans le cadre d’un accord de paix, il sera exclu pour Israël de garder Hébron et c’est la raison pour laquelle cette ville a une telle valeur symbolique. Elle montre que toute cohabitation entre Juifs et Arabes sera quasi impossible. Elle montre également que l’enchevêtrement des zones d’habitation des deux communautés, sur le terrain, rend la création d’un État palestinien improbable, menant Israël vers un État binational à majorité arabe.

Les Israéliens veulent-ils de cet État binational qui mettra un terme au rêve sioniste ? Hier, à la Knesseth, nous avons rencontré tous les partis politiques. Aucun ne veut de cet État. Veulent-ils une solution à deux États ? La majorité n’y croit pas. Proposent-ils des solutions alternatives réalistes ? Non. Nous sommes donc dans une situation résolument absurde : personne ne veut d’un État binational, mais tout est fait pour rendre sa création inéluctable. Pourquoi ? Parce que le système politique israélien est pris en otage par les partis extrémistes, qui font de la colonisation la condition de leur participation au gouvernement.

Que veut la Diaspora ?

Un État binational à minorité juive ? Non. Une solution à deux États ? Oui. Doit-elle le dire haut et fort ? Doit-elle agir en ce sens ? Nous sommes placés face à notre conscience et à nos responsabilités, et le temps ne joue pas en notre faveur.


NOTES & RÉFÉRENCES

[1] À lire sur le même thème dans Regards n° 859 du 4 avril 2017 l’article de Géraldine Kamps : “Les Bédouins oubliés d’Israël” – <http://www.cclj.be/actu/israel/bedouins-oublies-israel>

[2] Le plaidoyer pro domo de Iftah Frejlich néglige de préciser que l’évolution “capitaliste” des kibboutzim ne suit pas le même rythme selon, pour commencer, les fédérations kibboutziques d’origine. Si les problèmes éducatifs (les enfants à la maison…) sont généralement à l’origine des changements, induisant un autre type d’habitat et souvent de manger de plus en plus “en famille” plutôt qu’au ‘héder okhel, la salle à manger collective, certains kibboutzim du kibboutz Artzi — tel Baram en particulier — semblent mieux résister aux sirènes de la modernité ici chantées. Signalons par ailleurs que ce chantre du capitalisme supporte apparement si mal la contradiction qu’il ne donne tout simplement pas la parole à qui est soupçonné de vouloir la porter !

[3] À lire sur ce site, les impressions de Michael Chabon après la visite de Hébron avec d’autres écrivains et écrivaines U.S. célèbres dans le cadre de la préparation d’un recueil d’essais réunis par Breaking-the-Silence en juin 2017 à l’occasion du cinquantenaire de l’occupation des Territoires :

<http://www.lapaixmaintenant.org/deshumaniser-les-autres-vous-deshumanise-michael-chabon/>

L’AUTEUR

Stéphane WAJSKOP, directeur de la communication de Careers International, a participé au voyage en Israël-Palestine du 2 au 12 juin 1917.


11 juin 2017, 5 h du matin : l’aube pointe à peine au check-point d’Eyal, près de Qalqiliya, et déjà une activité intense s’y déploie depuis la nuit qui n’en finit pas de finir il y a une heure de cela déjà, et y règnera encore une bonne heure.


par Yaël RAINE

Édition, Tal Aronzon pour LPM

Légendes — 1. Aide-ménagère en Israël depuis une trentaine d’années, une femme demande à notre accompagnatrice de “faire quelque chose” pour améliorer les conditions au tourniquet ; À´Habla, paisible point de contrôle agricole, un oranger aux racines enserrées dans les barbelés s’entête à produire des fruits dorés ; Le jour n’est pas encore levé, et l’attente s’éternise à Eyal ; Canalisée par des grillages, la file s’étire toujours côté palestinien  ; Pendant  ce temps à ´Habla, une carriole passe tirée par une mule ; Un vigile monte la garde, nous empêchant d’être vus côté palestinien ; enfin côté israélien, Naïm attend avec un enfant palestinien les bénévoles auxquels il sera confié sur la route de  l’hôpital. 2. Assis près du poste de garde contrôlant la rue Shuaffat interdite aux Arabes, un juif à kippah  indifférent ; Moutasem montrant un quotidien désespérant. © Yaël Raine [DR]. 


LES POINTS DE PASSAGE PRÈS DE QALQILIYA : EYAL ET ´HABLA

Nous sommes côté israélien du poste, et nous allons voir le côté “palestinien” à travers une ouverture dans le mur, sous la surveillance d’un mirador. Dans un couloir couvert complètement fermé par des grilles, une file ininterrompue d’êtres humains se presse, canalisée par un tourniquet qui se bloque à un moment. S’ensuit une bousculade, le brouhaha de base s’amplifie, protestations, encouragements, injonctions … et finalement le tourniquet se dégage et la file avance de nouveau pour se re-tasser un peu plus loin, avant les contrôles.


La plupart sont des hommes jeunes, 20 à 40 ans en moyenne, qui vont travailler en Israël sur les chantiers de BTP ; dans la restauration ; l’hôtellerie ; les services de nettoyage, à la personne, etc. Ils sont 20 000 à passer à ce check-point (100 000 par jour pour l’ensemble des points de passage, sans compter les quelque 40 000 travailleurs illégaux qui transitent clandestinement ce dimanche matin, nous dira Naïm, un Palestinien grisonnant, travailleur du bâtiment. Certains vont rester la semaine en Israël, dormant sur leur lieu de travail, et ne rentreront en Cisjordanie que le jeudi soir.

                            

Ils sont pressés (dans les deux sens du terme), entassés, fatigués car ils se sont levés très tôt pour arriver en voiture, en taxi, en bus de chez eux au check-point et puis pour attendre … On nous dit qu’il y a jusqu’à un kilomètre de queue côté palestinien …

Mais il nous faut ressortir de cette zone “interdite”, à “l’invitation” un peu pressante des gardes armés : les vigiles d’une société de surveillance privée ont remplacé les soldats de Tsahal.

Nous ne verrons bien sûr pas le “saint des saints”, la salle de contrôle des laisser-passer, maintenant électronique : l’identification est basée sur les empreintes digitales. Or, chez beaucoup d’ouvriers du bâtiment maniant le ciment, entre autres, ces empreintes se modifient et ne correspondent donc plus à celles initialement déposées ; il leur faut donc faire rectifier leur laisser-passer, ce qui leur fait perdre en général une journée de travail !

Revenons côté israélien : toujours canalisés par un grillage, les travailleurs contrôlés sortent en hâte pour se précipiter vers les dizaines de taxis ou shérout, minibus et autobus attendant pour les convoyer sur leur lieu de travail. C’est une noria de véhicules qui démarrent en trombe au milieu des hommes et femmes de tous âges qui se dépêchent, un sac à l’épaule, dans le jour naissant et sous la lumière blafarde des lampadaires : les chantiers débutent en général à 7 h 30.

Une femme entre deux âges, jupe longue noire, pull rayé à manches au poignet et hijab noir, interpelle à travers le grillage notre accompagnatrice, Karin Lindner, membre, à 81 ans, de Machsom Watch [1], pour lui expliquer, dans un hébreu plus que correct, qu’à l’intérieur du bâtiment de contrôle les gens, hommes, femmes et même des enfants, tous mêlés, sont entassés dans une chaleur et une promiscuité difficilement supportables, et lui demander de « faire quelque chose ». Depuis une trentaine d’années, cette femme travaille comme aide-ménagère dans une famille israélienne.

Outre son travail sur les chantiers, Naïm fait partie de l’ONG Road to Recovery [2], qui prend en charge des enfants malades palestiniens pour les faire soigner en Israël. Assez souvent, il y a des tranches horaires spécifiques pour faire franchir les check-points aux malades et handicapés mais, ce matin, deux enfants malades de 4-5 ans, accompagnés de leur papa, sont passés au milieu de la foule des travailleurs et attendent maintenant les voitures israéliennes bénévoles qui les conduiront à l’hôpital. À leur contact, le visage de Naïm, grave, posé, réfléchi, un peu désabusé peut-être, respirant l’intelligence, l’humanité et un certain charisme,  s’éclaire d’un grand et chaleureux sourire, petite note de lumière dans cette matinée pesante et déprimante.

                                      

Côté israélien, les gens sont plutôt calmes : ça y est, ils ont passé le contrôle avec succès, cette fois encore, une fois de plus, et ils n’ont plus qu’un souci en tête : trouver le véhicule qui les mènera à bon port et à l’heure …

Mais côté palestinien, rien n’est jamais joué pour ceux qui sont obligés de patienter : le stress de l’incertitude, du temps qui passe, de l’attente, la chaleur, l’entassement … comme des animaux sous bonne garde, la promiscuité, les incidents tel le blocage du tourniquet, la fatigue, la répétition chaque jour ou chaque semaine de cette situation, engendrent un climat de violence sous-jacente qui est palpable … On la ressent presque physiquement et il nous semble qu’il suffirait d’un rien …

RENCONTRE AVEC MUTASEM DE HÉBRON


 

 


Tandis que nous déambulons dans la rue principale, déserte et déprimante, de Hébron – près d’un poste de contrôle où veille un soldat armé fortement équipé, et d’un colon barbu, porteur d’une kippa tricotée et de “payess”, grattant la guitare d’un air détendu – nous rencontrons un jeune Palestinien très mince, aux yeux bleus intelligents et un brin désabusés, comme revenus d’en avoir beaucoup vu mais parfois encore brillants d’un éclair d’espoir ; il parle un très bon anglais.

Mutasem fait partie du Hebron Center for Development and Empowerment [3] dont le but est de forger « la résilience de la communauté (arabe de Hébron) par l’éducation, l’autonomisation et l’amélioration, pour créer un avenir au-delà de l’occupation ». Lui-même s’occupe d’enseigner aux jeunes et aux adolescents le sport, la maîtrise de soi et la non-violence afin de susciter en eux un mode de résistance à l’occupation autre, un peu à la Gandhi …

Il nous parle, aux abords de la maison de l’un de ses cousins dont l’entrée ou la sortie sont exclusivement possibles par derrière, de la vie quotidienne des habitants de ce quartier, du grand détour que doivent faire chaque jour les écoliers pour se rendre à l’école et les adultes au marché, par des chemins accidentés et boueux en hiver, puisqu’ils ne peuvent plus passer directement par la grande rue asphaltée devant leur maison, fermée par des check-points. Ils ne reçoivent ni famille ni amis, et leurs fenêtres et balcons sont grillagés.

Leurs rapports avec les juifs sont plutôt neutres voire inexistants actuellement ; quelques voitures de colons (les seules à pouvoir circuler dans ce quartier !) passent, et depuis l’une d’entre elles on nous apostrophe : « Ne l’écoutez pas ! Il ment ! ». Une juive américaine, Hanath, connue pour chercher la confrontation, s’approche aussi, vite écartée par les soldats.

Ceux-ci connaissent Mutasem, qui est porteur d’un permis de circuler ; il a cependant déjà été arrêté et battu par l’armée, ce qui ne semble pas avoir découragé son choix de la non-violence …


RÉFÉRENCES

[1] Ma’hsom Watch : <www.machsomwatch.org>

[2] Road to Recovery : <www.roadtorecovery.org.il>

[3] Hebron CDE : <https://www.facebook.com/HebronCDE/>


L’AUTEUR

Yaël RAINE, médecin du travail, a vécu au kibboutz Baram dans les années 70 ; membre de LPM et JCall ; photographe, elle a signé de nombreux clichés pour les deux organisations – durant leurs réunions  ou en juin 2017 lors du voyage en Israël-Palestine.

Un tsunami de visites, rencontres et défis intellectuels, d’où Guy Haarscher est ressorti plus persuadé que jamais de la nécessité d’une solution à 2 États.


par Guy HAARSCHER

Édition, Tal Aronzon pour LPM

Mardi 4 juillet 2017, dans Regards n°865.

Légende – Visite à Rawabi, la nouvelle ville palestinienne au nord de Ramallah. © Regards [DR].


VOYAGE DANS LES 2 ÉTATS À VENIR

Un voyage intense

Durant les dix premiers jours de juin, JCall nous a menés à Sdéroth (en face de Gaza), qui a reçu de nombreux tirs de missiles, et où nous avons rencontré des spécialistes du traumatisme qu’engendre une telle situation frontalière. Puis, nous sommes allés dans le Néguev à la rencontre des Bédouins, dont l’intégration à la société moderne pose d’immenses problèmes. Après cela, nous avons voyagé au sud et à l’est de Jérusalem, puis en Cisjordanie, jusqu’au comble du comble : la toute petite minorité de familles vivant à Hébron dans un centre déserté, vidé de Palestiniens, forteresse assiégée, à deux pas du Caveau des Patriarches où vont prier, mais séparément, juifs et musulmans (ces derniers par un tout petit chemin grillagé, les premiers par la grande entrée, spectaculaire).

Nous étions tous, au départ, en faveur de la solution à 2 États. Ce voyage nous a renforcés dans la conviction qu’il n’y a pas d’autre possibilité. Outre nos visites de terrain avec des guides expérimentés et engagés dans la défense de la paix, nous avons participé chaque soir à des débats avec des conférenciers, dont notamment Élie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, et Michel Maayan Eine, général retraité du Mossad, membre des Commandants pour la sécurité d’Israël. Nous avons aussi rencontré à Ramallah des représentants de l’Autorité palestinienne, ainsi qu’à la Knesseth des députés de différentes tendances.

Le statu quo, inacceptable

De ce tsunami de visites, de rencontres et de défis intellectuels, je suis ressorti plus persuadé que jamais de la nécessité d’une solution à 2 États. Voici pourquoi.

Le statu quo est, nous le savons, tout à fait inacceptable, contradictoire avec la perspective d’un État juif et démocratique, seul “idéal sioniste” que peuvent raisonnablement défendre des Juifs laïques, mais aussi religieux (l’une de nos guides, religieuse orthodoxe de gauche, nous en a convaincus). Aujourd’hui, l’État d’Israël gouverne ses citoyens de façon démocratique, ce qui constitue un véritable exploit dans le contexte du Moyen-Orient et pour un pays souvent en guerre, dont l’existence même est parfois dénoncée. Mais, en même temps, une grande partie de la population sur le territoire occupé actuellement par Israël n’est pas gouvernée démocratiquement : elle est sous administration militaire.

Le statu quo impliquerait la continuation indéfinie de la situation : un État juif, mais non démocratique, pour une partie substantielle de sa population. Si les Arabes venaient à devenir majoritaires, ce que – avec toutes les précautions requises – semblent annoncer les projections démographiques, soit les Juifs deviendraient minoritaires au sein de cet État et, dans le contexte mental et géopolitique que nous connaissons et connaîtrions encore durant de longues années, se verraient à nouveau menacés dans leur existence même ; soit ils établiraient un véritable régime d’apartheid, avec des citoyens et des sous-citoyens.

Cette alternative dans le statu quo nous paraissait inévitable avant le voyage. Ce dernier nous a confirmés dans notre conviction, d’autant plus qu’un tel mixte de démocratie libérale et d’administration militaire ne peut créer (même si un certain nombre d’habitants de Tel-Aviv semblent – et on les comprend – vouloir le croire) des compartiments étanches. Les citoyens israéliens qui font leur service militaire dans les Territoires ne sauraient qu’être affectés par ce qu’ils sont obligés de faire quotidiennement : régner par la force sur une population hostile et dominée.

Baisser le niveau d’exigence

J’entends bien les contre-arguments : les Palestiniens glorifient leurs terroristes, et l’AP subventionne même les familles de ces ”martyrs” ; l’enseignement, les livres de classe et la culture générale baignent dans l’antisémitisme et la diabolisation des Juifs, le ‘Hamas ôte à l’AP, l’interlocuteur désigné, une partie de sa représentativité, etc. Tout cela est certes largement vrai, et nous serions heureux si l’AP faisait des progrès vers la libération de la conscience autocritique de ses citoyens. Mais si l’on considère toutes ces objections comme des préalables, jamais la solution de compromis ne verra le jour.

Le philosophe Thomas Hobbes proposait une philosophie politique, non à l’intention de héros idéalisés, mais à celle de l’homme ordinaire : en baissant le niveau d’exigence, peut-être pourrait-il élaborer une politique à hauteur d’homme et qui vaille pour tous, bien qu’elle soit moins grandiose que l’État idéal de Platon. Il faut à mon avis envisager de la même manière la solution à 2 États.

Aujourd’hui, des intellectuels de bonne volonté proposent une solution différente (à mon avis trop ”idéale”) :  « 2 États, 1 Patrie ». Pour eux, les implantations en Cisjordanie et les nouveaux quartiers juifs à Jérusalem-Est (neufs et pimpants) sont trop entremêlés avec les villages palestiniens (délaissés et souvent privés d’eau et d’électricité) pour permettre une séparation claire et nette. Au lieu d’un divorce, ils proposent une sorte de mariage. Il y aurait 2 États, les frontières entre eux étant celles de l’armistice de 1949 (la Ligne verte). Tous deux formeraient une sorte de confédération. Dans la version la plus simple (et la plus radicale) du projet, chacun jouirait de la liberté de s’établir où il le veut dans les deux États, mais n’acquérait pas pour autant la citoyenneté du cru, ce qui permettrait de préserver la majorité juive dans l’État d’Israël. Dans cette perspective, les colonies resteraient en place, du moins pour ceux qui le désirent. Et, encore une fois selon le schéma le plus simple, les réfugiés palestiniens, même ceux de 1948, pourraient revenir s’établir en Israël (sans droit de citoyenneté), en tenant compte de certaines restrictions que tout État souverain a le droit d’établir en la matière. Jérusalem serait cogérée par les deux membres de la confédération.

L’Union européenne au Proche-Orient, trop tôt

Au fond, il s’agit là d’une sorte de transposition de l’UE au Proche-Orient. Mais chacun sait que les conditions, et en particulier l’infrastructure mentale, ne sont pas réunies. Si les colons qui, pour la plupart, sont loin d’être des ”libéraux” (c’est un euphémisme), étaient menacés, si leurs titres de propriété étaient contestés (ce qui ne manquera pas d’arriver), si des foules excitées se préparaient à accomplir un pogrom, comme cela s’est passé durant l’époque du Mandat britannique, les autorités palestiniennes réagiraient-elles mieux que les Anglais et protégeraient-elles ces individus dont beaucoup sont (ne nous voilons pas la face) des illuminés racistes ? Il le faudrait évidemment, mais ce n’est pas garanti, et pour tout dire guère probable : alors l’armée israélienne, de l’autre côté de la Ligne verte, ne resterait pas longtemps l’arme au pied. Et ce serait à nouveau le désordre et la violence.

Le défaut d’une telle théorie consiste en ceci qu’elle demande trop à l’État palestinien qui va naître : à savoir qu’il soit d’entrée de jeu fonctionnel et impartial – un État de droit en pleine possession de ses prérogatives et de ses devoirs. Or, nous savons très bien que lorsqu’une majorité et une minorité ont une histoire de vive hostilité mutuelle et de préjugés négatifs enracinés, la minorité ne se sentira jamais en sécurité si son destin dépend du bon vouloir de la majorité (en l’occurrence palestinienne).

Certes, l’idéal serait une solution à l’européenne, mais elle est pour après-demain, pour les générations futures, après des années de coopération et d’effacement progressif des haines. Dans l’immédiat, il faut seulement que l’État palestinien soit démilitarisé, n’entretienne pas le terrorisme sur son territoire, ait intérêt à des relations pacifiques avec son voisin, l’ancien dominant (ce qui ne va pas de soi, on le comprend), et que petit à petit des relations de coopération se nouent. Il faut, comme c’était prévu lors de l’initiative de Genève (1993), échanger des territoires de façon à ce qu’à peu près 80% des colons restent en Israël, et évacuer ceux qui empêchent la viabilité et la continuité territoriale du futur État palestinien.

Un divorce de raison

Shaul Ariéli a présenté de façon remarquable les détails de cette solution dans son exposé à la conférence organisée par JCall le 19 juin 2017 au Parlement européen ; lui aussi courageusement engagé dans la pédagogie des deux États, Ami Ayalon, ancien directeur du Shin Beth, y intervint dans le même sens. Tous deux appelèrent les Juifs européens à se mobiliser résolument en faveur de cette solution. Les Palestiniens, pour leur part, doivent renoncer au « droit au retour ».

Souvent, le divorce constitue la seule solution raisonnable, jetant les bases, pour les générations futures, de relations apaisées. Si Emmanuel Macron nous a appris quelque chose, c’est que continuer à raisonner “in the box”, selon les schémas de la vieille politique (« il n’y a pas d’interlocuteur » versus « on ne peut pas faire confiance aux sionistes », etc.), ne mène strictement à rien. Et le statu quo n’est pas une option. Un peu d’espoir et de détermination, et le déblocage sera possible, sinon assuré.


L’AUTEUR

Philosophe et juriste, fervent laîque s’intéressant au marxisme façon Lukacs comme à l’évolution de nos sociétés, Guy HAARSCHER est professeur émérite de l’U. libre de Bruxelles. Enseignant maintenant au Collège d’Europe à Bruges, il s’érige contre les dérives passéistes : il a ainsi ouvert une formation en ligne (Mooc) d’étude de la pensée critique, et publié Les démocraties survivront-elles au terrorisme ? [3e éd, augmentée, Cortex, Bruxelles, 2008, 150 p.]


À ‘Habla, entre Palestine et Israël, il trotte il trotte le petit âne …


© Yaël Raine [DR].