Sur la manifestation du 11 mai à Tel-Aviv... - 04.05.02

Thème : Camp de la paix israélien Arabes israéliens

 

Ce message comprend : 1/ un compte-rendu de la manifestation (source AFP) 2/ un petit mot "de l’intérieur" de Mary Schweitzer 3/ un autre petit mot de Wassim, citoyen arabe israélien, présent lui aussi place Rabin

Plus de 60.000 personnes à Tel-Aviv pour une manifestation en faveur de la paix

Jérusalem, 11.05.02 (par Chris Folley pour l’AFP)

Plus de 60.000 personnes se sont réunies place Rabin à Tel-Aviv, pour ce qui s’est avéré être la plus grande manifestation pour la paix depuis le déclenchement de l’intifada, il y a 19 mois, et pour exiger un retrait israélien des territoires palestiniens. C’est ce que la police israélienne a déclaré a l’AFP ce soir. "Nous estimons qu’il y a avait environ 60.000 personnes ce soir", dit Ouriel Bar-Lev, responsable de la police pour la région du Yarkon.

La place et les rues avoisinantes étaient noires de monde, les manifestants portant des banderoles avec des slogans comme "Fin de l’occupation des territoires", et "L’occupation nous tue tous". Il y avait des gens en chaises roulantes, des mères avec leur bébé en poussette, mélangés avec des personnes âgées et d’innombrables jeunes, dont beaucoup dansaient au son d’une musique populaire qu’on entendait partout sur la place. Un helicoptère tournoyait, pendant que l’orchestre de rock d’Aviv Gefen reprenait des chansons d’amour et de paix.

La Paix Maintenant, l’un des organisateurs de la manifestation, a dit que cette manifestation était la plus importante depuis le début de l’intifada, en octobre 2000. "C’est la première fois depuis l’intifada que nous voyons une telle manifestation de masse, avec des gens s’opposant clairement au gouvernement" a dit Arieh Arnon, porte-parole de La Paix Maintenant. "C’est quelque chose de radical. Cela signifie qu’un jour, nous devrons retourner aux frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale des deux Etats, ét evacuer les colonies", a dit Arnon.

"Nous ne nous attendions pas à quelque chose de si important", a dit Yossi Sarid, leader du parti Meretz et de l’opposition à la Knesset. "C’est un message très important au gouvernement d’Israël, au monde arabe et à la communauté internationale. Il y a un camp de la paix en Israël, et il fait entendre sa voix. A partir de ce soir, Sharon peut être certain qu’il n’y a pas de consensus autour d’une opération militaire à Gaza", a-t-il ajouté. Gali Golan, de La Paix Maintenant, a parlé de 100.000 manifestants, mais ce nombre n’est pas confirmé par la police. S’adressant au public depuis la tribune, Sarid a dit qu’il devait y avoir "un mandat international sur les territoires (palestiniens)". "Si Israël attaque Gaza, ce sera sans nous".

Yossi Beilin, ancien ministre de la justice, et leader des colombes travaillistes, a accusé Sharon de conduire la nation vers une tragédie : "On nous dit que Sharon est un homme de paix, mais ce n’est pas vrai : il ne veut pas s’asseoir a une table des négociations, parce qu’il n’a rien à dire", a-t-il dit. "Sharon nous mène à la catastrophe". "L’événement le plus important, et qui a tué le processus de paix, s’est produit ici, il y a sept ans, quand Yitzhak Rabin a été assassiné", a dit Beilin, la voix brisée par l’émotion. "Je promets à Yitzhak Rabin que nous finirons le travail".

En tout, sept orateurs se sont exprimés, dont l’écrivain israélien Amos Oz et Sharqi Ghati, représentant les Arabes israéliens. A un moment de la manifestation, 12 députés et 8 anciens ministres sont montés sur la tribune et ont entonné l’hymne national israélien, Hatikva (l’espoir, en hebreu). L’émotion est montée d’un cran quand Yaffa Yarkoni a interprété, avec la foule, une série de chansons populaires de l’époque de 1948, l’année de l’indépendance d’Israël.

La manifestation était organisée par La Paix Maintenant et par la Coalition pour la Paix, sur le thème : "sortir des territoires pour le salut d’Israel". La place est Rabin est le lieu où le Premier ministre Yitzhak Rabin s’est fait assassiner par un extrémiste juif, le 4 novembre 1995. Plus de 1000 policiers étaient déployés, pour protéger les manifestants des extrémistes juifs ou des activistes palestiniens, a dit un officier de police. La chanteuse Yaffa Yarkoni avait reçu des menaces de mort après avoir annoncé qu’elle se produirait lors de cette manifestation. Idole d’Israël pour ses chansons de guerre, elle avait récemment provoqué un scandale en critiquant l’opération Rempart en Cisjordanie. Vers 22h00, les manifestants ont commencé à se disperser, au son d’"Imagine" de John Lennon.

Message de Mary Schweitzer aux Amis de Shalom Akhshav

Il est 1h15 du matin. Je suis dehors depuis 10h00 ce matin. Assez représentatif de ce qu’a été notre travail depuis un mois. Mais aujourd’hui, cela valait chaque seconde de travail. L’estimation de la police a parlé de "plus de 60.000 manifestants". Je note qu’en novembre dernier, elle avait parlé de 80.000 personnes, et que cette fois-ci, c’était bien différent. Sur la place, il n’y avait pas moyen de bouger. Je suis bien placée pour le savoir : toute la soirée, j’ai dû fendre la foule pour réapprovisionner les stands en T-shirts, pins, chapeaux etc. De plus, la foule se déversait sur les deux allées de l’avenue Ibn Gvirol, le long de la place. Personnellement, j’ai trouvé particulièrement émouvant le fait de voir tant de bébés, d’enfants, de soldats, de refuzniks, d’étudiants, de jeunes parents, de plus vieux parents, de gens de tous âges en fait... Beaucoup d’Arabes, et beaucoup de Juifs, évidemment. Tous, nous avions un message : sortons des territoires, mettons fin a l’occupation, ramenons les colons à la maison. Israël veut la paix avec ses voisins : le peuple de Palestine. Nous appelons clairement à un Etat palestinien, et à l’arrêt de toutes les violences. Toute la gauche était réunie, et tous, avec Tsally Reshef (de La Paix Maintenant), nous avons demandé à Sharon de s’en aller. Je suis fatiguée, je n’ai pas grand chose d’original à dire, mais c’était merveilleux de se retrouver avec tant de gens qui veulent clairement cette paix que nous chérissons tous. Peut-être, ce soir, était-ce le souffle du printemps, peut-être, cette fois, le changement est-il vraiment en route.
Merci à vous tous pour votre soutien, pour le travail que vous faites, et par-dessus tout, pour votre espérance.
Mary

Message de Wassim

J’étais présent à la manifestation de Tel-Aviv, samedi. C’etait très impressionnant. Je m’y suis senti bien, et en sécurité, et hier, j’ai senti que j’appartenais à quelque chose. J’ai rarement ressenti cela en Israël. Quand je me promène à Afoula, je ne me sens pas en sécurité. Pas a cause des attentats suicides, mais parce que je sais que la plupart des gens haïssent les Arabes, et qu’a l’intérieur, cela me fait mal. Mais hier à Tel-Aviv, je me suis senti si bien ! Je n’etais plus un Arabe au milieu de Juifs, nous étions tous des êtres humains, vivant dans le meme pays, et je me suis senti solidaire de ce qui s’y passait. Quand j’ai regardé le drapeau israélien, je ne me suis pas senti étranger à lui, comme c’est le cas d’habitude. Non, je me suis senti à l’aise. C’est ce que je ressentais quand Rabin était Premier ministre. Je voudrais tant que ces jours reviennent. Mais je suppose que cela demandera beaucoup de travail. Je crois que lorsque les Arabes se sentiront à l’aise avec les Juifs, et les Juifs avec les Arabes, comme je me suis senti moi-même samedi, la "coexistence" deviendra un mot froid et superficiel pour décrire la relation entre Juifs et Arabes en Israël. Le terme le plus adéquat, ce sera celui de "communauté de destins" (shoutfout goral).
Wassim