Savoir dire non aux Américains

Thème : Diplomatie Syrie, Golan États-Unis

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 22 octobre 2006
par Uri Savir

Contrairement au souhait des Américains, Israël doit négocier avec Abbas et Assad. Il est clair qu’aujourd’hui, les intérêts israéliens et américains ne convergent pas forcément, vu la position de l’administration Bush

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Yediot Aharonot, 21 octobre 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Les anciens gouvernements israéliens ont toujours fait savoir qu’ils ne plieraient pas devant les pressions américaines concernant le processus de paix au Moyen-Orient. L’hypothèse était alors que les administrations américaines feraient pression sur Israël pour qu’il fasse des concessions majeures en vue de parvenir à la paix.

Mais aujourd’hui, l’Amérique exerce un autre type de pression, destinée à empêcher Israël de faire les concessions qui permettraient de faire avancer la paix. Nous ne devons pas non plus nous soumettre à ce type de pression.

Concernant les Palestiniens, Washington insiste pour que soit appliquée pleinement la Feuille de route du Quartet. Mais quiconque est muni d’yeux se rend compte que la première phase de la Feuille de route est inapplicable dans une atmosphère d’équilibre des forces entre le Fatah et le Hamas. Mahmoud Abbas et ses hommes ne peuvent pas démanteler l’infrastructure terroriste du Hamas.

Si Israël recherche réellement un processus de paix, il doit se contenter d’un cessez-le-feu total et de la cessation des actions terroristes palestiniennes. Quand Ehoud Olmerf et Mahmoud Abbas se rencontreront, outre un échange de prisonniers et la libération du soldat Gilad Shalit, il leur suffira d’annoncer la reprise des négociations diplomatiques, sur la base des accords déjà signés. De toute façon, ces accords incluent la cessation du terrorisme, la reconnaissance d’Israël et la résolution des désaccords par la négociation et non par la violence.

Concernant la Syrie, le président Bush et la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice s’opposent fortement à des négociations entre Israël et la Syrie. Mais notre propre intérêt stratégique est de démanteler le terrorisme en Iran, en Syrie, de lutter contre le Hezbollah et le Hamas. Or, cela peut être fait par le moyen de négociations diplomatiques avec les Syriens, ce qu’a proposé à plusieurs reprises le président syrien Assad.

Il est clair que, dans le cadre de toute préparation à des négociations, il nous incomberait d’exiger de la Syrie qu’elle mette fin à son soutien au Hezbollah et au Hamas. Il y va de l’intérêt vital d’Israël. Nous devons soigner les plaies suppurantes des Palestiniens et parvenir à un accord pour que deux Etats puissent vivre côte à côte dans la paix et la sécurité.

De plus, nous ferions bien d’entamer des négociations avec les Syrie. Cela créerait un levier pour parvenir à un accord global au Moyen-Orient, ce qui garantirait la sécurité d’Israël.

Il apparaît que la politique de l’administration Bush a pour objectif d’apporter au monde la démocratie et de le débarrasser du terrorisme, pour qu’ainsi, les pays du monde fassent partie d’un axe pro-occidental. A ces fins, elle exerce des pressions sur différents pays et tente de saper leur légitimité.

Mais les intérêts d’Israël sont différents, en particulier après la deuxième guerre du Liban, quand des accords diplomatiques sont devenus potentiellement le bouclier défensif d’Israël. Une fois encore, nous ne devons pas nous soumettre aux pressions américaines. Dans la situation d’aujourd’hui, nous devons montrer davantage de souplesse que celle que voudraient voir nos grands amis américains.