Rencontre avec Nitzan Horowitz

par Mathilde Casa

Photo Mathilde Casa : Lors de la réunion du 6 mai 2014, David Chemla, Nitzan Horowitz et Ilan Rozenkier à la tribune (de gauche à droite)

Compte-rendu de la rencontre du mardi 6 mai 2014 avec Nitzan Horowitz, député du Meretz, faisant suite à l’assemblée générale 2014 de La Paix Maintenant.

La Paix Maintenant, en collaboration avec JCall France, a reçu le mardi 6 mai, au cercle Bernard Lazare, Nitzan Horowitz, député israélien du Meretz – parti social-démocrate, vert et laïc, à l’extrême-gauche des partis sionistes sur l’échiquier politique israélien – et candidat battu très honorablement lors de récentes élections à la mairie de Tel-Aviv. Nitzan Horowitz a auparavant été le correspondant du journal Ha’Aretz à Paris ainsi qu’à Washington.

N.H. a commencé par présenter le Meretz, parti d’opposition qui lutte sur trois volets principaux. Le premier volet est celui de la justice sociale et notamment les questions de logement, de santé publique et de droit des minorité ; Le second volet est celui de la paix, question intimement liée à la sauvegarde d’un État démocratique en Israël ; Enfin, troisième volet, la lutte pour la laïcité, contre la coercition religieuse. En particulier, N.H. souhaite l’instauration du mariage civil, puis du mariage homosexuel, et une réforme du système rabbinique.

Selon lui, tant que le gouvernement actuel sera au pouvoir, il sera absolument impossible d’avancer sur ces trois volets et notamment sur le processus de paix, ce qu’en revanche un gouvernement alliant le Meretz, les travaillistes, le parti arabe et le centre pourrait entreprendre.

Sur la question cruciale de la paix, N.H. a rappelé l’échec des négociations menées depuis 9 mois avec l’Autorité palestinienne, aujourd’hui suspendues. Selon lui, les négociations pour la paix n’ont pas seulement pour objet de redessiner les frontières actuelles, d’en finir avec l’occupation et enfin d’aboutir à la création d’un Ètat Palestinien. Il faut en outre une réconciliation historique avec les Palestiniens, un vrai compromis qui aille encore plus loin. Il n’y a aucune autre alternative à la paix et au vivre-ensemble, malgré le prix à payer de chaque côté. Les Juifs sont en Israël pour y rester, et il en va de même pour les Palestiniens. Il est donc nécessaire de reconnaître des droits de base au peuple palestinien et notamment sa souveraineté.

N.H. a rappelé la coopération étroite qui existe déjà avec l’Autorité palestinienne sur le terrain et ce, dans de nombreux domaines (santé, sécurité), ce que beaucoup ignorent. Israël est le pays le plus fort de la région, aussi bien économiquement que militairement et dispose d’un potentiel énorme. D’autres échanges seraient ainsi possibles dans tous les domaines avec les voisins arabes, si l’on aboutissait à des négociations sérieuses.

Néanmoins, pour N.H, le chemin parcouru depuis 30 ans est impressionnant. Les accords de paix conclus avec l’Égypte et la Jordanie tiennent toujours, malgré une série de crises. Israël s’est retiré du sud-Liban et de la bande de Gaza. Nous sommes aujourd’hui à la dernière étape, la plus difficile et la plus importante, celle de la réconciliation historique.

Souvent taxé de naïf, voire de pro-arabe, N.H. rappelle que l’aboutissement du processus de paix, malgré les risques pour la sécurité qu’il comporte, est avant tout dans l’intérêt d’Israël. Telle est sa conviction, démocratique et juive à la fois. Il faut reconnaître le droit des autres à pouvoir vivre de la même manière qu’on le revendique pour soi.

Différentes questions ont ensuite été posées à l’invité, dont celles-ci que nous avons retenues :

Vous avez rencontré Mahmoud Abbas avec une délégation parlementaire, que pouvez-vous nous en dire ?

N.H. : Nous avons rencontré Mahmoud Abbas avec plusieurs députés Meretz et travaillistes. Ce n’était pas la première fois, je l’ai rencontré à de nombreuses reprises.

Il a répété qu’il s’opposait à toute violence, même en cas d’échec des négociations et je le crois sincère car il l’a prouvé sur le terrain. L’Autorité palestinienne, sous son égide, coopère étroitement avec les services secrets israéliens ; il a ordonné le démantèlement de cellules islamistes et le niveau de violence est en baisse. Néanmoins, Abbas a affirmé que son contrôle sur les Palestiniens n’était pas illimité et que le désespoir des jeunes sans ressources et opportunités dans l’avenir ne cessait de croître et pouvait mener à la violence.

Contrairement aux allégations de la droite israélienne, Israël a un vrai partenaire en la personne d’Abbas. La droite au pouvoir, qui a le soutien de la presse, des milieux d’affaires et des colons, cherche constamment des prétextes pour s’éloigner de la paix alors que paradoxalement la majorité, aussi bien dans l’opinion publique qu’au parlement, est favorable au processus de paix. Il faut pour qu’il y ait un vrai résultat que la volonté et l’impulsion politique s’ajoutent au fait politique.

Que pensez-vous du projet d’inscription dans la loi du caractère juif de l’État ?

N.H : C’est une question assez inutile, un faux débat inventé par Netanyahu pour bloquer les négociations et s’opposer aussi bien à Mahmoud Abbas qu’à la gauche. Israël est déjà un État juif peuplé par une majorité de Juifs, on y parle l’hébreu, etc. Mais c’est aussi un État démocratique où vivent des minorités non juives : pourquoi les heurter inutilement ?

Les Àrabes israéliens respectent l’hymne national qui est un symbole juif, tout comme le drapeau. Ils acceptent pour la plupart le fait qu’Israël soit un État juif. Or, une telle définition d’Israël comme État juif ira finalement à l’encontre de tous les efforts des minorités arabes pour s’intégrer et se sentir chez elles. Le Meretz est opposé à ce projet, tout comme les Travaillistes.

Pensez-vous qu’il faille évacuer les Territoires avant même d’aboutir à un accord ?

N.H. : Non, il faut un accord avant de quitter les Territoires, sinon cela recréera l’impasse de Gaza, qu’Israël a quitté rapidement, sans négociations, laissant la place au Hamas. Nous avons un vrai partenaire palestinien avec un gouvernement sur place, il faudra donc quitter les colonies dans le cadre d’un accord avec les Palestiniens.

Renoncer aux implantations est la condition clef pour arriver à un accord. Par ailleurs, elles coûtent très cher et Israël ferait mieux d’investir dans le niveau de vie des citoyens .

La paix, outre sa dimension territoriale, est-elle envisageable pour un État à la fois juif et démocratique ? Il y a-t-il dialogue possible au niveau inter-religieux ?

N.H. : Pour parler du problème palestinien, il faut rencontrer des Palestiniens, renforcer le contact. Pas seulement des hommes politiques, mais aussi des artistes, des journalistes ou des hommes d’affaires. Pour montrer que, de l’autre côté, il n’y a pas un démon.

Nous sommes très proches et c’est même perturbant, avec de fortes influences mutuelles sur le plan des médias, d’internet, de la langue, ou même de la gastronomie.

La moitié de la population israélienne vient de pays arabes où elle a cohabité avec des populations arabes pendant des années, mieux qu’en Europe souvent.

Il faut désormais un compromis et un partage pour aboutir à une solution. Il y a une vraie richesse, tant économique que culturelle, que l’on peut tirer de la paix.

En ce qui concerne les Arabes israéliens, une véritable intégration est possible. À l’université de Haifa, il y a une majorité d’étudiants arabes et dans les hôpitaux, près de la moitié d’infirmières arabes.

Certes, il y peu de mariages mixtes mais socialement, chez les Arabes israéliens, on constate une progression de la formation universitaire, du niveau de vie, etc. même si les différences religieuses ou linguistiques demeurent.

Le milieu des affaires, aujourd’hui beaucoup moins lié à l’industrie militaire, ne pourrait-il être un vrai acteur du processus de paix ?

N.H : Il y a eu une initiatives des hommes d’affaires pour la paix. Il est vrai aussi que les grandes entreprises pourraient être ennuyées par la position d’Israël et l’éventualité de boycotts à l’étranger, auxquels je m’oppose. En revanche, le boycott des produits des Territoires est compréhensible, mais oreste symbolique.

Pensez-vous qu’il y a une responsabilité américaine dans l’échec du processus de paix ? Les États-Unis ne devraient-ils pas donner plus de cadres à Netanyahu ? Que veut-il vraiment ?

N.H : John Kerry est venu 11 fois dans la région, mais il y a d’autres problèmes à l’ordre du jour comme l’Ukraine. Obama a dit lui même que l’on peut mener un cheval à l’eau mais l’on ne peut le forcer à boire. Les pressions internationales ne peuvent pas tout faire, c’est aux Israéliens et aux Palestiniens de retrousser leurs manches.

Difficile de savoir ce que veut vraiment Netanyahu, mais il doit comprendre qu’il faut arriver à un accord. Depuis plusieurs mois, il parle de « gérer le conflit », ce qui ne signifie pas le résoudre. Son argument est la sécurité, or la paix apporterait la sécurité.

Aujourd’hui, le Hamas est une organisation islamiste et intégriste qui ne reconnaît pas le droit à Israël d’exister. Mais si le Hamas arrive à coopérer avec Israël en se ralliant vraiment aux positions de l’Autorité palestinienne, un progrès est possible. Il s’agit surtout du million et demi de personnes qui vivent à Gaza, où la pauvreté est totale et il n’y a même pas d’eau potable.

La partie forte, Israël, a la capacité de mener à la paix en surmontant ses blocages. Une fois parvenus à la paix, il faudra continuer à coopérer et à multiplier les échanges dans tous les domaines avec les Palestiniens, transports, communication, énergie, eau... Il y a de nombreuses opportunités réciproques. Pour donner un exemple : Israël, par la technologie du dessalement des eaux de mer, est parvenu à une véritable autonomie sur la question de l’eau, ce qui est unique dans la région. Israël peut permettre aux Jordaniens et aux Palestiniens d’y parvenir également.