Quelques sondages pour mesurer l’état des opinions israélienne et palestinienne

Thème : Sondages

Ha’aretzJaffee Center for Strategic StudiesPalestinian Center for Public Opinion
mis en ligne le 25 décembre 2009

Régulièrement la presse nous abreuve de sondages visant à mesurer l’évolution des opinions publiques israélienne et palestinienne. Nous vous proposons quelques résultats tirés de différents sondages réalisés récemment desquels nous pouvons tirer quelques conclusions :

1. La majorité des deux populations soutient une reprise des négociations.

2. En Israël, une solution de type Genève fait son chemin dans l’opinion, même au sein du Likoud. Mais pour l’appliquer, la population fait confiance aujourd’hui massivement au tandem Bibi et Barak le « Monsieur sécurité ». Netanyahu recueille un fort soutien dans l’opinion israélienne qui lui fait crédit d’avoir réussi à résister aux pressions américaines tout en ayant décidé du gel de la colonisation, bien que beaucoup doutent de la capacité du gouvernement à mettre en œuvre cette mesure. Parallèlement on assiste à une droitisation de l’opinion publique dont une forte minorité envisage la possibilité de transférer les Palestiniens en dehors des territoires.

3. En Palestine, on assiste de plus en plus à une perte de confiance dans une solution politique qui se traduit par une forte augmentation des Palestiniens souhaitant émigrer à l’étranger.

4. Ces données reflètent surtout un désarroi des deux populations qui ne voient pas de solution politique dans le proche avenir.

En tout cas, ce ne sont pas seulement les marchands d’armes qui vivent du conflit, les sondeurs aussi !

Résultats des sondages

3/4 des Israéliens sont en faveur de négociations avec les Palestiniens...

Selon un sondage [1] réalisé entre les 11 et 13 novembre 2009 sur 503 personnes représentatives de la population adulte israélienne (marge d’erreur de 4,5%), les 3/4 des Israéliens soutiennent la tenue de négociations avec les Palestiniens. C’est le score le plus élevé enregistré ces dernières années. Paradoxalement, en apparence, les personnes interrogées sont cependant dubitatives quant à l’impact du gel des implantations décrété par le gouvernement sur une percée des négociations. 47% seulement considèrent que ce gel est important alors que 50% ne le pensent pas. Selon un autre sondage [2], 48 % soutient la décision de geler la colonisation et 42 % s’y oppose.

.... et la majorité est en faveur de l’initiative de Genève.

L’Index « War and Peace », dont nous venons de rendre compte, est en conformité avec les résultats obtenus fin septembre/début octobre au cours du sondage [3] réalisé par l’Initiative de Genève, selon lequel 56% des Israéliens soutiennent l’accord de Genève dans sa totalité (48% en janvier 2009). Si 94% des électeurs du Meretz et 77% des électeurs du Parti travailliste sont, sans surprise, favorables aux accords, le soutien des électeurs de « droite » est loin d’être négligeable : 19% des électeurs du Shass, 53% des électeurs d’ « Israel Beitenou » d’Avigdor Lieberman, 45% des électeurs du Likoud et 77% de ceux de Kadima. Une minorité conséquente (29% contre 23% en janvier 2009) est disposée à un retrait quasi intégral aux « frontières » de 1967 (à l’exception des blocs d’implantations qui seront échangés contre des territoires israéliens non peuplés). 48% considèrent que les quartiers juifs de Jérusalem Est doivent relever de la souveraineté israélienne et les quartiers arabes, de la souveraineté palestinienne. En janvier 2008, ce pourcentage était de 38%. Ce sondage traduit le soutien de la majorité de la population à des négociations avec les Palestiniens en vue d’un accord permanent (26% sont contre de telles négociations). Un pourcentage quasi identique (63%) considère que Netanyahu est capable de parvenir à un tel accord et qu’il n’est pas préférable d’attendre l’arrivée au pouvoir d’un autre leader. A la question « Pensez-vous que Netanyahu serait prêt à consentir aux concessions nécessaires pour parvenir à un accord avec les Palestiniens », 46% répondent positivement contre 35% (19% ne savent pas). Un israélien sur 4 seulement considère que la perpétuation de la situation actuelle, sans progrès politique en direction des palestiniens, est «  bonne » pour Israël. 63% par contre sont d’avis que c’est « mauvais » pour Israël.

Le pourcentage des Juifs israéliens en faveur d’un transfert de Palestiniens et d’Arabes israéliens est en augmentation

Selon un autre sondage [4], 46% des citoyens juifs d’Israël se sont prononcés pour le transfert des Palestiniens en dehors des Territoires, alors que 31% se prononcent en faveur d’un transfert d’Arabes israéliens hors du pays. En 1991, 38% de la population juive d’Israël était pour le transfert des Palestiniens en dehors des territoires, alors que 24% étaient pour le transfert d’Arabes israéliens. Autre donnée de ce sondage : Pour 61% de la population juive, les Arabes israéliens constituent une menace pour la sécurité d’Israël. Et près de 80% des personnes interrogées sont opposées à l’implication des Arabes israéliens dans la prise de décisions importantes telles que la délimitation des frontières du pays (jusqu’à 75% l’an dernier et 67% en 2000).

L’administration Obama est perçue par les Israéliens comme hostile à Israël et par les Palestiniens comme étant pro-israélienne.

Selon le sondage de l’institut Truman, seulement 13 % des Israéliens pensent qu’Obama n’est pas hostile à Israël alors que pour 69 % des Palestiniens son administration est pro-israélienne. D’après le sondage du War and Peace Index cité précédemment, 2/3 des Israéliens seraient opposés à des pressions américaines. Parmi ceux qui sont favorables aux négociations, la majorité (57%) considère que le gel des implantations est important mais ils sont aussi nombreux (57,5%) à être hostiles à des pressions US, 38% - seulement - y sont favorables. Parmi ceux qui sont opposés à des négociations, la quasi-totalité (93%) pense que le gel est dénué de toute importance et bien sûr, 91% sont opposés à toute pression américaine s’agissant des négociations israélo-palestiniennes. Paradoxalement 59% sont pour une plus grande implication américaine alors que 31% s’y opposent. Ces données ne sont pas forcément contradictoires avec celles mentionnées précédemment au sujet des Etats-Unis. En effet, il était alors question de « pressions » tandis que dans le sondage actuel on parle « d’implication ». Cette formulation est moins contraignante et, en ce sens, elle est susceptible de recueillir un plus large assentiment.

61,5% des Palestiniens sont pour la relance des négociations israélo-palestiniennes.

Selon un sondage [5] réalisé fin octobre, 59% des Palestiniens pensaient que le Fatah emporterait la victoire aux prochaines élections... qui ne seront plus si prochaines que cela. Entre Abu Mazen et Ismail Haniyeh, le premier l’emporterait : 52% contre 14, 5% pour Hanyeh. A noter que près de 30% des Palestiniens déclaraient qu’ils ne participeraient pas à ces élections. 60 % des Palestiniens soutiennent le document du Premier Ministre Salem Fayad de déclaration d’indépendance. S’agissant de la reprise des négociations, 31,8% des Palestiniens s’y opposent, 61,5% leur étaient favorables et 4,7% ne se prononcent pas. Une forte majorité également (59,7%) soutient le déploiement de forces militaires provenant des pays arabes dans la bande de Gaza (34,4% sont contre). Un résultat illustre, nous semble-t-il, un désespoir ou un désarroi plus ou moins latents : 38,8% déclarent que s’ils en avaient le choix, ils émigreraient en Occident. Certes, la majorité (55,3%) resterait au pays et 6,3% disent ne pas savoir ce qu’ils feraient.