Les leçons d’une démission
Thème : Politique et société palestiniennes
Ha’aretz , mis en ligne le 9 septembre 2003par
Après la démission de Mahmoud Abbas
article en anglais sur le site d’Haaretz
Sous reserve de developpements surprises, la demission du Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas semble annoncer l’effondrement d’un effort politique effectue depuis six mois pour canaliser le conflit israelo-palestinien vers la table des negociations. Ce fut un effort complexe, de la part de toute la communaute internationale (l’ONU, les Etats-Unis, l’Union europeenne, la Russie et le monde arabe modere emmene par l’Egypte), et un processus fonde sur deux principes : l’adoption de la feuille de route, et le remplacement de la direction active de l’Autorite palestinienne.
Israel, comme tous les autres acteurs de ce processus, se doit d’examiner son propre comportement, dans l’enchainement des faits qui a conduit a l’echec. En apparence, Israel comme les Palestiniens disposaient d’un cadre pour calmer le conflit arme, un cadre raisonnable a la fois en termes d’objectifs et de contenu de l’accord qu’il proposait, et du mecanisme de gestion du processus et de son calendrier. Le resultat decevant implique que certaines lecons doivent en etre tirees.
A premiere vue, les raisons de cet echec sont tout a fait evidentes. Du point de vue israelien, Yasser Arafat a prouve une fois de plus qu’il etait un incorrigible poseur de mines destinees a torpiller tout dialogue avec Israel. Abbas n’avait pas la dimension requise pour affronter Arafat. Les Americains n’ont pas exerce sur la direction palestinienne la pression necessaire, au moment ou il l’aurait fallu, pour qu’elle assume les responsabilites definies dans la feuille de route. Les organisations terroristes n’ont jamais renonce a leurs preparatifs d’attentats terroristes. La consequence de ces intrigues et de ces echecs a ete que les Palestiniens n’ont pas soumis toutes leurs forces armees au gouvernement Abbas, et cette contradiction, entre les engagements pris a Akaba et les accords avec le Hamas et le Jihad islamique, a eclate avec la hudna.
Du point de vue palestinien, l’echec a trouve sa source dans la perpetuation de la politique israelienne d’assassinats et d’arrestations d’hommes recherches, d’un manque insultant de generosite dans les gestes susceptibles d’inspirer a la population palestinienne un soutien au dialogue politique, du fait qu’Israel n’a pas tenu ses engagements pris dans la feuille de route et n’a pas evacue ni demantele les avant-postes, et d’un manque de comprehension face aux difficultes que rencontrait Abbas pour asseoir son autorite.
Il n’y a aucune symetrie dans la culpabilite. Abbas a fait comprendre qu’il considerait Arafat comme l’element-cle qui a affaibli et contrecarre ses plans, Israel ne peut en retirer aucun reconfort. Apres trois ans de bain de sang, nous en sommes revenus au point de depart, a un nouveau cycle de violences qui produira deuils, souffrances et d’enormes dommages des deux cotes, sans les rapprocher le moins du monde d’une solution.
Meme si l’on tient compte du fait que la demission d’Abbas, en supposant qu’elle soit irrevocable, constitue une preuve que sa politique d’abandon du terrorisme n’est partagee que par une faible minorite de l’opinion et de la direction palestiniennes, la societe israelienne ne peut pas se drapper de son bon droit et dire qu’elle a tout fait pour calmer le conflit. Il est essentiel pour l’existence d’Israel de mettre fin au conflit qui l’oppose au peuple palestinien, afin d’assurer l’avenir de l’entreprise sioniste. Ce serait une grave erreur que de plonger a nouveau dans le conflit arme et d’abandonner tout espoir de chercher une issue au conflit.



