Les dents serrées

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 3 août 2007
par Amos Oz

Dans un paysage politique bouleversé par la tempête Winograd [1] et le séisme Hamas, tandis que les médecins du Quartette se précipitent au chevet des convalescents, l’écrivain Amos Oz propose pour remèdes l’action diplomatique prudente mais déterminée, et l’optimisme raisonné : Israéliens et Palestiniens, selon lui, "sont apparemment sur le point d’accepter un compromis, même si cela ne les enchante guère".

Yediot Aharonot, mardi 31 juillet 2007

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Traduction : Tal Aronzon pour La Paix Maintenant

La division entre Gaza, sous la férule du Hamas, et la Cisjordanie, sous celle des modérés, représente une occasion historique de parvenir à la paix entre Israël et le cabinet de Mahmoud Abbas. 

Les gouvernements Olmert et Abbas acceptent l’un et l’autre le principe de deux États pour deux peuples, la notion d’échange terre contre paix, et l’approche plaidant pour la fin de l’occupation israélienne.

De nombreux sujets de contestation demeurent, mais aucun qui creuse un gouffre entre les deux parties. Une négociation intensive devrait être à même de combler le fossé et de conduire à un projet d’accord.

Et que dire de Gaza tombée aux mains du Hamas, cette même Gaza influencée par l’Iran et qui s’inspire du Hezbollah ?

Il y a place pour l’espoir que, dans le cadre d’un accord global israélo-palestinien, une fois un État palestinien indépendant fondé en Cisjordanie et celle-ci soulagée du joug de l’occupation israélienne, un mouvement populaire naîtra à Gaza et se dressera contre la règle tyrannique et fanatiquement religieuse du Hamas. 

Les masses gazéennes ne pourront ignorer la victoire historique gagnée par les habitants de la rive occidentale du Jourdain et se lanceront dans la lutte pour se débarrasser du faix du Hamas pesant sur leurs épaules et se joindre à l’État palestinien.

Les cabinets Olmert et Abbas envoient actuellement tous deux des signaux d’échanges positifs. Israël a mené a bien une série de gestes de bonne volonté. La libération de prisonniers palestiniens, l’assentiment à l’équipement des forces de Abbas avec des armes modernes, et un accord pour suspendre la chasse à l’homme contre les personnalités recherchées et apporter une aide supplémentaire.

Les Palestiniens, de leur côté, font des efforts sincères pour réduire l’anarchie qui prévaut en Cisjordanie, récupérer les armes des tireurs et empêcher les attaques visant les Israéliens.   Le manifeste du cabinet palestinien a finalement abandonné la clause appelant à la lutte armée et, en lieu et place, la négociation d’un accord avec Israël est aux débats.

Olmert et Abbas sont-ils assez forts ?

Plutôt que réclamer le « droit au Retour », qui signifie la destruction d’Israël, les Palestiniens ont ajouté à leur manifeste une clause appelant à « une solution juste et négociée du problème des réfugiés ». 

L’important discours du Premier ministre Olmert à Charm el-Cheikh, dans lequel il a pour la première fois exprimé de la compréhension et même de la sympathie à l’égard des souffrances des réfugiés palestiniens, corrobore le fait qu’Israël aussi est intéressé à trouver une solution « juste et négociée » au problème palestinien.

Les gestes des Israéliens pourraient se révéler n’être au bout du compte que quelques miettes jetées aux pauvres s’ils n’étaient suivis de pourparlers consistants en quête d’une solution aux problèmes restants et visant à fonder un État palestinien en Cisjordanie.

Le pas suivant, par conséquent, doit être l’entrée immédiate d’Israël et du gouvernement Abbas dans des pourparlers portant sur les points au cœur du conflit : Jérusalem, les frontières définitives, l’avenir des colonies, les réfugiés de 1948, et les lieux saints.   Il existe d’ores et déjà des solutions potentielles à toutes ces questions dans la formule de Clinton, celle de Taba, celle de Genève.

Les gouvernements Olmert et Abbas sont-ils assez forts pour convaincre leurs peuples d’accepter un accord dans lequel chacune des deux parties devra faire des concessions douloureuses ?   Les dirigeants peuvent espérer de bonnes nouvelles. S’ils trouvent vraiment l’un comme l’autre le courage d’arriver à un projet d’accord et que celui-ci soit soumis à referendum en Israël et en Palestine, il apparaîtra aux yeux de tous que les deux peuples sont prêts à une solution de compromis.

Les Israéliens et les Palestiniens se réjouiront-ils de cet accord ? Danseront-ils dans les rues quand il sera finalement conclu ? Probablement pas. Cependant - et c’est là la bonne nouvelle qui émerge de la cruelle réalité - les deux peuples en connaissent déjà les grandes lignes. Et ils sont prêts à l’adopter par voie de référendum - fût-ce en serrant les dents.