Le raccourci qui n’a pas marché

Thème : Retrait de Gaza Politique intérieure israélienne

Ha’aretz
mis en ligne le 11 mai 2004
par Ze’ev Sternhell

Il faut contrer les opposants au retrait des territoires. Pour cela, il faut s’or-ga-ni-ser.

Haaretz, 7 mai 2004

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Trad/ : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Il est un peu étrange d’entendre dire qu’une petite minorité dicte la politique de la nation. Ceux qui voient les choses de cette manière ont une conception tres naïve de la democratie. Oui, des minorités bien organisées et déterminées ont un avantage sur leurs adversaires. Cet avantage est un fait avéré, il faut le dire, et il y a là-dedans une certaine forme de justice. La vie politique est une lutte pour le pouvoir, cela est incontournable : les gens qui ne supportent pas la chaleur doivent rester en dehors de la cuisine, et ne pas se plaindre qu’une minorité organisée, qui représente 3% de la population, leur coupe l’herbe sous le pied. Quiconque avait encore besoin d’une preuve, vient de l’avoir. Il n’y a pas de raccourcis en Histoire. Ce qui était vrai et essentiel avant 1949 est aujourd’hui un désastre pour lequel la société israélienne va payer cher pendant de longues années. L’entreprise de colonisation est aujourd’hui la seule force socio-politique organisée du pays. Le colon idéologique considère l’Histoire comme étant guidée par la divine providence, et montre un goût du sacrifice sans limite.

Quiconque désire affronter réellement les questions essentielles doit oublier l’episode du référendum de cette semaine et réfléchir è des solutions plus complexes que les stratagèmes concoctés par les petits génies du cabinet Sharon en coopération avec les sages architectes de la guerre en Irak. La droite doit comprendre que la décision prise par la majorité du Likoud n’est en rien un critère pour l’avenir ; et la gauche doit cesser de courber l’échine devant Sharon et d’espérer qu’il tirera les marrons du feu pour nous tous.

En termes pratiques, cela revient à dire que la société israélienne doit absolument recomposer son paysage politique. Dans ce contexte, il ne faut pas non plus négliger les points positifs : le sujet du référendum était très limité, tres artificiel, et ressemblait davantage à un stratagème de diversion qu’à un véritable combat. Il n’y avait à l’ordre du jour ni accord de cessez-le-feu, ni traité de paix, mais un retrait sous la pression. On ne demandait pas aux membres du Likoud de décider de l’avenir : les frontières de paix et la fin de la guerre de cent ans avec les Palestiniens. Ils ont compris que Sharon n’a aucune solution au problème de la résistance palestinienne à Gaza, aucune solution au terrorisme, et qu’il a besoin d’un gilet de sauvetage pour se retirer de Gaza sans que cela ait l’air d’une fuite. Et ils n’ont pas voulu se montrer généreux envers l’homme usé et meurtri qui dirige le gouvernement.

Il ne faut donc pas voir dans le vote des villes de développement (qui ont vote contre , ndt) un signe qu’elles soutiendront les colonies. La plupart des électeurs ont considéré que, si les colons de Goush Katif sont prêts à y vivre et à y payer le prix du sang, ils ne seraient pas les mieux placés pour leur dire de quitter leurs maisons. Pour alléger le fardeau de l’armée ? En ce qui les concerne, c’est la raison d’être de l’armée, et c’est pour cela qu’il y a un budget militaire.

Le membre du Likoud de base connaissait la vérité, et la vérité est qu’un retrait unilatéral n’est pas seulement admettre l’echec de la répression du mouvement national palestinien par la force, mais aussi un pretexte pour éviter d’affronter le problème essentiel, c’est-à-dire le futur des territoires en général. La question posée donc à la base du Likoud était : est-il bon de liquider Goush Katif dans le seul but de faciliter la tâche de l’armée dans son rôle de gardien de l’énorme camp de détention qu’est la bande de Gaza ?

Le résultat du référendum de dimanche ne dit rien sur la question de savoir si la population en général est prête ou non à se retirer de la plupart des territoires dans le cadre d’un accord global. Pour poursuivre cet objectif, il faut immédiatement mettre sur pied une large coalition qui avancerait une solution de cet ordre, qui soit également acceptable par les Palestiniens. Il n’y a pas d’autre voie que d’en revenir au point où les pourparlers de Camp David se son interrompus. Tout le reste, solutions partielles ou provisoires, retrait unilatéral, "enveloppe de Jérusalem", clôture, n’est rien d’autre qu’une liste de potions magiques.