Le danger de l’intérieur

Thème : Colonisation, yesha Retrait de Gaza Politique intérieure israélienne Israël : quel sionisme ? quelle identité ?

Ha’aretz
mis en ligne le 6 mai 2004
par La Paix Maintenant, éditorial de la rédaction

Il y a 2.000 ans, une minorité religieuse, fanatique et messianiste, avait déjà conduit le peuple d’Israël à la destruction du Second Temple. Aujourd’hui, le combat est pour le Troisième Temple.

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Haaretz, 5 mai 2004

Trad. : Gérard Eozenberg pour La Paix Maintenant

Les résultats du référendum au sein du Likoud sur le plan de désengagement ont provoqué des ondes de choc partout dans le pays. Une fois encore, il est clair que les colons dictent leur programme à l’Etat d’Israël. Tout en étant une petite minorité, ils sont extrêmement motivés, bien organisés, leur idéologie est ferme et leurs ressources financières énormes (provenant parfois directement de certains ministères), ils sont poussés par une passion messianique et sont prêts à tous les sacrifices, y compris celui de leur vie.

Rien ne leur résiste. Il n’y a aucun mouvement, parlementaire ou extra-parlementaire, capable de leur faire contrepoids. Shalom Akhshav (La Paix Maintenant), qui pouvait faire sortir dans la rue des centaines de milliers de manifestants en faveur du processus de paix, est fatigué et s’est évaporé. Et cela vaut pour la majorité du public, qui soutient le retrait de Gaza et un acord de paix avec les Palestiniens, même au prix de grandes concessions.

Depuis l’épisode de Sebastia en décembre 1975 [1], tous les gouvernements d’Israël ont rusé, begayé et menti dès qu’il s’est agi des colonies dans les territoires. Certains l’ont fait pour des raisons idéologiques, d’autres ont cédé à la pression, mais le fait est que, chaque année, le contribuable a envoyé d’enormes quantités d’argent pour agrandir les colonies, pour la construction d’appartements pour jeunes couples, pour des ponts, des routes et des routes de contournement. Lorsque la pression monte, le gouvernement promet (à nous, ou au gouvernement américain), de geler la colonisation, mais rien ne se passe jamais.

Les colonies de Gaza sont un sommet dans l’absurdité, une démonstration d’orgueil aux dimensions scandaleuses. Malgré les milliards qui y ont été investis, seuls 7.500 Juifs habitent une vingtaine de lieux isolés, et n’ont aucune chance de survivre sans une énorme présence militaire pour les protéger. Il s’agit d’une occupation brutale, qui donne à ces 7.500 personnes un tiers des terres et des ressources en eau, alors que 1.300.000 Arabes vivent sur les 2/3 restants, dans des conditions de surpeuplement et de pauvreté épouvantables. Cette occupation menace la sécurité de l’Etat. Toute personne sensée comprend que cette situation ne peut pas durer sans qu’il se produise une terrible explosion.

Ariel Sharon est parvenu à une juste conclusion et a présenté au public son plan de désengagement. Ce plan était loin d’être parfait, mais il aurait pu servir de déclencheur à un processus de réconciliation, un debut d’horizon politique, et aurait pu même servir la cause des colonies en Cisjordanie. Les colons ont très bien senti le danger, et se sont mobilisés comme un seul homme pour s’opposer au plan Sharon, et ils ont gagné. Ils sont aujourd’hui en état d’euphorie, avec le sentiment d’avoir regagné les coeurs de la nation juive.

Après les accords d’Oslo, les colons ont dit que s’ils avaient réussi à coloniser la terre, ils n’avaient pas réussi à gagner le coeur du peuple. Aujourd’hui, au vu des résultats du référendum, il semble qu’ils aient réussi à en gagner quelques-uns. Le fait est que les villes de développement du sud ont voté pour les colonies.

Il y a 2.000 ans, une minorité religieuse, fanatique et messianiste, avait déjà conduit le peuple d’Israël à la destruction du Second Temple. Aujourd’hui, le combat est pour le Troisième Temple.