Le crime des avant-postes illégaux

Thème : Colonisation, yesha

Ha’aretz
mis en ligne le 24 septembre 2002
par La Paix Maintenant, éditorial de la rédaction

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

La dernière vague d’attentats terroristes et le siège de la Muqata ont de nouveau relégué le problème des avant-postes illégaux dans les territoires au bas de l’ordre du jour, politique comme sécuritaire. Quelques semaines après que le ministre de la Défense, Benjamin Ben-Eliezer, eut annoncé son intention d’entamer une campagne de démantèlement des avant-postes, des députés de gauche et des militants de Shalom Akhshav témoignent de l’existence de nouveaux avant-postes créés illégalement en Cisjordanie.

Une visite (organisée hier par Shalom Akhshav au Mont Hebron a révélé la présence de deux nouvelles colonies dans la région. De plus, une colonie, dont le ministère de la Défense avait annoncé le demantèlement il y a trois mois, a bien été observée. Selon les observations des participants à la visite, et en contradiction avec les déclarations officielles, seuls cinq avant-postes illégaux ont, pour l’instant, été démantelés. On ne peut considérer les avant-postes et l’indifférence du gouvernement face à leur expansion autrement que comme un crime, en ce qu’il sabote les chances, déjà bien minces, de revenir au chemin du dialogue. Les avant-postes constituent pour les Palestiniens un signal : Israël n’a l’intention ni d’en finir avec l’occupation, ni d’arriver à un accord. Ils encouragent les extrémistes et affaiblissent les modérés parmi les Palestiniens.

Début septembre, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Haim Ramon, avait déclaré que le ministre de la Défense dissimulait à la commission des rapports concernant les avant-postes. L’un de ces rapports, issu de l’état-major et dont la presse a eu connaissance, nommait 185 avant-postes créés sans autorisation. Pour Ramon, le fait que la Défense s’abstienne de présenter ces données à la commission pouvait faire penser qu’il s’agissait en réalité d’une tentative d’empêcher le public de prendre la mesure de la réelle dimension du phénomène, et de cacher l’énorme fardeau que representent pour Tsahal les avant-postes illégaux.

Ben-Eliezer a depuis répété qu’il s’occupait activement du problème du démantèlement, et promis que le sujet serait soumis au gouvernement pour discussion. Mais il semble que, concernant les avant-postes illégaux, sujet qui paraissait être une raison pour les travaillistes de provoquer une crise gouvernementale, ses dirigeants sacrifient leurs principes au nom de leur participation au gouvernement.

Cette impuissance continuelle face à l’expansion des avant-postes illégaux contraste de facon frappante avec les importants investissements réalisés par le gouvernement dans la clôture de séparation, la défense des colonies et les routes qui y conduisent. En meme temps, cette extension met en danger la vie des soldats assignés à la défense de ces avant-postes construits sans autorisation. Et, bien entendu, cela renforce les soupçons sur les motivations et les objectifs réels du gouvernement.

Le Premier ministre et ses alliés de droite n’acceptent pas la conception selon laquelle les colonies constituent un obstacle sur le chemin de la paix et de la réconciliation. Ils ne cachent pas leur fidélité aux colons et continuent à les inonder de marques de sympathie et d’argent. Il n’est donc pas étonnant qu’ils acceptent l’expansion des avant-postes. Leur responsabilité pour ce crime est claire. Malheureusement, le leader du Parti travailliste refuse d’utiliser son autorité en tant que ministre de la Défense pour faire respecter la loi. Il se rend ainsi complice du crime.