La force, encore et toujours ?

Thème : Une autre politique est possible Après la victoire du Hamas

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 27 février 2006
par Ro’i Peled

"mettre les Palestiniens à la diète" : toujours les mêmes méthodes, qui plus est inefficaces. Et l’on tente de persuader les Israéliens que "la logique palestinienne est différente de la logique israélienne, différente, en fait, de la logique humaine"

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Yediot Aharonot, 20 février 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Depuis un mois, nos meilleurs cerveaux spécialistes de la sécurité débattent de ce que nous devons faire à propos du Hamas. Ils ont organisé des forums, se sont assis autour de tables, analysé les informations fournies par les services secrets, discuté de la situation, imaginé des scénarios, publié des informations et des statistiques, fait des prédictions.

A la suite de quoi, ils ont trouvé une solution révolutionnaire à la situation que constitue un gouvernement Hamas : assiéger la population et provoquer la chute du gouvernement. Cela ne vous rappelle pas quelque chose ?

Ce même groupe d’experts a déjà vaincu le Hamas. Ses communicants nous ont répété à l’envi que le Hamas était décapité et qu’il était au bord de l’effondrement. Or, nous voici avec ledit Hamas qui se retrouve, le sourire aux lèvres, à la tête de l’Autorité palestinienne.

Ce même groupe d’experts ès sécurité a, au début de la deuxième intifada, développé le concept du "levier économique", produit de l’ex chef d’état major Moshe Yaalon, qui était censé forcer Yasser Arafat à renoncer aux moyens terroristes, confronté qu’il serait aux grognements de la population civile qui souffrirait tous les jours.

Et on répète les mêmes erreurs

Les gouvernements israéliens ont toujours (sauf dans le cas quelque peu exceptionnel du gouvernement Rabin), avec la coopération énergique et très efficace de l’armée, tenté de persuader les Israéliens que la logique palestinienne est différente de la logique israélienne, différente, en fait, de la logique humaine.

Alors qu’en Israël, les attentats palestiniens, les incitations à la haine et les frappes de toutes sortes ont provoqué de la haine et fait monter notre désir de vengeance, le fait de rendre impossible la vie des Palestiniens était donc censé renforcer les modérés en leur sein.

Oubliez ce que votre instituteur vous a appris (cercle vicieux de la violence, la violence appelle la violence, etc.) : les bouclages à répétition, les incursions de l’armée, les arrestations et les check points vont amener les Palestiniens à la modération. Ils vont accepter joyeusement la supériorité d’Israël, ils vont marcher à quatre pattes en chantant la Hatikva (hymne national israélien, ndt).

Envisager les alternatives

Un petit noyau aux idées différentes, dont Giora Eiland, conseiller à la sécurité nationale, propose d’attendre un peu et de réfléchir à la réaction israélienne avant de réagir. Mais ces idées ont été avalées par un establishment sécuritaire qui a tendance à faire la seule chose qu’il sache faire : la force, beaucoup, et tout de suite.

Un siège économique de l’Autorité palestinienne en 2006 serait une démonstration de force particulièrement brutale. Il ne mordrait pas sur le budget films de l’Autorité palestinienne (pour ceux qui souhaitent se débarrasser des auteurs de "Paradise Now"), ni sur le budget jardins publics de la municipalité de Ramallah. Mais il ferait mal, concrètement et physiquement, à des centaines de milliers de personnes, enfants comme adultes, qui devraient se débrouiller avec de moins en moins de nourriture, et ne pourraient plus de payer de médicaments.

Cela, bien entendu, va renforcer leur amour pour Israël, leur modération et leur désir de paix.

A qui la responsabilité ?

Mais pourquoi se plaindre des militaires ? La véritable responsabilité appartient aux dirigeants politiques qui, à chaque crise, se tournent vers nos experts ès sécurité et appliquent leurs recommandations à la lettre.

Car qui oserait, en particulier à la veille d’élections, envisager des solutions non agressives ? Qui oserait penser que, peut-être, peut-être seulement, la logique et la compréhension se trouvent ailleurs que dans les bureaux du ministère de la Défense ?

Il semble que, au bout du compte, nous allons être forcés d’aller au clash avec le Hamas. Mais nous ne saurons jamais si ce clash était inévitable, si les choses auraient pu être différentes. Car le gouvernement israélien refuse d’envisager toute autre option que celle de galoper vers le clash.

Les souffrances que nous infligerons aux Palestiniens, la pauvreté et la faim, ne vont pas les monter contre leurs dirigeants. Les Palestiniens vont se souder autour de leurs "leaders forts" pour s’opposer à l’occupation. Et quand viendra le clash, nous aurons face à nous, non pas une société palestinienne divisée entre ceux qui sont en faveur du dialogue et les partisans les Hamas, mais une société unie qui n’aura rien d’autre à perdre que ses chaînes.