La Ligue arabe : "le Hamas devra reconnaître Israël"

Thème : Économie, infrastructures Diplomatie Après la victoire du Hamas

Ha’aretz
mis en ligne le 27 janvier 2006

réaction de la Ligue arabe, et autre réactions en Israël. Difficultés financières à prévoir pour l’Autorité palestinienne. En Israël, tous courants confondus, le Hamas n’est pas un partenaire

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Ha’aretz, 27 janvier 2006

Le Hamas devra accepter l’initiative de Beyrouth, qui appelle à une reconnaissance pleine et entière d’Israël, et ce malgré ses positions déclarées sur la question, a dit vendredi Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue Arabe, après la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes. Amr Moussa a ajouté que le processus diplomatique au Moyen-Orient devait suivre les principes de Beyrouth, qui comprennent un retrait total d’Israël des territoires, en conformité avec les résolutions 242 et 338 des Nations Unies. Cette initiative, approuvée par la Ligue arabe en 2002, a été rejetée par Ariel Sharon, alors Premier ministre [1]. Amr Moussa s’exprimait dans le cadre d’une conférence sur les élections palestiniennes qui s’est tenue à l’occasion du Forum économique mondial de Davos.

Lord de la même conférence, Yossi Bachar, directeur général du ministère israélien des Finances, a déclaré qu’Israël devait arrêter les transferts de fonds aux Palestiniens, compte tenu de la victoire du Hamas. "Nous allons devoir nous confronter à des problèmes pratiques et répondre à la question : comment traiter avec des gens qui appellent à la destruction d’Israël", a dit Bachar. "S’ils veulent continuer à travailler avec nous, ils devront trouver une solution. Sinon, je ne vois pas comment ils vont récupérer l’argent", a-t-il ajouté. Bachar a dit aussi que les recettes du budget palestinien étaient fondées sur les douanes et sur la TVA que collecte Israël et qu’il reverse aux Palestiniens, ainsi que sur l’aide de l’Arabie Saoudite.

James Wolfensohn, émissaire spécial de la Banque mondiale, qui coordonne les contacts entre l’Autorité palestinienne et les pays donateurs a affirmé que, selon lui, les pays pourraient mettre fin à leur aide après la victoire du Hamas, "compte tenu des incertitudes et de l’absence de perspectives". Il a dit que le problème allait se poser de façon aiguë dès la semaine prochaine, quand l’Autorité palestinienne n’aurait pas d’argent pour payer les salaires de ses fonctionnaires.

Mohammed Mustafa, conseiller économique du président palestinien Mahmoud Abbas, a déclaré vendredi que "le Hamas devra adapter sa politique au programme économique et diplomatique de Mahmoud Abbas".

Réactions en Israël

Le Premier ministre par intérim Ehud Olmert a dit jeudi qu’une Autorité palestinienne dirigée par le Hamas n’était "pas un partenaire" pour la paix. "Si un gouvernement dirigé par le Hamas, ou auquel le Hamas participe, est constitué, l’Autorité palestinienne deviendra une autorité qui soutient le terrorisme. Israël et le monde avec lui n’en tiendront pas compte", a encore dit Olmert, qui a ajouté : "Israël est prêt à aider les Palestiniens et Abbas de manière conséquente, mais à la condition qu’ils s’en prennent aux groupes terroristes". Lors d’une réunion consacrée aux conséquences attendues de la victoire du Hamas, les services de renseignement ont suggéré l’hypothèse qu’à court terme, il y aurait une période d’accalmie. Certains ont fait part de leur crainte que différentes factions du Fatah, déçues par les résultats, expriment leur frustration en commettant des attentats terroristes.

La victoire du Hamas a suscité des réactions violentes dans le monde politique israélien. A droite, Benjamin Netanyahou a déclaré : "le Hamastan a été créé sous nos yeux : un satellite de l’Iran à l’image des Talibans. Il a été créé très près de Jérusalem, de Tel-Aviv et de l’aéroport Ben Gourion. Il nous faut faire notre examen de conscience, car tout cela était écrit sur le mur. Une politique de retrait unilatéral a constitué une récompense au terrorisme du Hamas". "Le Hamas devrait envoyer un gros bouquet de fleurs à Ehud Olmert, qui a renoncé à faire la guerre au terrorisme", a pour sa part déclaré Effie Eitam (Union nationale).

A gauche, Amir Peretz (président du Parti travailliste) a déclaré jeudi que la victoire du Hamas pourrait conduire Israël à procéder à des mesures unilatérales supplémentaires. Il a dit qu’il ne mènerait aucune négociation avec le Hamas : "nous ne négocierons pas avec une organisation qui ne reconnaît pas le droit d’Israël à exister et cherche à le détruire. Si nous le jugeons bon, nous agirons unilatéralement. Nous n’accepterons pas une impasse diplomatique, et nous ne serons pas les otages des changements au sein de l’Autorité palestinienne". Pour Amir Peretz, le Hamas n’est pas un partenaire et il menace la stabilité du Moyen-Orient. Il a ajouté que face à cette situation nouvelle, les Américains et les Européens devront clarifier leurs positions. Benjamin Ben Eliezer (député travailliste) a déclaré : "il n’y a rien de quoi nous pourrions parler avec le Hamas. Mais si le Hamas reconnaît notre droit à exister, nous réexaminerons la question".

Yossi Beilin, président du Meretz (gauche) a déclaré jeudi que les résultats des élections donnaient encore une chance de conclure un accord avec les Palestiniens modérés. Il a appelé Olmert à entamer immédiatement des pourparlers avec le président Mahmoud Abbas. Pour Beilin, Israël est responsable du renforcement du Hamas : "Israël a joué un grand rôle dans l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne et dans le renforcement du Hamas. Le retrait unilatéral de la bande de Gaza, sans accord avec Abbas, a grandement renforcé le Hamas", a-t-il dit.