L’impossible désengagement économique
Thème : Économie, infrastructures
Globes , mis en ligne le 30 avril 2004par
L’économiste Arie Arnon montre l’intrication entre économies israélienne et palestinienne, et l’impossibilité de fait pour Israël de se "désengager" des Palestiniens, pour longtemps
Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant
Dans une longue interview accordee au magazine economique Globes, Arie Arnon, professeur au departement d’economie de l’universite Ben Gourion, explique les complexites des relations economiques israelo-palestiniennes. Interroge sur la capacite des Palestiniens a survivre economiquement aux consequences du desengagement, le professeur Arnon repond : "la dependance des Palestiniens vis-a-vis d’Israel persistera. Apres le desengagement, Israel continuera a tenir les leviers economiques de l’emploi, de l’eau de l’electricite, et autres. Tel que le plan est presente actuellement, il ne nous ramene pas a la situation d’avant 1967, mais cree une situation nouvelle, ou il existe une entite economique a moitie detruite a l’interieur de l’economie israelienne. Si Israel pense qu’il n’aura aucune responsabilite pour les developpements ulterieurs, il se trompe. Israel controle les points d’entree et de sortie du territoire palestinien, et il fournit les produits de base. Qu’arrivera-t-il a l’eau, par exemple ?
L’Autorite palestinienne (AP) fait partie d’Israel, et meme s’il etait possible de couper tout lien administratif, Israel devrait tout de meme fournir de l’eau. Meme si Israel souhaiterait qu’une instance exterieure prenne en charge ses responsabilites, il s’agit d’un processus a long terme, qui ne se produira pas du jour au lendemain. La seule maniere d’en revenir a la situation qui prevalait avant 1967 serait de fermer la frontiere interieure du territoire palestinien( avec Israel, ndt) et d’ouvrir sa frontiere vers le monde exterieur. Cela signifierait une liaison terrestre entre Gaza et l’Egypte, des liaisons maritimes et aeriensne, depuis un aeroport. Si Israel se retire egalement de la Cisjordanie et que le modele du desengagement y est applique, il y aurait alors une situation sembable a celle d’avant 1967. Mais un decouplage de l’economie palestinienne d’avec Israel, sans la relier a l’Egypte et la Jordanie, et sans qu’elle dispose de liaisons terrestres, aeriennes et maritimes, aurait de tres graves consequences pour les Palestiniens. Dans ces circonstances (des territoires palestiniens sans liaisons vers l’exterieur), l’economie palestinienne ne peut exister de facon independante, et encore moins se developper et prosperer. Ce serait comme si l’on entourait la region de Beer Sheva d’une cloture et qu’on declarait qu’a partir de cet instant, il n’y aurait aucune issue possible vers le monde exterieur".
Interroge sur l’aide de la communaute internationale a la reconstruction de la Bande de Gaza apres un retrait israelien, Arie Arnon repond : "le soutien de la communaute internationale a ete au-dela des esperances des artisans du Protocole de Paris de 1994 (accord sur les relations economiques entre Israel et l’OLP). Le monde a contribue pour plus de 500 millions de $ par an avant le debut de la crise actuelle, soit 10 a 12% du PIB palestinien, et pour plus d’un milliard de $ pendant ces deux dernieres annees. Cela represente une aide etrangere enorme, qui correspond a 300$ /habitant/an. Le probleme est que l’argent venu de l’exterieur a servi a financer des actions humanitaires destinees a assurer a la population un niveau minimum d’existence, et non des investissements productifs a long terme. S’il fallait examiner aujourd’hui ce qui reste des sommes enormes qui ont ete transferees, en termes d’infrastructures, de stocks ou de capitaux prives, et de creation de conditions favorisant la croissance, on n’en verrait que tres peu. Et puis, il y a le manque d’application de la loi. Le secteur prive ressent une incertitude considerable et, a part pendant les deux annees qui ont suivi le Protocole de Paris, il a cesse d’investir. Ainsi, on peut douter que la communaute internationale continue a soutenir une economie assistee. Cette annee, la communaute internationale a fait savoir qu’elle voulait voir des resultats, et pas seulement la fourniture de services de base, mais aussi des signes de developpement economique. Pour que cela se produise, il faut un certain degre de stabilite politique, ce que nous ne voyons pas sur le terrain, en ce moment." (Globes, 21 avril 2004)
Synthese effectuee par APN (Americans for Peace Now)

