Il faut une barrière non agressive

Thème : Colonisation, yesha "Mur", "Clôture", "Barrière"

Ha’aretz
mis en ligne le 28 juillet 2003
par La Paix Maintenant, éditorial de la rédaction

Sharon doit revenir à un tracé de la barrière qui n’empiète pas sur le territoire palestinien

La barriere de securite a occupe une bonne part des discussions menees ce week-end a Washington par le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, et continuera probablement a le faire lorsque le Premier ministre Ariel Sharon rencontrera le President Bush et ses principaux conseillers demain dans la meme ville. Les prises de positions adoptees par Bush vendredi montraient a l’evidence combien il avait ete impressionne par les vigoureuses critiques des Palestiniens concernant le trace prevu pour la barriere, qui menace d’absorber d’assez larges pans de la Rive occidentale du Jourdain en annexant certains villages, tandis qu’elle en coupe d’autres de leurs terres. Bush a use de reserves significatives pour evoquer "le mur*qui se deploie a travers la Cisjordanie", le qualifiant de probleme a resoudre par Sharon.

Ces difficultes sont particulierement evidentes dans la region d’Ariel, ou son trace se tord sur 90 kilometres pour entourer la cite juive edifiee au cœur de la Samarie ainsi que les implantations environnantes, plus petites. Le parcours envahissant de la barriere selon les plans actuels, les soupçons qu’il fait naitre parmi les Palestiniens, les discussions en cours a Washington et les reserves emises par l’administration (americaine), tout fait de la cloture une question politique en depit des declarations officielles d’Israel declarant qu’elle est denuee de toute signification politique et n’a d’autre objectif que purement securitaire. Tout ceci est regrettable.

A l’origine, la barriere a ete conçue pour resoudre le probleme de securite pose par l’inacceptable facilite avec laquelle les terroristes parvenaient a franchir la ligne de Couture**pour venir commettre des actes de terreur en Israel. Les experiences de la Bande de Gaza et de la frontiere nord ont prouve qu’une cloture, alliee a des mesures de defense active, pouvait sensiblement ameliorer les conditions de securite. Selon Ehud Barak, responsable en tant que Premier ministre de la campagne militaire menee contre l’Intifada durant ses premiers mois, environ 500 des 800 morts israeliens auraient pu etre epargnes si la barriere s’etait deployee tout au long de la Couture. Le gouvernement Sharon a mis longtemps a en decider l’erection, et meme apres que la decision de principe eut ete prise, les travaux n’ont progresse que paresseusement - en bonne part du fait des pressions exercees par les colons et leurs allies politiques, qui s’opposaient a la cloture de crainte qu’elle ne coupe les implantations de l’Etat d’Israel.

La partie nord de la barriere est achevee et, d’apres certains experts, on peut deja en ressentir les benefices sur le terrain. Le parcours tortueux prevu dans sa partie centrale a partir du sud de Qalquilyah a ete propose pour apaiser les colons. Mais deux nouveaux dangers sont apparus. Si le Premier ministre s’obstine a suivre le trace prevu, il risque une confrontation avec l’administration [americaine]. Il aura probablement la sagesse de l’eviter, de peur d’un choc frontal avec Washington. Mais s’il doit pour cela stopper la construction de la cloture, il sera egalement perdant, car la logique qui la rend necessaire n’a pas faibli a l’ere de la hudna.

La conclusion qui s’impose est que Sharon doit convaincre ses hotes a Washington que la barriere repond a des besoins de securite suivant un trace qui n’englobe pas de territoire palestinien.

_-_NOTES____________________________________________

* "Wall" versus "fence" : Les Français gratifient cette construction heteroclite de grillages ou de blocs de beton, parfois doubles de protections electroniques, de l’appellation "mur". Nous avons ici reserve l’emploi de ce mot ("wall") a sa seule occurrence, dans la bouche de George Bush ; la redaction de Ha’aretz use quant a elle du terme "fence", que nous avons traduit indifferemment par "barriere" ou "cloture".

** La ligne dite "de Couture" est l’actuelle ligne de demarcation entre Israel et les Territoires ; elle adhere dans l’ensemble aux frontieres anterieures a la guerre des Six Jours, ou Ligne verte, mais s’en ecarte parfois, en particulier dans les zones annexees.