Et le bluff continue

Thème : "Mur", "Clôture", "Barrière" Sharon : quelles intentions, quelle politique ?

Ha’aretz
mis en ligne le 1er novembre 2003
par Ze’ev Schiff

Il y a une dizaine de jours, Ariel Sharon déclarait : "il y a une réelle chance que dans les mois qui viennent, nous puissions sortir de l’impasse et renouer avec le progrès vers un accord de paix". Ce n’est pas la première fois que le premier ministre nous gratifie de promesses de ce genre.

Haaretz

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Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Il y a une dizaine de jours, s’adressant a la Knesset pour l’ouverture de la session d’hiver, le premier ministre Ariel Sharon déclarait : "il y a une réelle chance que dans les mois qui viennent, nous puissions sortir de l’impasse et renouer avec le progrès vers un accord de paix".

Ce n’est pas la première fois que le premier ministre nous gratifie de promesses de ce genre. Il y a, toujours, le minuscule espoir que cette fois, nous allons assister à une énorme surprise, et qu’en coulisses, des négociations sont en cours avec les Palestiniens. Mais une enquête sérieuse nous montre qu’il n’existe aucun contact en vue d’un accord, et que par ces remarques, le premier ministre ne fait que jouer au marchand de sable avec l’opinion.

Le bluf continue, et il est dommage que des journalistes s’en rendent complices. Combien de fois ont-ils promis à leurs lecteurs ou à leurs auditeurs qu’une percée politique était imminente, peut-être parce qu’on leur a dit, par exemple, qu’Abou Mazen a parlé à Ariel Sharon au téléphone, ou que Mohammed Dahlan a pris un café avec le ministre de la défense ? Et aujourd’hui, la tromperie recommence. En vérité, rien ne se passe avec les Palestiniens sur le plan politique.

Pourtant, il y a autre chose qui se passe. L’occupation se renforce et prend encore plus racine. Cela est évident quand on regarde les faits sur le terrain dans les territoires. Au gouvernement, ou dans les communiqués pour le public, ces développements portent d’autres noms. Par exemple, des "investissements supplémentaires" destinés à construire des centaines de nouveaux logements dans les territoires, ou la "planification de la clôture Est", conçue en fait pour enfermer les Palestiniens dans un guetto clôturé de partout.

L’intention n’était pas celle-là quand l’idée de construire une clôture a été lancée ; l’idée était de construire une clôture qui nous protégerait du terrorisme et empêcherait l’entrée illégale sur une grande échelle de Palestiniens en Israël. Le détournement de la clôture par les colons, avec l’aide du gouvernement, et sa transformation d’une mesure défensive en barrière politique, approfondira encore davantage l’occupation.

Par-dessus le marché, il y a le bluff grandissant des avant-postes des colons. Leurs noms sont modifiés, des avant-postes sont évacués ici et là, pour être remplacés par d’autres à proximité. Depuis longtemps, l’armée a compris le rôle qu’on lui fait jouer dans cette affaire : celui d’extras. Instruite par l’expérience, l’armée est parvenue à la conclusion que pour chaque avant-poste évacué, un autre est créé 100 mètres plus loin, et tout le processus juridique se remet en branle depuis le début. Si c’est là la politique du gouvernement, pourquoi faire tant d’efforts ?

Le vide politique a envahi tout le gouvernement. C’est la ligne du Parti National Religieux (religieux nationaliste) et de l’Union Nationale (extrême-droite) qui prévaut. C’est la coopération entre Ariel Sharon et Zeev (Zambish) Hever, important militant colon, qui donne le ton. Et en même temps, Sharon a du mal à prendre d’autres décisions, comme celle concernant la taille du budget de la défense. Le parti Shinoui murmure de temps en temps à propos de la situation dans les territoires, mais de fait, il est devenu associé à l’intensification de l’occupation.

L’armee ressent le vide stratégique dans lequel l’a conduite le gouvernement. Nombreux sont ceux, au sein de Tsahal, qui comprennent que la réussite militaire n’a aucun sens si, immédiatement ensuite, le niveau politique n’avance aucune proposition. En refusant de le faire, le niveau politique s’assure que toute réussite militaire ne sera que temporaire. Le gouvernement se met en colère quand quelqu’un tente de secouer le consensus, qui s’est installé en Israël à la suite de la vague de terrorisme palestinien, et propose de nouvelles idées. Par exemple, Ami Ayalon et Sari Nusseibeh, le groupe de Genève, ou le stratège egyptien Abdoul Mouneim Said Ali avec le professeur Shai Feldman, directeur du Jaffee Center for Strategic Studies à l’université de Tel-Aviv.

Quand le vide devient plus flagrant, on assiste toujours au retour des bonnes vieilles déclarations sur le besoin de faciliter la vie des Palestiniens. La manière dont cela se fait est aussi utile que de fouetter un cheval mort. Le terrorisme viendra vite mettre un terme à ces facilités-là, qui ont toujours été provisoires car non supportées par un vrai processus politique. Si l’on ne secoue pas tout le système, ce n’est pas seulement la feuille de route qui mourra, mais Israël qui reviendra à réoccuper pleinement les territoires et à y installer un gouvernement militaire.