Déstabilisation de l’Etat
Thème : Colonisation, colons, Yesha
Ha’aretz , mis en ligne le 23 juin 2003par
"Le comportement du conseil des colons frise aujourd’hui la sédition. Certains de ses rabbins ont franchi cette ligne de facon flagrante."
Le nombre des avant-postes evacues est a peu pres le meme que celui des avant-postes crees ces derniers jours. Selon l’armee, dix points de colonisation ont ete demanteles. Selon les colons, environ le meme nombre a ete retabli, dont certains a l’endroit meme ou ils ont ete demanteles, mais pour la plupart sur d’autres sites. Ces chiffres, tout comme les heurts physiques qui ont eu lieu pendant certaines des evacuations, constituent a la fois une honte et un embarras.
Il est honteux qu’un gouvernement d’Israel ait annonce au monde qu’il avait decide de se debarrasser des avant-postes "non autorises", mais que de fait, un groupe de civils tournent en derision sa politique declaree. Il est embarrassant que Tsahal ne soit pas capable de mettre oeuvre la politique du gouvernement avec determination et efficacite.
Il n’est ni comprehensible, ni encore moins acceptable, qu’un officier declare une zone fermee pour raisons militaires, et ensuite n’y fasse pas regner l’ordre. Comment des adolescents peuvent-ils eviter les checkpoints et faire ce qui bon leur semble dans le perimetre d’une zone militaire fermee ? La faiblesse qu’ont montree les hommes politiques, l’armee et la police porte un coup serieux a la democratie dans ce pays.
Ceux qui, de facon malsaine, portent le danger, ce sont les dirigeants officiels du camp des colons, et non les "jeunes des collines" soi-disant a la marge de la communaute, alors que le conseil representatif contribue a transporter les jeunes d’un site a l’autre pour amener des renforts a ceux qui se heurtent aux soldats et a la police.
Les porte-parole du conseil des colons se drappent dans des declarations de soi-disant droits democratiques, comme le droit de manifester et le droit de resister passivement a l’action d’un gouvernement auquel ils s’opposent. Mais dans les faits, par ses actions et les encouragements qu’il prodigue aux autres, le conseil a franchi les limites de ce qui est acceptable dans une democratie.
Le comportement du conseil de Yesha frise aujourd’hui la sedition. Ses rabbins, ou au moins certains de ceux qui sont au premier plan, ont franchi cette ligne de facon flagrante. Le rabbin Dov Lior de Hebron, president du conseil des rabbins de Yesha, a explicitement appele la semaine derniere a un transfert de populations. Dans une decision halakhique (selon la "halakha", la loi juive, ndt), il a dit que "le droit au retour des Arabes dans les pays arabes" devait etre autorise. Ses partisans ont explique que cela ne s’appliquait pas seulement aux Palestiniens des territoires, mais aussi aux citoyens arabes d’Israel. Tous doivent se trouver une place en dehors des frontieres de la Terre Promise.
Un autre rabbin qui compte dans les cercles des colons, le rabbin Eliezer Melamed de Brakha, a recemment publie une decision annulant la valeur de toute tentative par le gouvernement d’expulser un Juif de quelque endroit que ce soit dans le pays. Son pere, le rabbin Zalman Melamed, a appele les generaux a refuser d’obeir aux ordres d’evacuer les colonies. Le rabbin Shlomo Aviner, un erudit en matiere de Torah tres admire, a ete encore plus loin et a statue que la creation d’un Etat palestinien equivalait a "une declaration de guerre du gouvernement au peuple".
Il apparait de tout cela qu’aux yeux de ces gens, la difference entre un Etat biblique theocratique et un Etat contemporain devient de moins en moins nette, et que ce dernier doit faire maintenant tres attention. Les passions fanatiques menacent aujourd’hui de mener ces gens a l’irreparable, et avec eux les dizaines de milliers d’autres qu’ils tiennent sous leur influence.



