D’un conflit militaire a un conflit politique
Thème : "Pas de partenaire" ? Une autre politique est possible
Ha’aretz , mis en ligne le 4 juillet 2003par
"Mr le Premier ministre, le conflit est politique, et en conséquence, il doit être résolu par des moyens politiques. Nous n’avons pas de rancune envers le peuple israélien, et n’avons aucun intérêt a perpétuer le conflit." C’est ainsi que le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas a défini l’approche qu’il convenait d’adopter pour résoudre le conflit israélo-palestinien...
"Mr le Premier ministre, le conflit est politique, et en consequence, il doit etre resolu par des moyens politiques. Nous n’avons pas de rancune envers le peuple israelien, et n’avons aucun interet a perpetuer le conflit." C’est ainsi que le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas a defini l’approche qu’il convenait d’adopter pour resoudre le conflit israelo-palestinien.
La reunion publique organisee mardi dans le bureau du Premier ministre Ariel Sharon, avec les dirigeants palestiniens assis aux cotes de leurs homologues israeliens, les deux premiers ministres se serrant la main et echangeant des sourires, et les dirigeants palestiniens sans uniforme militaire, pourrait, au moins au niveau symbolique, donner le sentiment que nous entrons dans une ere politique nouvelle, differente de ce que nous avons connu jusqu’a ce jour.
Les declarations d’Abou Mazen sont le signe d’une decision determinee de mettre fin a l’intifada armee et de passer a la lutte politique. Le fait qu’il ait reussi a obtenir un cessez-le-feu, meme provisoire, de la part de groupes d’opposition, et en particulier du Hamas et du Jihad islamique, le Fatah se joignant au cessez-le-feu sans limitation de temps, la cooperation des forces armees et des services secrets israeliens et palestiniens, dont l’efficacite est vantee par les officiers de Tsahal, tous ces faits sont une manifestation importante et operatoire de l’intention d’Abou Mazen de mettre en pratique ses conceptions.
En meme temps, les dirigeants, israeliens comme palestiniens, savent que les declarations agreables a entendre ne peuvent pas changer la realite comme en un coup de baguette magique. Ils ne peuvent pas reconstruire une confiance detruite par trois annees de violences et faire que toutes les forces, des deux cotes, ignorent ce qui reste de haine et de desir de vengeance. Les Palestiniens ne voient encore aucun changement substantiel dans leur vie, et pensent que le retrait de Gaza et de Bethleem n’est qu’une mesure provisoire. Les Israeliens n’ont aucune confiance dans le cessez-le-feu, et croient qu’il ne durera pas et se terminera par un attentat de grande envergure.
De plus, la position d’Abou Mazen, selon laquelle le conflit doit etre resolu par des moyens politiques, ne signifie pas pour autant que la lutte sur le plan diplomatique sera plus facile, ou que les positions israeliennes et palestiniennes changeront de facon telle qu’il sera possible de parvenir a un accord politique dans un avenir proche. Mais une fenetre a ete ouverte, et elle pourrait provoquer une dynamique dans le processus politique.
La responsabilite de l’ouvrir davantage repose autant sur le gouvernement israelien que sur l’Autorite palestinienne. Il faut examiner de facon magnanime les demandes de liberation de prisonniers palestiniens, permettre une circulation confortable entre les villes de Cisjordanie et la Bande de Gaza, ouvrir le marche du travail en Israel, et remplir les obligations envers la feuille de route. Cela implique, entre autres, de demanteler immediatement les avant-postes illegaux et de definir de facon plus prudente le concept de "bombes ambulantes".
Cette periode de cessez-le-feu, et les declarations d’intention des deux leaders, entrainent a considerer les prochains jours, non comme une periode test qui doit s’ecouler avant qu’on puisse mesurer son succes, mais comme une immense defi ou, comme l’a dit, Abou Mazen, "chaque jour qui passe sans un signe d’accord est une chance de perdue."



