Affaire Dieudonné : interview de l’historienne Idith Zertal_Enregistrement

Thème : Colonisation, yesha Antisémitisme, Shoah, comparaisons

Vendredi 25 février à 10:15 sur radio Judaïques(FM 94.8), dans "Chroniques pour la Paix", l’émission du mouvement La Paix Maintenant, était invitée l’historienne israélienne Idith Zertal, professeur d’histoire à l’université hébraïque de Jérusalem, et auteur d’un ouvrage paru récemment aux éditions de La Découverte, La Nation et la mort, traitant de l’influence du souvenir de la Shoah sur la société israélienne.

L’interview portait sur la polémique qui fit suite à l’utilisation par Dieudonné de l’expression "pornographie mémorielle", qu’il prétend empruntée au livre d’Idith Zertal.

Pour écouter les enregistrements des deux parties de cet entretien, cliquez successivement sur les 2 liens ci-dessous, ou activez les flèches des 2 curseurs ci-dessus.

Interview 1ère partie
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Interview 2ème partie
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Transcription de l’interview

Interview réalisée par Marc Lefèvre, pour La Paix Maintenant

LPM : Idith, je te remercie d’être disponible pour cette interview, et tout d’abord : ton nom a été cité à plusieurs reprises cette semaine dans la presse, à cause des remous et de la polémique autour des propos antisémites de Dieudonné, qui n’est plus un humoriste, mais quelqu’un de sinistre. Ton livre a été utilisé par Dieudonné pour justifier ses propos. Ton livre, La Nation et la Mort, qui analyse les rapports complexes de l’État d’Israël avec la Shoah. Que peux-tu dire à ce propos, et comment analyses-tu la façon dont Dieudonné a utilisé ton livre ?

IZ : Écoute, je ne connais pas Dieudonné, je n’ai pas vu exactement la façon dont il s’est servi de mon livre, mais il me semble, de tout ce que j’ai lu dans la presse, de ce dont j’ai entendu parler, qu’il a commis un acte qui m’est vraiment étranger, qui est assez douteux à mon avis. C’est-à-dire qu’il s’est servi d’un Juif - ou d’une Juive dans ce cas - pour se couvrir, pour légitimer ses propres propos antisémites. Pour l’expression dont il a usé en mon nom - "pornographie mémorielle" - il faut une fois pour toutes dire : cette expression n’existe nulle part, ni dans la version française de mon livre, ni dans la version anglaise de mon livre, ni dans la version originale en hébreu de mon livre, ni dans la version allemande. C’est faux. C’est une invention ou une incompréhension, et il faut le dire une fois pour toutes.

LPM : Merci, Idith, de cette mise au point, ça te fait réaliser à quel point ces sujets, qui sont maintenant des sujets historiques, sont encore extrêmement sensibles et délicats à traiter, en particulier en-dehors d’Israël. Tu as aussi écrit récemment un autre livre avec Akiva Eldar sur l’histoire de la colonisation, l’histoire encore présente de la colonisation des territoires occupés en 1967. Ce livre a été écrit en hébreu et n’est pas encore traduit en français. Tu es donc une spécialiste qui étudies particulièrement ces questions. Aujourd’hui, c’est un des sujets essentiels à l’ordre du jour, par rapport aux avancées possibles vers un apaisement du conflit entre Israéliens et Palestiniens. Que peux-tu dire aujourd’hui des enjeux de la colonisation, et des enjeux auxquels font face la société israélienne et la société palestinienne, face aux espoirs d’un apaisement possible du conflit ?

IZ : Israël fait un premier pas en direction d’une solution possible du conflit. Parce que la seule solution possible, à mon avis, c’est d’en finir avec l’occupation. Occupation et paix ne vont pas ensemble. C’est une cohabitation qui n’existera pas. C’est-à-dire, pour avoir la paix, il faut en finir avec l’occupation. Maintenant, je pense que ce premier pas, c’est-à-dire le désengagement de Gaza, c’est seulement un tout petit pas, qui n’apprend d’ailleurs pas grand chose sur l’avenir. Parce que nous ne savons pas encore, et personne ne le sait, peut-être même pas Sharon, ce qu’il pense faire après Gaza. Je pense que l’affaire de Gaza est conclue, c’est fini, ça sera fait, avec beaucoup de peines, de déchirements, mais ça sera fait. D’ailleurs, il y a moins de déchirures au sein de la société israélienne qu’on l’aurait pensé. Cela se passe dans un calme assez surprenant.