Haaretz, le 21 septembre 2004

(Traduction Kol Shalom, la lettre des Amis Belges de Shalom Akhshav)


En 1995, quelques mois avant l’assassinat d’Yitzhak Rabin, la
droite en Israël a lancé le slogan « Rabin n’a aucun mandat » au
coeur de la campagne contre les Accords d’Oslo. C’est de cette
manière que les leaders de la droite ont choisi d’attaquer
l’autorité d’un gouvernement élu démocratiquement et ainsi
remettre en cause la légalité de ses décisions. Dans les faits, au
fur et à mesure que le processus d’Oslo progressait, les attaques
sur la légitimité du gouvernement et les décisions prises
devinrent de plus en plus fortes, jusqu’à la terrible fin,
l’assassinat de Rabin.

Actuellement, les dirigeants de la droite ont opté pour la même
stratégie pour attaquer et faire échouer le plan de désengagement
. A côté de la campagne amicale du Conseil du Yecha pour
s’installer dans les Territoires « Nous avons l’Amour et il
vaincra », les leaders de la droite ont débuté une campagne très
bien orchestrée dont le seul but est d’empêcher l’application des
décisions gouvernementales et menacer le peuple en brandissant le
spectre de l’anarchie et de la guerre civile.

Dès lors, le point de vue que l’évacuation des implantations
constitue un acte carrément illégal – qui devrait être refusé (par
les soldats) et même combattu par des moyens non démocratiques – a
refait surface. La campagne menée avec cet esprit-là a commencé
avec la déclaration d’Orie Elitzur qui déclare qu’il est permis de
blesser des soldats dans le cadre d’une évacuation. Les rabbins
des colonies ont continué cette campagne quand ils ont déclaré que
l’évacuation de villes est contraire à la Torah. Et plus
récemment, une pétition qualifie le plan de désengagement en crime
de guerre.

L’objectif de ces différentes démarches est très clair – enlever
des mains du gouvernement la légitimité d’ordonner l’évacuation
des colonies et présenter le plan comme non démocratique et
purement illégal.

Il est évident qu’on ne puisse nier que les colons qui devront
partir sont les victimes de précédentes décisions
gouvernementales, et ont le droit légitime de protester et d’agir
selon leurs intérêts dans un cadre légal. De là à déclarer que
l’ordre d’évacuation s’apparente à un crime de guerre, la route
est longue.

Les dirigeants de la droite savent bien que le gouvernement
d’Israël n’a pas de plan pour expulser les colons du pays, mais
seulement de mettre en place un plan douloureux et difficile de
relogement d’un endroit vers un autre – à l’intérieur de l’Etat
d’Israël. Ceci n’a rien à avoir avec une situation où un état
décide de mettre en place un transfert de population vers un autre
pays, au mépris des droits les plus élémentaires. Les habitants
des implantations évacuées seront toujours des citoyens de l’Etat
d’Israël, ils ne doivent pas émigrer, et ils sont autorisés à
vivre où bon leur semble.

De plus, tout comme le gouvernement peut encourager et mettre en
place un déplacement de population vers des territoires qui
viennent d’être conquis, il peut également décider de transférer
des villes d’un territoire à un autre, en raison de la prise en
considération d’une population qui souffre. Dès lors, l’Etat ne
transforme pas ces personnes évacuées en des réfugiés démunis et
abandonnés de tous, mais souhaite mettre à leur disposition toute
l’assistance et le soutien possible afin qu’ils puissent
s’installer dans leur nouvelles habitations.

Quand les porte-paroles des colons choisissent de comparer
l’évacuation des implantations au nettoyage ethnique ou au
transfert, ils ignorent délibérément le fait que le gouvernement
ne touche pas à la citoyenneté des colons à évacuer et ne les
place pas sous la souveraineté d’un autre état. Le contraire est
exact : la mise en place d’un plan d’évacuation va ramener les
colons de Gaza et du Nord de la Samarie à l’intérieure des
frontières souveraines d’Israël, où la loi israélienne est en
vigueur.

La douleur des colons est compréhensible ; les moyens légaux mis
en oeuvre pour exprimer leur désaccord également. Ils sont
contraints de payer le prix de la folie qui s’est emparée des
gouvernements israéliens successifs depuis la Guerre des Six Jours
jusqu’à aujourd’hui. En conséquence, l’évacuation des
implantations et l’installation de citoyens d’un territoire vers
un autre à l’intérieur de l’état est un acte démocratique et moral
et ne constitue guère un ordre qui serait illégal – de manière
flagrante.

Toute tentative de présenter ce processus sous d’autres aspects
est faite dans le but de réduire à néant la capacité d’un
gouvernement souverain de mettre en oeuvre un projet politique
d’une portée considérable. Au vu de ces derniers mois, nous voyons
que les représentants de la droite n’ont pas tiré les leçons de
leur combat contre les Accords d’Oslo. Les appels relatifs à
l’illégalité des décisions du gouvernement vont continuer à
résonner dans le débat public, motivés par le souhait d’empêcher
la mise en place du plan de désengagement et au détriment de la
démocratie israélienne mise ici rudement à l’épreuve.